Ile Maurice: Victime de vol - Les péripéties d'une Mauricienne dans un Haïti en crise

19 Septembre 2019

Dimanche 1er septembre. 7 h 30, Port-au-Prince. Wendy Sanassee, originaire de Sainte-Croix et qui exerce dans le secteur de l'énergie propre en Haïti, constate qu'on lui a volé son sac. Celui-ci contenait son passeport mauricien avec un visa américain valide, sa pièce d'identité, un permis de séjour haïtien, trois cartes bancaires d'une banque mauricienne, son argent en dollars et en gourde (monnaie nationale haïtienne) et un laptop qu'elle a acheté il y a huit mois et sur lequel se trouvent trois ans et demi de travail.

Avant de se rendre au commissariat le plus proche pour rapporter le vol, notre compatriote qui logeait dans une guest house va frapper à la porte d'une collègue pour lui demander de lui prêter de l'argent au cas où on lui en demanderait sur place. «Au commissariat, on m'a informé que le département des plaintes ne travaille pas le dimanche et on m'a demandé de revenir le lendemain», se souvient la jeune femme de 34 ans que nous avons jointe par messagerie à Haïti.

Entre-temps, cette directrice des opérations d'EarthSpark International, à Haïti, prévient ses parents à Maurice, ses autres collègues ainsi que son supérieur aux États-Unis. Un courriel est également envoyé à l'ambassade de Maurice à Washington (D.C) étant donné qu'il n'y a pas de consulat en Haïti.

«J'ai également envoyé un mél à ma banque à Maurice pour l'informer de la perte de mes cartes bancaires. Comme mon numéro de téléphonie mobile d'un opérateur mauricien utilisé pour les transferts ne fonctionne plus, je demande qu'un changement soit fait pour que mon numéro haïtien devienne celui par défaut. En réponse, j'apprends que je dois envoyer des documents originaux par voie postale pour pouvoir effectuer ce changement», poursuit cette licenciée en génie chimique et environnemental.

Sauf que ce week-end-là, Haïti était en pleine ébullition en raison d'une pénurie de gazoline et de diesel depuis deux semaines déjà et que l'État ne parvenait pas à honorer ses factures. L'insécurité et le problème de transport à Port-au-Prince n'arrangeaient donc pas les choses.

Le lendemain matin, avant de se rendre à la police pour enregistrer sa plainte, Wendy Sanassee appelle l'ambassade de Maurice à Washington DC. Pas de réponse, le 2 septembre étant le Labour Day, donc, férié. Elle essaie alors le bureau du passeport à Port-Louis. Mais personne ne répond à son appel.

Manifestations

Ses péripéties étaient loin d'être terminées. Le commissariat se trouve à proximité du palais national. Avec Haïti en crise, place à des manifestations des opérateurs du transport public révoltés ainsi que des barrages routiers avec des pneus en feu. Au bout d'une heure au commissariat, Wendy Sanassee parvient tant bien que mal à rentrer à la guest-house. «En route, j'entends des coups de feu qui sont devenus tellement courants, qu'autour de moi, personne ne s'en inquiète outre mesure.»

Question finances, comme la Mauricienne n'a ni pièce d'identité, ni carte bancaire, elle ne peut toucher un sou. Que ce soit au guichet automatique ou chez le cambiste. C'est finalement à travers une collègue qu'un de ses proches lui a alors envoyé de l'argent. Suffisamment pour qu'elle puisse s'acheter un nouveau laptop pour pouvoir travailler. Non sans avoir dû, en route pour le magasin, faire face une nouvelle fois à des brasiers de pneus.

Le 3 septembre. N'ayant pu joindre un officiel de l'ambassade mauricienne à Washington D.C., la jeune femme se tourne vers la mission mauricienne des Nations unies à New York. «La personne que j'ai eue au bout du fil me demande de la copier dans la correspondance à l'ambassade à Washington, m'assurant qu'elle fera de sorte qu'on considère mon cas et réponde à mon courriel. Par la même occasion, je remplis un formulaire intitulé 'Mauritians in distress aborad'», confie Wendy Sanassee.

