Cameroun: Panique dans un lycée camerounais après l'arrestation d'un enseignant

19 Septembre 2019

Fongang Nathan, appelé "Sapgang" sur les réseaux sociaux, est accusé d'avoir évoqué avec ses élèves la détention de l'opposant camerounais Maurice Kamto. En liberté restreinte, il n'est pas totalement sorti d'affaires.

Enseignant bilingue au lycée d'Avebe-Esse, Fongang Nathan évoquait vendredi (13.09.) avec ses élèves le conflit que traverse le Cameroun ainsi que les solutions possibles pour résoudre cette crise. C'était lors d'une leçon de vie familiale et civile dispensée en anglais.

C'est alors qu'un élève l'interroge sur la possibilité pour l'opposant Maurice Kamto détenu depuis janvier, de participer au dialogue offert par le président Paul Biya. L'idée est approuvée par l'enseignant dont les propos n'avaient tel que décrits, rien d'hostile à l'égard de l'Etat camerounais.

Piégé par le sous-préfet

Pourtant cela lui attire vite des ennuis car une élève de la classe informe ses parents que l'enseignant a plaidé pour la libération de Kamto et la nouvelle remonte au sous-préfet de Sangmelima, Ali Saidona.

C'est lui qui le lendemain piège l'enseignant en le faisant monter à bord de sa voiture avant de le conduire à la brigade territoriale.

Relâché lundi après 48H de garde à vue, Fongang Nathan est actuellement autorisé à comparaître librement mais sa liberté serait contrôlée.

Dans l'établissement, l'histoire de cet enseignant crée la panique. "Le moral des professeurs du lycée d'Avebe-Esse est au bas. Il est à zéro. Les professeurs sont horrifiés. Ils continuent à faire cours mais même s'ils font cours, ils ont peur. Ils se méfient des élèves et ils ne se donnent pas à fond. Ils disent même aux élèves de faire attention parce qu'ils n'ont plus le même engagement qu'avant", témoigne un habitant.

Des accusations graves

Fongang Nathan est accusé d'insurrection, incitation à la rébellion, mauvaise interprétation du discours du chef de l'Etat.

Incompréhensible pour le président du Collectif des enseignants indignés du Cameroun, Jack Bessala pour qui "c'est quand-même ubuesque tout cela ! Est-ce qu'un sous-préfet devrait, sur la base des racontars d'un élève, je dis bien d'un seul élève, se permettre d'aller arrêter un haut cadre de la République aussi, qui est un enseignant dans des conditions vraiment bizarres ? C'est la première question qui se pose !"

Cette affaire sensible ne serait pas encore remontée jusqu'au ministère des Enseignements secondaires du Cameroun. C'est du moins ce qu'affirment le premier conseiller technique du ministre et le chef division des affaires juridiques du ministère. Celui-ci admet avoir lu l'information sur les réseaux sociaux mais attendre d'être saisi par les canaux réguliers.

A notre question de savoir quelle serait la réaction du ministère dès lors que nous avons informé ces deux cadres, tous les deux ont insisté sur le fait que le dossier doit d'abord leur parvenir par la voie officielle.

Le SDF condamne

Jean Takougang, membre du parti d'opposition SDF (Social democratic front) et chargé des questions d'éducation, dénonce un harcèlement et se dit "vraiment choqué, mais pas du tout surpris ! Parce que moi pendant longtemps j'ai été aussi victime de ce harcèlement professionnel. Il y a plein d'enseignants qui sont dans ce cas. Et pendant qu'on y est encore, il y a le sous-préfet de Manjo qui sort une lettre d'intimidation pour menacer tous les enseignants qui ne seraient pas du côté du gouvernement en place. Le SDF condamne avec la dernière énergie ce harcèlement, cet embrigadement des enseignants."

L'affaire de l'enseignant d'Avebe-Esse devrait être évoquée ce vendredi (20.09.) par les syndicats de l'enseignement du Cameroun lors des consultations initiées par le Premier ministre Joseph Dion Ngute en prélude au dialogue politique inter-camerounais.

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