Algérie: Saïd Bouteflika, frère de l'ancien président algérien, devant la justice

Saïd Bouteflika

Le frère du président déchu Abdelaziz Bouteflika est accusé d'atteinte à l'autorité de l'armée et complot contre l'autorité de l'État. Il avait été arrêté le 4 mai dernier avec deux anciens responsables des services de renseignement, Mohamed Mediene dit Toufik et Bachir Athmane Tartag.

Le tribunal militaire de Bleda s'apprête à un procès spectaculaire. Il doit examiner les charges de complot qui pèsent contre Saïd Bouteflika, le frère de l'ancien président, Mohamed Mediène et Athmane Tartag, anciens responsables des services de sécurité, Louisa Hanoune, chef du parti des Travailleurs, mais aussi sur l'ancien chef d'état-major Khaled Nezzar.

Le procès est aussi l'occasion d'une démonstration de force. Le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah a régulièrement désigné « la bande », comme hostile aux intérêts du pays, et a promis de la neutraliser.

Ce que la justice militaire leur reproche, ce sont plusieurs réunions pour organiser une transition, au moment où Ahmed Gaïd Salah appelait à la destitution d'Abdelaziz Bouteflika.

Saïd Bouteflika dans le collimateur de Gaïd Salah

C'est à la fin du mois de mars que le vent tourne pour Saïd Bouteflika, quelques jours à peine avant la démission de son frère président. Devenu une cible des manifestants, il est aussi entré dans le collimateur du général Gaïd Salah. Dans une déclaration publiée le 30 mars, il s'en prend aux « forces extra-constitutionnelles » et aux « bandes » accusées de conspirer autour des revendications du peuple. Le militaire évoque alors une réunion secrète et promet de donner des noms plus tard.

Le frère du président n'est alors pas cité, mais il fait partie des cibles. Le dernier week-end de mars, il aurait en effet planché dans l'ombre sur une sortie de crise avec la complicité du général Mohamed Mediène dit Toufik, un ancien chef des renseignements.

Les gens avaient peur de mentionner son nom. C'était vraiment incroyable !

Le général Nezzar lâche Saïd Bouteflika

Le 30 avril, un nouveau témoignage à charge aggrave son cas : le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, assure que Saïd s'apprête à décréter l'état d'urgence pour stopper la contestation et qu'il envisage de démettre Ahmed Gaïd Salah.

Le frère de l'ancien président aurait multiplié manœuvres et manigances pour prendre la main sur le cours de la transition. Et ce notamment par peur d'être arrêté, selon les confidences du général Nezzar à la presse.

Après l'arrestation d'Ali Haddad, le patron des patrons dont on le dit très proche, il est à son tour arrêté le 4 mai. Le général Mohamed Mediène et le général Athmane Tartag se font aussi arrêter ce jour-là. Les trois hommes sont déférés devant le tribunal militaire de Blida, et accusés d'atteinte à l'autorité de l'armée et complot contre l'autorité de l'État.

Saïd Bouteflika, dans l'ombre de son frère

Longue mèche sur le front, yeux bleus et petite moustache. Saïd Bouteflika est physiquement la copie de son frère président, en plus jeune. Depuis l'accident vasculaire cérébral de celui-ci, on disait d'ailleurs que c'était lui l'homme fort qui tirait les ficelles pour servir une ambition personnelle. Depuis des années, on lui prêtait en effet la volonté de succéder à son frère, une volonté jamais exprimée en public, mais qui alimentait régulièrement les débats.

Parce que si Abdelaziz Bouteflika jouissait auprès de certains Algériens d'une certaine aura liée à son parcours et à sa personne, son frère n'a jamais suscité le même enthousiasme bien au contraire. La greffe entre Saïd et le peuple algérien n'a jamais pris et l'éventualité parfois évoquée d'une candidature a toujours été balayée par les Algériens.

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Plus de: RFI

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