Eurêka ! Le même jour, elle reçoit un appel de l'ambassade. Après avoir rapporté son cas, on lui conseille d'envoyer un courriel détaillé au bureau du passeport et de l'immigration à Port-Louis. «La mission mauricienne à l'étranger n'émet pas de passeport. Tout doit passer par Port-Louis. Pendant ce temps, Washington m'envoie un formulaire pour un nouveau passeport ainsi que pour un document de voyage d'urgence. L'autre obstacle que j'ai rencontré, c'est que je dois envoyer les originaux des formulaires remplis par courrier à Maurice», rapporte notre interlocutrice qui se demande à quand la modernisation et l'acceptation des versions électroniques.

Ce n'est pas tout. L'Emergency Travel Document lui permet de rentrer à Maurice uniquement. Ce, alors que la plupart des vols pour Haïti passent par Miami. Ce qui implique qu'elle doit refaire une requête de visa américain si elle veut retourner en Haïti.

Le 4 septembre. Les parents de notre compatriote, ici, se rendent au bureau du passeport pour déposer le dossier de leur fille. «Je perds espoir lorsqu'on les informe que le rapport de police original avec ma photo doit être produit alors que celui que j'ai fourni est un duplicata officiel avec le sceau original du commissariat. J'écris à nouveau au bureau du passeport, copie à l'ambassade de Maurice à Washington et la mission mauricienne des Nations unies à New York pour que le duplicata soit accepté, tout en leur demandant d'accélérer le processus puisque mes jours sans pièce d'identité dans un pays lointain s'accumulent.»

Neuf heures de route

Le 13 septembre. Entretemps, Wendy Sanassee est retournée dans sa ville d'adoption qui se trouve à neuf heures de route de la capitale Port-au-Prince et se rend malgré tout au commissariat afin de se procurer un autre document certifiant son rapport de police original. Comble de malchance, le poste de police n'a plus de formulaire et ne pourra s'en procurer qu'une fois la situation concernant le carburant améliorée.

«Je décide de prendre le risque d'envoyer le rapport original alors que les deux duplicatas sont déjà à Maurice, et sachant que je n'aurai plus de document original en ma possession. Depuis, je ne dors plus. Je surveille l'heure pour passer des coups de fil à Maurice. En appelant l'immigration à Plaisance pour leur expliquer que personne ne décroche à Port-Louis, je suis finalement tombée, par chance, sur un officiel, qui se reconnaîtra, qui m'écoute et qui me conseille. Il demande à mes parents de passer le voir le même jour», se rappelle-t-elle.

Et, pour faire acheminer son rapport original, elle a dû embarquer à bord d'un minibus à 3 heures du matin, samedi dernier, pour parcourir un trajet de trois heures jusqu'à la prochaine grande ville, Les Cayes. De là-bas, c'est un autre trajet de cinq heures qui l'attend jusqu'à Port-au-Prince. Avant de pouvoir traverser la capitale par mototaxi en empruntant des raccourcis «sans problème» pour enfin atteindre le bureau du service de courrier express.

«Il est 6 heures lorsque j'arrive aux Cayes. Le jour n'est pas levé. Je suis en contact avec mes parents et j'attends leur feu vert pour envoyer les documents. Plus les minutes passent, plus je m'impatiente. Mon document doit absolument arriver par courrier express le même jour pour ne pas perdre plus de temps. Il est presque 8 heures lorsque mes parents m'apprennent que mes documents et le duplicata ont été acceptés», affirme notre compatriote.

C'est finalement hier que son passeport a été finalisé. «Il ne sera sûrement pas à Haïti à temps pour mon vol vers Paris ce dimanche pour participer à une conférence», soutient-elle. Mais, elle concède que c'est un grand soulagement, après tous ces jours de stress et de nuits blanches, où elle a été contrainte de se déplacer en situation précaire au petit matin.

«La prochaine étape, c'est de récupérer mes cartes bancaires. Comme ma banque connaît ma situation géographique et les agitations dans ce pays, j'ai espoir que ce sera fait d'ici une dizaine de jours. Et une fois mon passeport en main, je pourrai entamer des démarches pour un visa américain si je veux rentrer à Maurice», conclut-elle.

D'autre part, le mois dernier, Wendy Sanassee a figuré dans une émission télévisée de Direct TV de la Californie. Elle y expliquait comment son travail permet aux personnes d'avoir accès à l'électricité pour améliorer leurs conditions de vie.

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