Congo-Kinshasa: En République démocratique du Congo, femmes et filles ont besoin d'un soutien d'urgence contre les violences

Un camp de personnes déplacées en République démocratique du Congo. Des centaines de milliers de personnes ont été contraintes de migrer à cause des conflits internes au pays. © UNFPA RDC

ITURI PROVINCE, Democratic Republic of the Congo - Il y a plusieurs semaines, une femme a amené Anne*, sa fille de 11 ans, dans un centre de santé financé par l'UNFPA. Sa famille a dû brutalement quitter son foyer à cause du conflit dans l'Ituri, et au milieu du chaos qui régnait, Anne a subi une agression sexuelle.

C'est une infirmière qui a accueilli la jeune fille, qui était trop terrifiée pour parler. Avec du temps et beaucoup de patience, l'équipe de la clinique a aidé Anne à se sentir suffisamment en confiance pour raconter son histoire et consentir à un examen. Une assistante sociale s'est ensuite occupée de l'aider à poursuivre sa guérison.

Malheureusement, ce qu'a vécu Anne n'est pas un cas isolé. Des milliers de femmes et de filles de l'Ituri ont subi et subissent encore des violences basées sur le genre, et c'est aussi le cas de beaucoup d'autres dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud Kivu, touchées par des conflits.

« Depuis le début de l'année, nous avons constaté une augmentation significative de diverses violences faites aux femmes et aux filles dans les provinces touchées par le conflit, c'est-à-dire l'Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », explique Sennen Hounton, délégué UNFPA en République démocratique du Congo.

La pauvreté extrême a également accru le risque d'exploitation. « Femmes et filles ne sont pas uniquement exposées à la violence sexuelle durant les conflits ou les migrations », observe-t-il. « Les femmes et filles déplacées se tournent souvent vers la prostitution pour survivre, dans l'espoir de pouvoir subvenir à leurs besoins alimentaires et à leurs besoins de santé, car elles ne voient pas d'autre solution ».

Au cours du premier semestre 2019, près de 17 000 survivantes de violences basées sur le genre ont reçu de l'aide humanitaire de la part de divers partenaires présents en RDC, dont l'UNFPA, mais ces services ont connu de grandes insuffisances dans certaines zones à risque.

Prévenir l'exploitation et les violences sexuelles

Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), des centaines de milliers de personnes ont été déplacées par les crises dans les provinces d'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L'épidémie d'Ebola qui est en cours n'a fait qu'exacerber la vulnérabilité des femmes et des filles.

L'UNFPA travaille en collaboration avec ses partenaires pour élargir l'accès à des services de santé procréative essentiels, notamment l'assistance aux survivantes de violences basée sur le genre, et la protection des femmes et des filles contre l'exploitation et les violences sexuelles.

Anne a pu recevoir des soins médicaux et psychosociaux grâce à des services financés par le Fonds central pour les interventions d'urgence (CERF) et mis en place par l'UNFPA. Entre la fin avril et la fin juillet, l'UNFPA a ainsi pu proposer des soins de santé procréative à 70 000 personnes, et en informer ou sensibiliser 600 000 de plus. Ces fonds permettront également de soutenir près de 19 000 accouchements sécurisés, et d'étendre l'accès aux contraceptifs modernes à 17 000 femmes dans six autres provinces du pays également touchées par la crise.

Les besoins continuent cependant de surpasser les ressources disponibles. Dans le Nord-Kivu, par exemple, moins de 30 % des zones sanitaires touchées par Ebola sont couvertes par des services de prévention et de traitement de la violence basée sur le genre, bien que cette violence ait tendance à augmenter lors des crises humanitaires.

Noemi Dalmonte, experte auprès de l'UNFPA, explique : « Nous estimons les besoins de la communauté humanitaire à 91,7 millions de dollars, dont 44 millions pour l'Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dédiés à la protection des femmes et des filles contre les risques de violence basée sur le genre et aux soins à apporter à au moins 37 500 survivantes de violences en 2019. Mais nous sommes bien loin de cet objectif. »

L'urgence à agir

Aujourd'hui, Anne et sa mère vivent dans un camp de personnes déplacées à Bunia. Retourner chez elles est trop dangereux, mais elles ont trouvé une forme de sécurité au sein d'un refuge temporaire. Anne y a accès à une aire de jeux où elle peut s'amuser avec ses amis.

L'UNFPA exhorte à s'investir en faveur des femmes et des filles de la RDC.

« Je sollicite aujourd'hui de la part de la communauté des donateurs la réalisation des engagements pris récemment à la conférence d'Oslo, 'En finir avec la violence sexuelle et sexiste dans les situations d'urgence' », a déclaré M. Hounton. « Les acteurs qui interviennent contre la violence basée sur le genre ont besoin qu'on continue à les soutenir, pour que des soins essentiels et centrés sur les survivantes soient accessibles aux femmes et aux filles dès le début d'une situation de crise. »

Il a également souligné qu'il fallait « donner la priorité aux zones à risque actuelles pour sauver la vie des Congolaises ».

Le plan d'action humanitaire global en République démocratique du Congo n'est actuellement financé qu'à hauteur de 30 %.

*Le prénom a été changé pour garantir la confidentialité

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