Ile Maurice: Stade George V, les explications de Stephan Toussaint tombent... à l'eau

19 Septembre 2019

Comment le «joyau» qu'a été le stade George V s'est-il retrouvé dans un piteux état ? La question a refait surface au Parlement mardi. «On ne peut rien faire si on a eu une pluviosité conséquente», a déclaré le ministre des Sports Stephan Toussaint, précisant que le stade curepipien se trouve dans un «endroit marécageux».

C'est la raison principale qu'il évoque pour justifier l'état de la pelouse. En effet, après la levée de boucliers concernant cette pelouse, le ministre avait commandé un rapport technique sur les travaux entrepris, rapport qui vient de tomber mais qui n'a pas été rendu public. Toutefois, les informations que l'express a recueillies démontrent que les théories du ministre sont loin de la réalité. Dans le passé, ce présumé terrain marécageux n'a certes pas empêché les équipes locales et le Club M d'y jouer même s'il a plu.

L'Association for the Upgrading of Indian Ocean Island Games Infrastructure (AUGI), organisme sous l'égide du ministère des Sports et constitué de membres du ministère des Infrastructures publiques et de l'Accountant General, entre autres, est responsable de toutes les infrastructures sportives dans le cadre des Jeux des îles de l'océan Indien JIOI. Et c'est elle qui a chargé un consultant et un entrepreneur d'enquêter sur le stade.

Selon le rapport intérimaire qu'elle a obtenu, le mauvais temps qui a prévalu durant les derniers JIOI a grandement détérioré l'état de la pelouse mais l'on parle aussi du dénivellement de la pelouse et les drains qui sont montrés du doigt.

Ceux qui travaillent sur le dossier du stade George V depuis les JIOI de 2003 soutiennent qu'une «reconstruction de drains adéquats n'a jamais été demandée par l'AUGI». Le contrat a été alloué cette fois-ci, comme en 2003, à Rehm-Grinaker Construction et la compagnie Top Turf s'est chargée de la remise en état de la pelouse, en tant que soustraitant. Une source proche du dossier explique que le cahier des charges pour la pelouse a été «respecté».

Mais elle précise également que la reconstruction des drains n'y figurait pas. «Il y avait des travaux de terrassement, de remise en état de la chasse d'eau existante, de nettoyage, de maintenance, certes. Par contre, il n'a jamais été question de concevoir un tout nouveau système d'évacuation d'eau. C'est la solution mais ce n'est pas à nous d'en décider.»

En effet, la réponse du ministre Stephan Toussaint au Parlement, le 6 août, vient le confirmer. En réponse à la question du député Adrien Duval, il avait énuméré le cahier des charges de Rehm Grinaker Construction. La conception d'un nouveau système de drains n'y figurait pas effectivement. La remise en état de la pelouse aura coûté environ Rs 5 millions.

Par ailleurs, selon un géomorphologue, le terme «sol marécageux» ne s'y applique pas à l'endroit où se trouve le stade. Sinon, outre le celui-ci, les bâtiments à proximité, dont le collège Imperial ou encore l'Open University (ex-MBC), auraient dû subir les mêmes dégâts. Un système de drainage «adéquat aurait suffi», selon l'expert, pour évacuer l'eau malgré une forte pluviosité.

L'ancien président de la Mauritius Football Association (MFA), Jacques Malié abonde dans le même sens. «Je suis étonné et même estomaqué quand j'ai entendu le ministre des Sports annoncer que le Stade George V est sur un terrain marécageux.» L'ancien homme fort de la MFA soutient que ce stade «était le joyau de l'océan Indien». (Voir hors-texte). Selon lui, ce sont les travaux effectués en plusieurs phases lors des Jeux de 2003 qui en sont responsables. «Après les drains, ce sont les poteaux en ciment construits sur la pelouse qui ont aussi montré des anomalies. Les joueurs risquaient de graves blessures. D'autres travaux ont été effectués sur ce stade, d'où la dégradation du terrain.»

