Burkina Faso: Une lettre pour Laye - Diendéré attaque sa condamnation

billet

Cher Wambi,

Les aiguilleurs du ciel, ainsi qu'on nomme les spécialistes de la météo, l'avaient annoncé : les caractéristiques agro-climatologiques de 2019 seront contrastées. En effet, au cours d'une conférence de presse donnée en mai, l'Agence nationale de la météorologie (ANAM) tablait sur un cumul pluviométrique normal à tendance excédentaire sur la majeure partie du territoire national à l'exception des localités situées dans les régions des Hauts-Bassins et du Sud-Ouest où il est attendu une situation déficitaire à tendance normale. Je sais que tu ne comprends que dalle à ce jargon technique, et ta seule préoccupation, c'est de savoir si les récoltes seront bonnes. La réponse viendra bientôt avec la période des moissons qui pointe à l'horizon, et je souhaite évidemment, qu'elles soient bonnes.

Tout en espérant que Dieu et les mânes nous gratifieront d'une moisson abondante, voici les quantités d'eau enregistrées par les services de l'ASECNA au cours de la semaine allant du jeudi 12 au mercredi 18 septembre 2019 :

Dori : 00 mm ; Ouahigouya : 04 mm ; Ouagadougou-Aéro : 17,1 mm ; Dédougou : 39,9 mm ; Fada N'Gourma : 23,1 mm ; Bobo-Dioulasso : 80,4 mm ; Boromo : 103,5 mm ; Pô : 28,1 mm ; Gaoua : 62,9 mm ; Bogandé : 20,3 mm.

Cher Wambi, depuis le 2 septembre 2019, chaque accusé dans le dossier du putsch manqué connaît la sanction judiciaire qui lui est infligée. La chambrede première instance du tribunal militaire de Ouagadougou a en effet prononcé des peines de prison ferme contre les uns, de prison avec sursis contre les autres et purement et simplement acquitté quelques-uns.

Tous ceux qui ont été condamnés avaient jusqu'au 18 septembre courant pour interjeter appel de ce verdict. En effet, cher cousin, la loi permet à tout condamné de marquer son désaccord avec le premier jugement en demandant que sa cause soit réexaminée devant un second degré de juridiction avec une nouvelle composition.

Depuis l'expiration de ce deadline, je fais des pieds et des mains pour avoir la liste de ceux qui ont exercé un recours pour un second jugement. C'est dans ce sens que, pas plus tard qu'hier, je me suis rendu dans les locaux de la justice militaire d'où je suis revenu bredouille. Si je t'en parle, c'est qu'en vérité, une telle information devrait être publique et accessible à tout citoyen et donc aux journalistes, à qui on reproche souvent de ne pas aller boire « à la source ».

Pourtant l'information était bel et bien disponible puisque le greffe du tribunal militaire m'a fait dire qu'il me fallait me doter d'une autorisation du parquet afin qu'on me communique les informations demandées. Mais, cher cousin, comment obtenir ce sésame si madame le procureur militaire, comme on me l'a dit à son secrétariat, est en congé ? En clair, je ne pouvais pas accéder à cette information publique qui est loin d'être un secret-défense. J'ai beau chercher, je ne vois pas en quoi communiquer cette liste équivaudrait à donner une information qui puisse faire sauter la république au point qu'à la justice militaire on la garde sous le boisseau.

L'autre solution qui me restait, si je voulais avoir une situation exhaustive des différents appels interjetés, c'était d'appeler un à un tous les avocats de la défense afin de savoir si leurs clients ont fait ou non appel du verdict du 2 septembre dernier. Une solution humainement impossible qui m'a poussé à me tourner vers d'autres sources plus ou moins au courant du dossier. Du coup, il m'est difficile de te donner une situation exacte. Mais je te livre quand même ce que j'ai pu glaner. A en croire mes sources, au soir du lundi dernier, 58 actes d'appel avaient déjà été enregistrés, autant dire que pratiquement tous ceux qui ont été condamnés ont interjeté appel. C'est ainsi que j'ai appris que le général Gilbert Diendéré fait partie de ceux qui ont fait appel. Il rejoint ainsi le général Djibril Bassolé qui avait déjà effectué cette démarche.

Cher Wambi, il faut croire que le jugement de Seidou Ouédraogo est loin de satisfaire toutes les parties au procès. En effet, outre les condamnés qui le rejettent, j'ai appris que l'accusation, c'est-à-dire le parquet militaire, a également interjeté appel de l'ensemble du verdict rendu.

Si tout cela s'avérait, ce serait la première fois que la défense et l'accusation sont sur la même longueur d'onde dans ce dossier du putsch manqué.

Cher Wambi, tu te rappelles certainement l'une des principales mais mauvaises nouvelles de ma lettre de la semaine dernière. Je veux parler du départ précipité des policiers en service à Djibo, ville martyre du Burkina, du fait de la récurrence des attaques terroristes. Une situation qui a suscité et continue de susciter une vague d'émotion et de nombreuses questions.

