Guinée: Appel du president guinéen à un référendum - Condé tombe le masque

Photo: Le Pays
Le président Alpha Condé
24 Septembre 2019

Les éléments du puzzle du 3e mandat du président guinéen, le Pr Alpha Condé, se mettent de plus en plus en place. Alors que les consultations nationales sont en cours dans son pays, le Pr Alpha Condé a appelé depuis New York, au siège des Nations unies, où il participe à la 74e Assemblée générale de cette organisation, les ressortissants guinéens à « être prêts pour l'organisation des élections et du référendum ».

Ce message vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis hier, achève de convaincre les plus sceptiques de la volonté du président guinéen de briguer un 3e mandat. Cela est d'autant plus vrai que c'est la première fois que l'homme politique, théoriquement en fin de mandat, évoque le référendum.

En tout cas, jusque-là, Condé évoluait à visage masqué. Maintenant qu'il a tombé le masque, quelle sera la réaction des Guinéens, notamment son opposition qui lui prêtait des intentions de prolonger son bail à la tête de l'Etat. Soulignons si besoin en était, qu'on le voyait venir.

En effet, dans une adresse solennelle à la Nation, le 4 septembre dernier, le président guinéen avait « instruit » son Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, « d'initier des consultations avec les institutions de la République, les partis politiques, les syndicats et les organisations de la société civile » à propos de la Constitution dont l'éventualité de la modification cristallise déjà les passions en Guinée.

Est-ce une reculade ou une façon de reculer pour mieux sauter, s'interrogeait Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l'opposition ? Eh bien, il a désormais la réponse. A travers cette vidéo, le président Condé se dévoile un peu plus en tombant clairement le masque.

Tout porte à croire qu'il a enfin décidé de « franchir le Fouta Djallon » et que l'organisation du référendum n'a qu'un seul but, celui de lui permettre de s'accrocher au pouvoir au-delà de ses deux mandats.

Dans tous les cas, Condé ne pouvait pas passer le temps à entretenir le flou sur ses intentions et même, osons le mot, à instrumentaliser une partie de ses compatriotes dont « l'enthousiasme » un peu trop débordant pour un changement constitutionnel rempli de nausée, pour finalement changer son fusil d'épaule.

Mais cette volonté affichée du natif de Boké de jouer les prolongations à la tête de l'Etat, est une décision qui manque de sagesse.

Il ne faut pas se fier à la blancheur des boubous de Alpha Condé pour croire en la noblesse de ses intentions

Car, non seulement Alpha Condé ne semble pas tirer leçon de l'infortune récente de certains de ses pairs qui se sont brûlé les doigts en s'essayant au jeu du tripatouillage constitutionnel, mais aussi, à son âge et pour le combat de la démocratie qui fut le sien, il devrait plutôt songer à sortir de l'histoire par la grande porte.

Mais, mû par une incompréhensible addiction au pouvoir et obnubilé par la question de son troisième mandat, Alpha Condé ne semble pas voir les dangers qu'il fait courir à son pays en cédant aux sirènes des Raspoutine qui le poussent à la faute pour des intérêts bassement matériels et égoïstes.

A moins que lui-même ne soit prêt à dresser le bûcher pour son peuple, pour assouvir des ambitions personnelles, sachant pertinemment que sa décision est potentiellement lourde de conséquences.

A ce rythme, même l'ex-président congolais, Joseph Kabila, qui aura au bout du compte fait contre mauvaise fortune bon cœur en renonçant à briguer son mandat querellé, se sera montré plus raisonnable que le président guinéen si ce dernier s'entête à foncer tête baissée dans son projet décrié.

Maintenant que ses intentions se précisent, Condé ne fera pas exception à la règle générale selon laquelle les opposants historiques, une fois parvenus à la tête de l'Etat, s'illustrent souvent par des actes et des positions aux antipodes du combat qui les a portés au pouvoir.

Et pour quelqu'un qui a brillé par son combat pour la démocratie, doublé de l'intellectuel bon teint dont il se revendique, ce syndrome d'hubris (la maladie du pouvoir) a de quoi faire désespérer de l'élite dirigeante du continent.

Car, Alpha Condé n'est pas un cas isolé en Afrique où certains de ses anciens pairs l'ont devancé sur un chemin qui a été pour eux celui de la perdition, pendant que d'autres en fonction nourrissent aussi et encore les mêmes ambitions pouvoiristes. Mais Condé aurait tort de penser que cela n'arrive qu'aux autres.

Car il portera toute la responsabilité de ses actes devant l'Histoire. En tout état de cause, l'obstination du président guinéen à briguer un troisième mandat, qui fait de moins en moins l'objet de doute, est une décision qui n'honore pas le vieil opposant qui se montre, à la limite, bien amnésique pour avoir lutté, de par le passé, pour la limitation des mandats dans son pays.

C'est à se demander s'il ne plane pas une certaine malédiction sur la Guinée qui, malgré l'immensité de ses richesses, traîne malheureusement ses dirigeants comme un boulet au pied, tant de Sékou Touré à Alpha Condé, en passant par Lansana Conté, Moussa Dadis Camara et l'éphémère « transitionnaire » Sékouba Konaté, aucun président n'a su se montrer à la hauteur de l'Histoire.

Et avec cette décision du président Condé dont il ne faut pas se fier à la blancheur des boubous pour croire en la noblesse des intentions, il faut craindre que la situation ne dégénère dans un pays où les conflits communautaires ont pignon sur rue, et où les démons de la violence ne dorment toujours que d'un œil.

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