Au niveau de l'AUGI, l'on parle d'un autre problème qui aurait accentué les accumulations d'eau. On explique que le niveau de la pelouse a été rabaissé. «L'on peut même l'estimer à 1 m 50 plus bas que les rues Pasteur et Barry», soutient l'un des responsables de l'AUGI. Ainsi, les eaux qui sont déversées de ces rues se retrouvent dans le stade. «Pourtant, durant la tenue des Jeux, deux pompes ont été installées pour éviter que la pelouse ne retienne pas trop d'eau. Mais le réservoir qui devait la contenir a finalement été rempli avec l'eau provenant des rues adjacentes.»

Il soutient également que les drains naturels, comme partout dans le pays, n'existent presque plus. Il souligne également que les Mauriciens, lors des Jeux, se sont exprimés sur le fait que l'herbe ne poussait pas devant les tribunes des troisièmes. «Depuis que cette partie du stade a été recouverte, le soleil n'éclaire plus cette partie. Cela perdure depuis 2003.»

Toutefois, il déclare que le rapport final sera bientôt prêt. «Nous avons apporté quelques recommandations au rapport que nous ont soumis un consultant et un entrepreneur sur l'état de la pelouse. Nous pensons qu'il faudra la rehausser d'au moins 60 cm.» Néanmoins, cela n'assurera pas à 100 % que l'eau ne va pas s'accumuler à certains endroits. D'où la création de drains. «La MFA a demandé que les matchs n'y soient pas disputés durant les mois de juillet et août.» En tout cas, des mesures drastiques seront prises pour que le stade retrouve ses couleurs d'antan.

C'est aussi le souhait de Kistnayah Latchanna, qui y a travaillé pendant 33 ans comme groundsman. «C'est en 1966 que j'ai pris le poste au stade. De mémoire, je ne me rappelle pas que des matchs ont été renvoyés.» Pour lui aussi, ce sont les rénovations effectuées en 2003, lors de la 6e édition des JIOI qui sont en grande partie responsables de l'état de la pelouse. «Je me souviens qu'il y a même eu des experts de La Réunion qui sont venus. Mais ils ont construit des drains en largeur sous le stade alors que, de mon temps, les drains étaient en longueur. Quand il y avait de l'eau sur la pelouse, je n'avais qu'à piquer le drain pour l'évacuer. On dirait que ce n'est plus le cas.» En tout cas, le rapport final est attendu avec impatience.

Des souvenirs à la pelle

Ils ont tous vécu de belles histoires au stade George V. Pour Jacques Malié, les îles de l'océan Indien étaient jalouses de notre «pelouse verdoyante. Plusieurs équipes étrangères, notamment Burnley, Tottenham ou encore Sion de la Suisse, venaient durant l'intersaison pour se préparer, en vue de la reprise de leur championnat, à Maurice. C'était dans les années 70-80. Ils appréciaient tous cet environnement sain»

Par ailleurs, selon un ancien joueur, les problèmes ont surgi après la rénovation effectuée en 2003. «C'est à peine si on se souvient des rencontres qui ont dû être renvoyées avant cette époque.» Il soutient que l'impression donnée est, que quand la pelouse a été refaite, les drains ont été obstrués. Ce dernier a plusieurs souvenirs en tête. L'un des meilleurs moments vécus sur cette pelouse dite mythique, reste la victoire du Club M en finale des JIOI de 2003 face à La Réunion. «Il y a aussi cette victoire, au combien importante, face à la sélection sud-africaine où notre sauveur a été Jean-Marc Ithier. Il s'est imposé face à cette équipe des Bafana-Bafana qui a disputé la Coupe du monde.»

En chiffres

C'est en 1955 que le stade a été construit pour la première fois. En 2002, soit un an avant les JIOI, il a été démoli pour faire place à un nouveau stade. C'est toujours la compagnie Rehm-Grinaker qui avait décroché le contrat. Le coût total des travaux s'élevait à Rs 171 millions au lieu des Rs 62 millions initialement estimées. Depuis 2016, l'AUGI était chargée de lancer un appel d'offres. Mais ce n'est finalement que le 11 octobre 2018 que le contrat sera alloué pour un montant de Rs 95 millions. Selon la réponse du ministre Stephan Toussaint, environ Rs 5 millions de cette somme étaient dédiées à la pelouse.

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