Selon plusieurs sources sécuritaires, de même que l'UNAPOL, syndicat de la Police nationale, ce repli, qui ne serait pas du tout « tactique », comme l'avait affirmé la direction générale de la police, n'est ni plus ni moins qu'une réaction de survie face à l'état de dénuement matériel dans lequel opèrent les flics de Djibo. En outre, on pointe du doigt le fait que les militaires de la zone ont abandonné leurs camps, laissant ainsi le commissariat et ses occupants à la merci des groupes terroristes.

Mais comme il fallait s'y attendre, la réaction de la hiérarchie de l'armée n'a pas tardé.

En effet, cher cousin, elle y a déployé un impressionnant contingent militaire soutenu par une force aéroportée afin d'éviter le pire : la prise du chef-lieu du Soum par l'ennemi. Et depuis la date du débarquement de Djibo, les nouvelles du front sont des plus satisfaisantes puisque, à ce qu'on dit, les populations vaquent à leurs occupations.

Mais, cher Wambi, ce n'est pas demain que cette stupéfiante affaire de l'abandon du commissariat de Djibo cessera de défrayer la chronique.

En effet, dans une interview parue lundi dernier chez notre confrère en ligne « Le faso.net », le député-maire de Djibo, Oumarou Dicko, a jeté un pavé dans la mare. Réagissant au départ de la police, il a fait cette déclaration qui fait froid dans le dos : « Mais en réalité, ces policiers-là étaient à la base de plusieurs problèmes dans la ville. Il y a même eu des cas de viol, nous regrettons tout cela ».

Si ce qu'il dit est vrai, ce serait vraiment gravissime aussi bien sur le plan moral que sur le plan opérationnel.

Si cette accusation est avérée, comment veut-on que les populations collaborent avec des hommes qui leur affligent pareille abomination ?

Il faut espérer que la hiérarchie de la police va vite se saisir de cette affaire et situer l'opinion.

En attendant qu'elle le fasse, j'ai contacté au téléphone une source sécuritaire haut placée qui se dit très étonnée de la nature des déclarations du député-maire et affirme que, jusqu'à ce jour, de tels actes n'ont jamais été portés à la connaissance des services de la Police nationale.

Cher Wambi, lundi dernier, Ouagadougou a renoué avec les courses-poursuites entre manifestants et forces de l'ordre dans une atmosphère à couper le souffle du fait des gaz lacrymogènes. La scène, qui a réveillé bien de souvenirs enfouis, s'est déroulée à quelques encablures de l'état-major général des Armées, où la police a chargé la foule de manifestants. La raison de cette dispersion de la marche, le « caractère illégal » de la manifestation qui n'a pas été autorisée par les pouvoirs publics.

Mais du côté des organisateurs, qui ont une autre interprétation des dispositions en la matière, rien ne s'opposait à cette manifestation.

Mais cher cousin, je passe sur cette querelle de légalité pour dire que, si le gouvernement cherchait à tomber dans le piège syndical, il ne s'y serait pas pris autrement que de faire barrage à Bassolma et sa troupe.

En effet, n'aurait-il pas été plus judicieux pour son image de marque de laisser les marcheurs marcher « tranquillos » et prendre plus tard l'opinion à témoin de « l'incivisme » de certains syndicats ?

On me rétorquera que force reste à la loi. C'est vrai, mais je m'entête à penser que ce coup-ci, il n'y avait vraiment pas de quoi gazer un marcheur.

Mais cher Wambi, si le gouvernement n'a pas eu raison d'empêcher manu militari la marche-meeting, Bassolma Bazié a tort de tenir certains propos contre les FDS qui l'ont obligé à battre en retraite.

En effet dans une interview parue le mardi 17 septembre dans les colonnes du journal de ton oncle Nakibeuogo, le président de la CGT-B a tout simplement péché par excès de langage. « Concernant ceux [Les Forces de l'ordre] qui les représentent, il ne suffit pas de jouer les Django à travers les rues de la ville de Ouagadougou en s'en prenant à des manifestants aux mains nues. Ceux qui ont les capacités sont invités à rejoindre les unités qui sont face aux terroristes ».

Dans le contexte sécuritaire actuel, faut-il tenir un tel discours contre un corps qui, quoique qu'on puisse lui reprocher, participe à la défense du pays et, comme les autres formations militaires et paramilitaires, y a payé un lourd tribut ?

Au moment où il y a péril terroriste en la demeure, est-il opportun de chercher à dénigrer les FDS, qui ne demandent de notre part qu'un soutien moral ?

« Abondance de paroles finit par produire du péché », prévenait un homme d'église burkinabè. La récente interview du président de la CGT-B en est la parfaite illustration.

