Sénégal: Gouvernance sociale, économique et politique de 2012 à nos jours - Macky Sall, en mode urgence !

20 Septembre 2019

La gouvernance sociale, économique et politique du Sénégal sous Macky Sall serait-elle marquée du sceau de... l'urgence. Pour cause, depuis son avènement en 2012, le régime en place se distingue par sa propension à administrer les affaires publiques à travers une démarche réactive.

Déclenchement du Plan Orsec pour parer aux inondations et autres désastres causés par les fortes précipitations, instruction au Gouvernement d'auditer tout le dispositif Onas suite à l'affaissement d'une partie du collecteur Hlm-Fann, décision de fermeture du site du parc national des îles de la Madeleine après le drame de l'île Sarpan...

Les exemples foisonnent pour mettre à nu la gouvernance d'urgence des affaires publiques par le « Macky ».

Et même au niveau législatif, ce style particulier de gouvernance qui se démarque de la gestion préventive se traduit par les multiples projets de loi adoptés en procédure d'urgence, alors qu'ils touchent le plus souvent le cœur même de notre Charte fondamentale.

Présidant la traditionnelle réunion du Conseil des ministres d'avant-hier, mercredi 18 septembre, le chef de l'Etat a instruit le ministre de l'Intérieur de déclencher le Plan d'Organisation des Secours (ORSEC), au niveau des régions concernées par les inondations causées par les fortes pluies qui ont été enregistrées ces derniers jours sur l'étendue du territoire national.

Cette décision du chef de l'Etat intervient après la visite de terrain effectuée, la veille par le ministre de l'Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, et son collègue de l'Eau et de l'Assainissement, Serigne Mbaye Thiam, en compagnie d des techniciens et chefs de services dans les zones inondées des départements de Pikine et de Rufisque.

Visite au cours de laquelle, ces autorités ont pu constater l'ampleur des dégâts dans les zones cibles mais aussi au niveau de plusieurs localités à l'intérieur du pays du fait de l'absence des infrastructures structurantes pourtant promises lors du Conseil présidentiel tenu le 19 septembre 2012, dans le cadre du Programme décennal de lutte contre les inondations (2012-2022) fort de 767 milliards de francs CFA.

Cette intervention en situation d'urgence de l'Etat aux côtés des milliers de Sénégalais qui pataugent dans les eaux pluviales nauséabondes depuis le début du mois d'août dernier, bien qu'étant très attendue, conforte l'idée selon laquelle le régime actuel administre les affaires publiques à travers une démarche réactive.

En effet, depuis son évènement en mars 2012, le régime de Macky Sall semble toujours être dans une posture de réaction. On attend toujours l'éclatement de la situation pour agir.

Aujourd'hui encore, cette décision du ministre de l'Environnement et du Développement durable, Abdou Karim Sall, de fermer le site du parc national des îles de la Madeleine aux visiteurs en est une parfaite illustration.

Il a fallu attendre qu'un drame survienne occasionnant le décès de 4 personnes pour voir l'Etat « sévir », et non pour rendre plus sûres les visites sur ce site qui occupe pourtant une place de choix dans le développement du tourisme national.

Dans la sulfureuse affaire de la gestion des contrats pétroliers et gaziers, le régime actuel s'est également bien illustré dans cette façon particulière de gestion des affaires publiques basées sur la réaction.

En effet, alors qu'il avait lui-même procédé à la délivrance des licences de recherche sur les blocs de Saint-Louis offshore et Kayar offshore, il a fallu attendre la sortie de l'ancien chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade, pour voir l'actuel Secrétaire général de la présidence monter au créneau pour tenter d'apporter la contre-offensive. Une situation qui semble se répéter avec l'affaire des négociations avec la société turque Tosyali.

Sur ce dossier, l'Etat, nonobstant sa décision d'inscrire dans la Constitution lors du référendum de 2016 l'appartenance des ressources naturelles au peuple sénégalais, a préféré attendre la sortie du leader de Pastef pour essayer encore d'apporter des éclairages sur une procédure «cachée».

Au niveau de l'Assemblée nationale, ce style gouvernance cher au «Macky» se traduit le plus souvent par le choix de la procédure d'urgence pour l'examen de la plupart des projets de loi diligentés par l'Exécutif.

De 2012 à nos jours, il est peu aisé ainsi de dénombrer les projets de lois transmis par le gouvernement au bureau de l'Assemblée nationale et qui sont passés par la procédure d'urgence. Tellement, ils sont nombreux.

Mieux, ces textes introduits en procédure d'urgence constituent souvent des lois à grands enjeux du fait que certains visent la modification de la Constitution.

C'est le cas du projet de révision de la Constitution devant consacrer la suppression du poste de Premier ministre, celui portant instauration du parrainage citoyen pour tous les candidats à toutes les l'élection au Sénégal votée le 19 avril 2018.

Ou encore de la Loi n° 2013-10 du 28 décembre 2013 portant Code général des Collectivités locales, de la Loi n° 2018-22 du 04 juillet 2018 portant révision du Code électoral introduisant la généralisation du système de parrainage dans le code électoral ainsi que le projet de loi portant sur la contribution économique locale (CEL) voté le 29 juin dernier pour ne citer que ces textes-là.

Aujourd'hui, il est même plus facile de lister les textes qui sont passés par le circuit normal que ceux votés en procédure d'urgence, celle-là qui semble être la voie préférée du pouvoir.

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