Tunisie: Décès de l'ex-Président Zine El Abidine Ben Ali - La mort d'un patriote

20 Septembre 2019

Pour les uns, c'est le bâtisseur de la Tunisie moderne. Pour d'autres, c'est un autocrate qui a régné sur son pays avec une main de fer. La réalité est pourtant plus nuancée.

Si l'on voulait écouter la rumeur, Ben Ali serait mort et enterré depuis des années, victime du cancer de la prostate que la rue avait fini par lui concéder.

Si l'on voulait aussi suivre la presse occidentale qui s'est lâchée, à la limite de revanches personnelles finalement assouvies, dans des attaques en règle contre l'ancien Président tunisien, traité de tous les noms d'oiseaux, Ben Ali ne fut qu'un piètre dictateur, vite oublié par son peuple.

C'est peu dire que le décès hier en Arabie saoudite de Zine El Abidine Ben Ali, à la tête de son pays de 1987 à 2011, a réveillé des sentiments nourris tant chez ses adversaires et ennemis que chez ses admirateurs, dont bon nombre s'en réclamaient de plus en plus publiquement.

Pour les médias occidentaux qui l'ont pour la plupart exécré tout au long de son règne-et le Raïs tunisien le leur rendait bien-Ben Ali était comme le « diable » en personne.

Rares sont, ainsi les commentaires faisant allusion aux performances économiques de la Tunisie mises à mal, il est vrai, dans la dernière moitié de la décennie 2000.

Du fait des aléas d'une conjoncture économique internationale défavorable pour certains analystes, en raison de la corruption et de la généralisation des passe-droits, pour d'autres.

Les commentateurs étrangers ont poussé le bouchon jusqu'à supplier, à mots à peine couverts, une inhumation évidente de l'ancien Président en Arabie saoudite où il vivait depuis la « révolution » de janvier 2011 qui le contraint à un exil renforcé par des décisions de justice par contumace rendues parfois de façon lapidaire.

L'actuel Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, avait déjà rallumé la flamme humanitaire tunisienne en indiquant, en apprenant l'état de santé de Ben Ali, qu'il était tout à fait disposé à recevoir l'ancien Président afin qu'il termine ses jours dans son pays. Hier, la Une de La Presse.tn tranchait nettement avec les formules revanchardes adoptées par la presse outre-Méditerranée.

Sous le titre : Ben Ali-Décès: le gouvernement tunisien « favorable à des funérailles en Tunisie » (source responsable), le journaliste de cet organe de presse gouvernemental, Ismael Barketi écrivait : « Le gouvernement tunisien est disposé à donner une suite favorable à l'inhumation du président déchu Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie, mort jeudi en Arabie Saoudite, « si sa famille le demandait », apprend l'agence TAP jeudi soir de source responsable.

La même source a ajouté que le gouvernement œuvrerait pour que la cérémonie d'inhumation se déroule « dans les meilleures conditions ». Des sources officielles ont confirmé plus tôt dans la journée à l'agence TAP le décès de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali à l'âge de 83 ans, hospitalisé depuis des mois.

Ben Ali, qui a dirigé la Tunisie de novembre 1987 à janvier 2011, est décédé en exil en Arabie saoudite où il s'est réfugié après la révolution du 14 décembre 2011 qui a renversé son régime. L'avocat de Ben Ali, Mounir Ben Salha, a déclaré à l'agence Reuters que les funérailles de l'ancien président auront lieu vendredi en Arabie Saoudite ».

Un patriote foncièrement anti-islamistes

L'ancien Président Ben Ali était foncièrement opposé aux islamistes auxquels il a fait la chasse durant son régime, estimant que la religion n'avait pas à être exploitée à des fins politiques.

En 2014, trois ans après la « révolution », un sondage du cabinet Sygma indiquait que 80% des Tunisiens estimaient que la Tunisie de2014, c'était bien pire qu'avant.

Avec la dégradation continue de la situation économique et sécuritaire du pays devenu, depuis les attelages improbables qui se sont succédé à la tête de l'Exécutif tunisien depuis le 14 janvier 2011, l'un des plus grands exportateurs de jihadistes en Syrie, les Tunisiens ne sont pas trompés, qui ont rejetés les partis ayant gouverné le pays depuis huit ans. En portant au deuxième tour, deux personnalités atypiques qui en rajoutent aux incertitudes sur l'avenir.

Dans le folkrore des déclarations sur le despote, le tyran et tutti quanti, c'est un député de la 8e circonscription des Français établis hors de France qui a publiquement réagi à la disparition de Zine Ben Ali ce j19 septembre, en évoquant ce fut réellement Ben Ali : au-delà de tout, avec ses qualités et ses défauts, un patriote tunisien, comme le pays en compte par milliers, qui a fait ce qu'il pensait être bon pour faire avancer son pays, dépourvu de richesses pétrolières, qui était devenu le point de convergence des bonnes sociétés des pays voisins et d'Europe.

L'élu français, vice-président de la commission des Affaires étrangères, a écrit ces quelques lignes sur son compte Twitter : "J'ai une pensée pour l'ex-président tunisien Ben Ali décédé ce jour. Je l'avais longuement rencontré en 2011. Dictateur certes ! comme tous les dirigeants arabes, mais patriote et amoureux de son pays". Puisse-t-il reposer en paix!

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