Congo-Brazzaville: Disparition - La République a rendu un dernier hommage à Placide Lenga

L'ancien premier président de la Cour suprême du Congo, décédé en Afrique du Sud, a été inhumé le 21 septembre au cimetière familial de Yalavounga, à quelques encablures de Kinkala, dans le département du Pool.

Les corps constitués nationaux, avec à leur tête le chef de l'Etat, Denis Sassou N'Guesso, ont rendu un dernier hommage à Placide Lenga, le 20 septembre, au cours d'une cérémonie solennelle organisée au Palais des congrès à Brazzaville. En effet, après le dépôt de la gerbe de fleurs et le recueillement devant la dépouille de celui qui était son collaborateur de longue date, le chef de l'Etat, président du conseil supérieur de la magistrature, a signé le livre d'or ouvert pour la circonstance.

Ancien premier président de la Cour suprême à deux reprises (du 3 décembre 1991 au 22 janvier 1996 et du 23 février 1998 au 20 février 2018), Placide Lenga s'est éteint le 5 septembre à l'âge de 80 ans. Selon Henri Bouka qui l'a succédé à la tête de la plus haute juridiction nationale en 2018, pour arriver au sommet de la pyramide judiciaire, l'illustre disparu n'a sauté aucune marche. Procureur général près la Cour suprême du 30 avril 1986 au 3 décembre 1991, il fut également procureur général près la Cour d'appel du Congo de 1978 à 1981. Premier procureur général près la Cour d'appel de Brazzaville de 1981 à 1986 après la création de celle de Pointe-Noire.

« Il a occupé toutes les fonctions : juge d'instruction, substitut du procureur de la République, procureur de la République, substitut général près la Cour d'appel et avocat général près la Cour suprême. Il a travaillé à Dolisie et à Pointe-Noire avant de venir poursuivre son ascension fulgurante à Brazzaville où il a fini en tant que plus haut magistrat de l'ordre unique des juridictions de son pays », a témoigné le premier président de la Cour d'appel, Henri Bouka.

« Magistrat intègre et courageux »

D'après lui, Placide Lenga fut aussi greffier des cours et tribunaux. Ce qui lui a valu de travailler en République centrafricaine et de dresser le procès-verbal consignant les constatations faites à l'occasion du terrible accident d'avion qui coûta la vie au président Barthélemy Boganda, en 1959. Ce qui signifie qu'il s'est élevé par le travail et le mérite. « Magistrat intègre et courageux, il a appris à tous les magistrats que c'est par le travail acharné, la loyauté, l'honneur, la dignité et la probité que l'on peut réussir dans ce métier où la toute petite faute peut te ruiner. Le premier président Placide Lenga nous disait toujours : soyez en toute circonstance, très chers collègues et anciens magistrats, dignes et solennels, et le métier vous réussira », a poursuivi celui qui a travaillé pendant plus de vingt ans avec l'illustre disparu.

Le maître de la rhétorique

Assimilant la vie à la rose qui naît le matin, s'épanouit à midi et flétrit inexorablement le soir pendant que tous admirent encore sa beauté, Henri Bouka a renchéri qu'il y a un temps pour toute chose sur les cieux. Un temps pour naître et un temps pour mourir. « La nation tout entière pleure l'un de ses dignes fils, Placide Lenga, l'un de nos éternels premiers présidents à la Cour suprême. Tu as formé tant de magistrats qui reconnaissent ton droit de maître. Tu étais le maître des maîtres. Tu étais un père pour beaucoup de jeunes magistrats, un aîné respecté pour ceux de ma génération. Tu étais tout cela, maintenant tu peux t'en aller en paix », a-t-il ajouté, précisant que c'est par leur testament que les grands hommes sont éternels et entrent au panthéon de l'histoire de leur pays.

Grand officier dans l'ordre du mérite congolais, Placide Lenga était docteur en droit et diplômé de l'Ecole nationale de la magistrature de Paris avant de devenir magistrat en 1979. Enseignant d'histoire à l'Université Marien-Ngouabi et titulaire d'un Certificat d'aptitude à la profession d'avocat, il a participé à la formation de plusieurs générations de magistrats et d'avocats à l'Ecole nationale d'administration et de magistrature. « C'est un homme décomplexé, humble et modeste mais rempli des connaissances multiples et diverses. Il était un magistrat cultivé qui pouvait vous raconter les fantasmes de Napoléon... Il était aussi un modèle de probité morale dans un environnement où l'on se reprend souvent sur la valeur réelle de certains magistrats. Des faits insolites et inadmissibles de certains plus hauts magistrats du pays », a commenté Henri Bouka, regrettant la disparition du maître de la belle rhétorique.

Notons qu'après l'hommage officiel, une messe de requiem a été célébrée en la cathédrale Sacré-Cœur avant le départ de la dépouille pour Kinkala par hélicoptère via l'aéroport international Maya-Maya.

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