Sénégal: Me Abdoulaye Koté, ancienne gloire -" Il y a du bricolage dans notre judo"

18 Septembre 2019
interview

Dans le judo sénégalais, Me Abdoulaye Koté renvoie à ces grands noms de champions qui ont écrit les plus belles pages de la discipline. Ses faits d'armes remontent des Jeux africains d'Alger de 1978 qu'il a particulièrement marqués de son empreinte en s'adjugeant des deux médailles d'or, sur les quatre remportées par le Sénégal.

Fort d'une riche carrière qu'il a ensuite poursuivie en France, l'ancien pensionnaire du dojo Momar Dieng, devenu conseiller sportif, se tourne vers le judo de son pays.

Dans cet entretien, l'ancienne gloire sénégalaise revient sur son parcours et livre sa lecture sur l'état du judo qui, d'après sa lecture, ne se développe pas comme il faut.

L'ancien porte-étendard du judo sénégalais revient aussi sur la journée initiée le 21 septembre avec d'anciens judokas.

Cette rencontre consacre les retrouvailles de la grande famille du judo. Avec comme but de redonner un nouveau souffle au judo sénégalais avec en toile de fond, des projets sociaux

Vous faites parti des grands noms du judo sénégalais. Rappelez à nos lecteurs, est Me Abdoulaye Koté ?

«J'ai été porte drapeau du Sénégal aux Jeux olympiques de Moscou en 1980. J'étais 7e olympique après avoir disputé les Jeux africains d'Alger en 1978.

A ces joutes, le Sénégal a eu 4 médailles d'or dont deux en basket féminin et masculin. Moi, j'ai réussi à décrocher les deux autres médailles d'or dans la catégorie des Lourds et en toutes catégories.

J'ai été plusieurs fois champion d'Afrique depuis 1973, champion de France de lutte, de lutte libre des +100 KG et en équipe avec l'équipe de Créteil.

J'ai aussi décroché une médaille de bronze aux championnats du monde militaire. J'ai été le premier africain médaillé aux championnats du monde en 1977.

Vous êtes sans doute le symbole du judo sénégalais qui a régné dans les années 70 et début des années 80. Quel était le contexte dans lequel le Sénégal a pu réaliser toutes ces bonnes performances et comment le judo se portait ?

C'était un peu délicat. Avant moi, il y avait les Habib Guèye, Abdoulaye Djiba, Soumaré et tous ces amis judokas qui étaient des champions d'Afrique.

Mais, il se posait encore des problèmes de moyens et de configuration. Il fallait toujours courir pour avoir les moyens et se préparer.

Les autorités, le ministère avaient, la plupart du temps, adopté la philosophie de Pierre Coubertin.

C'est-à-dire, l'essentiel est de participer. Ce qui était triste alors que nous avions beaucoup de potentiels pour avoir beaucoup de médailles et des champions.

Nos dirigeants couraient beaucoup pour trouver les moyens pour nos déplacements et le regroupement. Il nous arrivait de manger dans des gargotes.

Est-ce vous avez ensuite noté une nette amélioration ou évolution par rapport à ce qui se fait aujourd'hui ?

Au niveau des résultats, cela s'est un peu stabilisé mais ce n'était pas comme avant. Nous avons maintenant quelques résultats. Au niveau du judo féminin, il y avait Hortanse Diédhiou qui a eu l'or aux championnats d'Afrique et c'était bien.

Il y a actuellement du bricolage parce qu'on ne donne pas les moyens adéquats pour que le judo se développe. Le judo sénégalais ne se développe pas comme il faut au Sénégal.

Si on regarde ce qui se passe tout dernièrement avec le basketball, les Lionnes sont devenues vice championnes d'Afrique et on leur a donné beaucoup d'argent.

Mbagnick Ndiaye qui est devenu champion d'Afrique n'a rien eu. C'est dommage ! Les basketteuses méritent cette récompense et je n'ai rien contre elles mais quand on a une famille il faut traiter tous les enfants sur le même pied d'égalité. C'est cela le rôle de l'Etat et si on ne le fait pas ce n'est pas bon.

En quelle année Me Koté a quitté les tatamis au Sénégal ?

