Ile Maurice: Ronan Danzé - «Quatre ans de nuits blanches et de dépression...

25 Septembre 2019
interview

Grève de la faim, recours à la justice, il a tout essayé. Plus de quatre ans après le démantèlement du groupe BAI, Ronan Danzé, investisseur français qui a placé une forte somme d'argent dans la Bramer Asset Management Ltd, figure parmi ceux qui n'ont toujours pas été remboursés.

Qu'est-ce qui pousse un entrepreneur français à s'allier à des électeurs brandissant la menace d'une consigne de vote aux prochaines législatives ?

Je fais partie du mouvement de Salim Muthy depuis que j'ai perdu tout mon patrimoine investi deux semaines avant la révocation de la licence de l'ex-Bramer Bank dans la Bramer Asset Management (BAM) (NdlR, Il s'agit d'une forte somme d'argent que notre interlocuteur ne souhaite pas étaler dans la presse). Avec d'autres victimes de la nationalisation forcée du groupe British American Investment (BAI), j'ai été de tous les comités et les réunions, y compris participer à 13 jours de grève de la faim en mai 2017. Le préjudice est énorme.

Aujourd'hui, même le capital qu'il me restait après cet investissement et qui devait servir à acheter une société à Maurice est épuisé. C'est ma façon de faire valoir mes droits. Car seul, le combat contre un système à 100 % responsable de ce drame est très difficile.

Et que vaut cette menace de consigne de vote pour les prochaines élections ?

Je suis Français. La politique mauricienne, je la découvre peu à peu. Ce que je sais, c'est que Salim Muthy, qui est un Portlouisien, vient d'une frange de la population qui est très soudée. Quand on touche à l'un d'entre eux, ça pèse dans la balance.

La vidéo du patron de l'ex- BAI qui circule sur Facebook depuis le début de la semaine ne vous laisse certainement pas insensible...

Bien évidemment. Comme Mavis Latchman, ex-présidente de l'association des clients de la BAM, j'ai toujours maintenu, et ce, depuis avril 2015, qu'il n'y a jamais eu de Ponzi. Avant d'investir, j'avais étudié les bilans audités de la BAM et je m'étais également renseigné sur la santé financière de l'ex-Bramer Bank, qui était très bonne jusqu'à fin 2014. D'ailleurs, celle-ci avait reçu le prix de meilleure banque de Maurice en 2014.

Après la mobilisation des victimes menée par Salim Muthy, dimanche, cette vidéo est-elle une suite de vos actions de mise en garde au gouvernement ?

Cette vidéo n'a aucun lien avec la mobilisation menée par Salim Muthy. Certes, nous menons tous le même combat contre cette grande injustice, mais chacun le fait à sa manière et avec ses moyens.

Quel est l'argument de la National Property Fund Ltd pour le non-remboursement de votre argent ?

Qu'au contraire des autres oneman companies qui ont été remboursées à 80 %, la mienne n'était pas domiciliée à Maurice mais aux Seychelles lorsque j'ai investi. Je me bats depuis quatre ans contre cette injustice. Quatre ans de nuits blanches et de dépression contre un système de remboursement complètement vicié.

La provenance de votre argent au sein de la BAM a aussi été remise en question...

Mon dossier a été envoyé deux fois à la Financial Intelligence Unit et il n'y a eu aucune suite depuis. Pourtant, le responsable de la National Property Fund Ltd a reçu, depuis décembre 2015, en main propre un dossier justifiant les sources de mes investissements qui proviennent, notamment, de la vente de biens immobiliers, de mon commerce et d'assurances vie de ma défunte mère.

Vous avez sollicité le ministre des Services financiers, le Premier ministre, l'exambassadeur français à Maurice ainsi que la commission anti-corruption...

Je n'ai pas seulement écrit à Sudhir Sesungkur. Je l'ai aussi rencontré dans le bureau du Premier ministre dans le cadre de la grève de la faim qu'on avait faite avec d'autres victimes. Alors qu'il m'a dit qu'il va s'occuper de mon cas, aujourd'hui, il vient dire que l'État n'avait aucune obligation de rembourser les victimes. C'est aberrant d'un ministre des Services financiers. Quel message qu'il envoie aux investisseurs ! L'Independent Commission against Corruption à laquelle je me suis rendu à deux reprises avec des éléments dont je dispose pour leur demander d'enquêter est peut-être là pour vous écouter mais elle reste une commission gouvernementale.

Vous avez également eu recours à la justice. Où en sont les choses ?

Après des manifestations, marches pacifiques et une grève de la faim et qu'on n'a plus aucun choix pour être entendu par un gouvernement qui reste insensible à votre détresse, il ne reste que la justice, une institution intègre. Mais encore une fois, avec la lenteur où vont les choses, moi, qui suis complètement ruiné, contrairement à ceux qui, à côté, ont toujours leur maison, leur voiture, leurs bijoux, je suis arrivé à un stade où j'ai besoin de cet argent pour vivre.

J'ai investi jusqu'au dernier centime dans un fonds sécurisé. J'aurai bientôt 47 ans. J'ai travaillé plus de 20 ans de ma vie sept jours sur sept, des nuits durant. Après un contrat de deux ans au sein d'un groupe légal et financier à Maurice, je suis aujourd'hui sans emploi. Je survis grâce à mon épouse et à sa famille. C'est une grande chance que je l'ai rencontrée car sinon je serai à la rue. Tout ce que je demande, c'est qu'on nous rembourse au moins le capital.

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