Cote d'Ivoire: Jean-Claude Coulibaly - "Je suis le président de tous les journalistes ivoiriens"

19 Septembre 2019
interview

Chef du Service Politique du Patriote, Jean-Claude Coulibaly, est depuis, samedi dernier, le nouveau président de l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire (Unjci). Tête de la liste "Union de toutes les générations", il préside le Conseil exécutif de l'Unjci avec 257 voix, soit 52,71% contre Lance Touré (224 voix, soit 42,20 %).

Dans cette interview, le successeur de Moussa Traoré (MT) dévoile ses ambitions pour une union forte et évoque la question de la subvention de l'Etat qui doit permettre à la Côte d'Ivoire de se doter d'une presse au diapason de son leadership économique dans la sous-région.

Ce qu'il a été appelé «le marathon électoral» de l'Unjci vient de s'achever. Après votre victoire, quels sont les premiers chantiers auxquels allez-vous attaquer ?

Le premier chantier est celui du renforcement de la cohésion et l'union au sein de notre organisation commune.

L'Unjci appartient à tous les journalistes, nous tendons la main, à nos adversaires d'une élection, pour nous mettre ensemble et travailler en parfaite intelligence pour le bonheur de tous les journalistes de Côte d'Ivoire.

Toute élection laisse toujours des «plaies», nous allons nous atteler à les soigner. Le second chantier, c'est celui de la subvention de l'Etat à la presse.

La presse va mal. Ce qui est important aujourd'hui, c'est de trouver un remède durable. Pour nous, il faut une subvention subséquente et conséquente à la presse ivoirienne. Tout au long de la campagne, nous avons expliqué cela aux confrères.

L'Etat doit octroyer 0,01% du budget à la presse, ce qui équivaut à environ huit milliards de francs CFA.

Cette allocation financière permettra de stabiliser les entreprises de presse et mettre hors de soucis ces dernières dans le paiement des salaires des journalistes.

On le sait tous, dans tous les pays, l'Etat octroie une subvention à la presse qui assure un service public d'information des populations.

Qu'on le sache, c'est la survie des entreprises de presse qui est en jeu, car la Côte d'Ivoire a cette chance d'avoir des journalistes professionnels de qualité.

Mais la situation financière des entreprises fait que ces derniers sont des chômeurs en puissance surtout que certaines entreprises totalisent deux à trois mois d'arriérés de salaire !

C'est donc la survie de la corporation qui est en jeu, quand on sait que le journaliste est un cadre titulaire d'un Bac+2, 3 ou 5. A ce titre, ce n'est pas normal qu'il ait un traitement salarial dérisoire.

 Justement, sur quoi repose cette exigence de subvention de l'Etat à la presse, quand on sait que certaines entreprises de ce secteur sont des sociétés privées ?

Au risque de me répéter, la subvention de l'Etat à la presse existe partout, dans tous les pays du monde !

La Côte d'Ivoire est un pays prestigieux, première puissance économique de l'Espace Uemoa, deuxième puissance dans l'espace Cedeao.

A ce titre, il est inconcevable que les journalistes ivoiriens soient à la traine du point de vue salarial.

Le niveau de vie du journaliste ivoirien doit refléter celui de la vitalité économique du pays. En tout cas, il n'est point question que le journaliste soit maintenu au bas de l'échelle sociale.

Est-ce à dire que la Côte d'Ivoire est une exception dans le traitement de sa presse ?

Figurez-vous qu'au Sénégal, un pays qui n'est pas plus nanti que notre pays, l'Etat octroie une subvention de 3,660 milliards de francs CFA comme subvention annuelle, le Ghana est à 4 milliards.

Le Burkina Faso est à 3,1 milliards. Donc, vous le constatez que ce n'est pas normal que la Côte d'Ivoire qui figure dans le peloton de tête des pays de la sousrégion ne traite pas sa presse à son image.

Si cette contradiction majeure qu'est la question de la subvention est réglée, les contradictions secondaires que sont, entre autres, le respect de l'éthique et la déontologie, le respect de la convention, suivront

Quels sont les grands rendez-vous qui marqueront votre mandat ?

J'ai été peiné de voir que l'élection qui devrait se tenir en juillet dernier a trainé jusqu'en septembre.

Nous avons perdu trois mois, alors que mon équipe et moi avions sur notre chronogramme de parvenir à faire inscrire la subvention dans la loi de finance de décembre prochain. Mais, avec le temps perdu, il sera difficile d'obtenir cela.

Mais, nous allons organiser un séminaire qui permettra à l'Unjci, le Gepci, le Synappci et toutes les organisations de la presse de traduire, dans les faits, ce pan de notre programme, car nous avons une communauté de destin. C'est en cela que j'appelle tous les acteurs du monde des médias à taire nos querelles pour une synergie d'action.

 De l'avis de tous les journalistes, les textes de l'Unjci comportent des insuffisances, qu'en sera-t-il de ces derniers?

Certainement qu'à la mi-mandat ou à l'approche du Congrès de fin de mandat, nous procèderons au toilettage de ces textes à un précongrès.

Nous trouverons, en application de nos textes, le mécanisme d'adapter nos textes aux aspirations des journalistes.

Certains de vos adversaires vous présentaient comme le candidat du Rhdp, qu'en est-il ?

Je suis le président de tous les journalistes ivoiriens. C'est tout simplement malsain que des confrères veuillent nous glisser sur le terrain politique, alors que nous sommes des journalistes.

Ce qui importe pour moi, c'est l'union, le travail en synergie des journalistes en dépit de leur diversité éditoriale. C'est sur cette base que nos pères fondateurs ont créé l'Unjci.

Nous ne nous mettrons pas en marge de cette vision. Que les confrères et des publications qui veulent nous entrainer sur ce terrain se ravisent.

C'est de la pure manipulation qui ne prospèrera pas, car ce serait faire une injure aux journalistes ivoiriens qui sont très matures et qu'on ne saurait infantiliser avec de telles considérations simplistes qui ne font pas honneur à notre corporation.

 Vous avez été intraitable sur l'application des textes de l'Unjci tout au long du "marathon électoral" !

Oui, je suis juriste de formation. A la réalité, je ne demandais pas l'application des textes pour mon plaisir, mais pour tous les journalistes et pour la postérité.

Car, si nous nous sommes donné des textes, il est de bon droit que nous les respections. C'est cela le principe.

L'Unjci est une institution et ce ne serait pas bien de fouler ses textes aux pieds. Bien évidemment, nous avons accepté quelques compromis, mais nous avons voulu montrer que si nous voulons que l'Unjci survive à des générations dans la crédibilité, il faut s'attacher aux textes et c'est ce que nous avons fait.

 Vous attacher ainsi aux textes, est-ce une leçon des journalistes aux politiques ?

Bien évidemment ! Les textes de loi traduisent, en général, les aspirations de la majorité ou de tous. Donc, nous avons effectivement montré un bel exemple aux politiques.

Bien vrai, le processus a été long, mais au bout, nous avons préservé l'essentiel : l'Unjci.

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