Cher Wambi, à présent, je t'invite à feuilleter avec moi le carnet secret de Tipoko l'Intrigante.

- La guéguerre au sein du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) est loin de s'estomper.

En effet, hier jeudi 19 septembre, les protagonistes de cette guerre des tranchées étaient encore devant le tribunal de grande instance (TGI) de Ouagadougou pour laver leur linge sale. A l'origine de ce nouveau feuilleton politico-judiciaire, une requête du camp de Mahamadi Kouanda visant le report du congrès prévu pour ce dimanche 22 septembre à la maison du Peuple.

Outre cette réclamation, le jugement en référé devrait se pencher sur une autre assignation contre la direction du parti. Les requérants, au nombre de trois, protestent contre la suppression de leurs noms de la liste des membres du bureau politique national (BPN). Rappelons que, suite à une précédente décision de justice, l'ancien parti au pouvoir a dû raboter le BPN pour se conformer au nombre prévu par ses textes statutaires.

A la demande des conseils du président actuel du CDP, Eddie Komboïgo, qui ont sollicité plus de temps pour mieux connaître le fond du dossier, le procès a été renvoyé pour ce vendredi à partir de 8h.

Le congrès se tiendra-t-il à la date indiquée ? La réponse pourrait être pour aujourd'hui.

- Et voilà que la Poste Burkina Faso refait parler d'elle après la tumultueuse crise qui a opposé le personnel à son directeur général.

En effet, il se susurre que, suite à des investigations de l'inspection générale des services, un trou d'un montant de près de 21 millions de francs CFA a été découvert à la Direction du patrimoine et des marchés. Ce manque à gagner serait lié à des malversations dans la gestion des Tomcards ou cartes prépayées de carburant. Plutôt que de s'en servir pour le ravitaillement des véhicules, des agents de la Poste-BF échangeaient le précieux sésame contre des espèces sonnantes et trébuchantes.

Le pot aux roses aurait été découvert lorsque les inspecteurs ont relevé des consommations d'essence anormalement élevées, comme celle de cette voiture qui aurait englouti environ 1000 litres en une semaine.

- Le Dr Placide Sankara était parti en Chine pour une spécialisation en médecine. Mais il a été victime d'un arrêt cardiaque alors qu'il passait des vacances à Taïwan. Il était dans le coma depuis 8 mois, et finalement il a rendu l'âme le 12 septembre dernier. Sa famille a entrepris des démarches pour le rapatriement de sa dépouille, mais la note est salée puisqu'il faut la bagatelle de 8 millions de nos francs pour les formalités et le transfert. Une facture que sa famille ne peut pas gérer. Un deadline a été donné pour l'enlèvement de la dépouille sans quoi le corps sera incinéré, et c'est là que la situation se corse. Cette date butoir expirait hier, jeudi 19 septembre.

C'est la raison pour laquelle la famille éplorée, après n'avoir pas eu une réaction positive des autorités, a ébruité l'affaire sur la toile mondiale et un mouvement de solidarité a été lancé. Une certaine somme a pu être collectée même si la cagnotte était toujours loin du compte.

Mais finalement, aux dernières nouvelles, grâce non seulement au gouvernement et à l'Ordre des médecins, mais aussi à tous ceux qui ont contribué d'une manière ou d'autre à l'élan de solidarité, la dépouille du Dr Placide Sankara sera transférée à Ouagadougou dans les jours à venir. C'est dire que le spectre d'une incinération, qui ne fait pas partie de nos us et coutumes, s'est définitivement envolé.

Au finish la famille Sankara pourra donner une sépulture au sien.

- La fédération provinciale de l'UNIR/PS de Yako effectue, demain samedi 21 septembre, sa rentrée politique à la maison des jeunes de ladite localité.

Placée sous le thème : « Quelle communication politique pour une mobilisation victorieuse du parti dans le Passoré ? » ce rendez-vous politique est placé sous la présidence de Me Bénéwendé Sankara, président de l'UNIR/PS, et le parrainage du député Halidou Sanfo.

 Demain samedi 21 septembre, de l'effervescence au palais royal de Boussouma avec la sortie officielle du nouveau chef, Sa Majesté Naaba Sigri, intronisé le 10 août dernier suite au décès de son prédécesseur.

L'événement sera ponctué par trois actes majeurs :

- Salutations coutumières à partir de 08h,

- Réception officielle à 14h,

- Prestations de danses traditionnelles à partir de 16h.

Tipoko l'Intrigante n'apprend rien d'elle-même, elle n'invente jamais rien. Tipoko l'Intrigante est un non-être. Elle n'est ni bonne en elle-même, ni mauvaise en elle-même. Elle fonctionne par intuition, car "l'intuition c'est la faculté qu'a une femme d'être sûre d'une chose sans en avoir la certitude..."

Ainsi va la vie.

Au revoir.

Ton cousin

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