J'ai quitté le Sénégal en 1977 pour aller à l'Inseps de Paris. Je suis revenu pour exercer dans la formation, mais je ne voulais pas perdre du temps. Je suis retourné en France

Au Sénégal, vous avez portez les couleurs du Dojo Momar Dieng ?

Effectivement, j'étais au dojo Momar Dieng avec Me Amara Dabo. Il y avait une très bonne ambiance dans ce club.

Il y a l'esprit sportif et l'esprit du judo. L'esprit du judo, c'est plus autre chose que l'esprit sportif seulement. Il y avait le respect, la convivialité et la fraternité.

Tout le monde était derrière tout le monde. La solidarité était la force du dojo Momar Dieng et du judo sénégalais dans son ensemble.

Depuis la France est ce que vous avez eu à faire un diagnostic sur le judo sénégalais et ce qui pouvait bloquer sa progression ?

Ce qui est dommage est que lorsque les judokas se déplacent dans un pays comme la France ; on se dit que l'on va se préparer. Mais ce n'est pas toujours le cas car si tu t'entraînes avec l'équipe de France, on ne te donne pas les moyens de progresser.

Ce qui est normal car, tu es un potentiel adversaire et il ne te donne pas les moyens. La meilleure façon de préparer les combattants sénégalais, c'est de leur donner dans leur propres pays, les moyens de progresser et c'est possible.

Concrètement, qu'est ce que, les autorités étatiques et même fédérales doivent, selon vous, faire pour créer ce cadre ?

Quand on voit la plupart des pratiquants du judo ne sont pas stables au niveau social, n'ont pas de travail, il faut leur donner des postes.

Comme cela se fait un peu en Europe où l'on peut les mettre à la Douane, à la Police... On leur donne les moyens de pouvoir s'entraîner et s'épanouir socialement

Actuellement est ce que l'Etat a toujours les moyens de porter ce projet social ?

C'est toujours possible. Le porte drapeau c'est toujours l'ambassadeur du pays. On doit tout faire pour leur donner les moyens de sa réussite. Ce ne sont de simples pions qu'on pousse. Ce sont des ambassadeurs. Maintenant le sport est une guerre froide

Vous et votre génération vous glaniez régulièrement des médailles au niveau continental, est ce que la différence se faisait au niveau de l'encadrement et de dirigeants ?

On avait de bons entraîneurs mais nous les combattants, on était de grands athlètes. Nous avions consenti beaucoup de sacrifices pour pouvoir représenter dignement notre pays.

Etant un des pionniers des médaillés du Sénégal, je n'ai jamais eu de décoration aussi bien sous les présidents Abdou Diouf, Wade que sous Macky Sall.

C'est eux qui m'avaient confié le drapeau du Sénégal mais je n'attends rien. Ce qui importait c'était de servir mon peuple

L'initiative de regrouper la grande famille du judo avec en tête vos anciens compagnons comme Me Alassane Thioub, Me Ousseynou Guèye vient-elle donc à son heure, va-t-elle faire bouger les choses ?

Je viens souvent au Sénégal, je vois les athlètes mais je ne les connais pas. C'est pourquoi, nous avons suggéré une journée pour que les anciens et les nouveaux se rencontrent.

Ce qui nous permettra de voir ce que l'on peut amener. Nous allons voir ce que l'on peut apporter pour le judo sénégalais.

Surtout de voir ce que l'on peut améliorer car l'union fait la force. Rien que la présence des anciens peut apporter beaucoup de choses.

Au-delà de l'aspect social qui semble être intéressant, en matière technique quel sera l'apport que l'on peut attendre de vous et des anciens ?

Ce sera en termes de conseils. Il faut essayer de faciliter les contacts au niveau extérieur. Il faut savoir que le judo évolue.

Mais, tout ce que l'on veut faire est de se battre pour que les jeunes puissent assurer la relever, amener des médailles et représenter le Sénégal dignement.

Peut-on d'ores et déjà espérer que le judo sénégalais puisse connaitre un nouveau départ et connaitre un bond ?

C'est notre but et notre objectif. Pour ma part, je ferai tout. Avec les anciens, nous essayerons de tout faire pour améliorer le judo sénégalais.

Je le dirai aux autorités. Essayons de mettre les athlètes au même pied d'égalité. La division n'est pas bonne.

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