Burkina Faso: Vacances scolaires dans la Kossi - Ce que les élèves font de leur temps de repos

C'est bientôt la rentrée des classes. Enseignants et parents d'élèves s'affairent déjà pour affronter la nouvelle année scolaire. Deux mois de vacances s'achèvent ainsi. Mais qu'ont fait les scolaires de la Kossi pendant ce temps ?

L'année scolaire au Burkina Faso s'étend sur trois trimestres entrecoupés par deux congés d'une durée d'une à deux semaines chacun. Les neuf mois d'études se terminent par des vacances qui durent à peu près deux mois.

Cette disposition vise sans doute à accorder un temps de repos aux élèves après les efforts consentis pour assimiler les enseignements reçus.

C'est surtout une disposition pédagogique qui tient compte de la psychologie de l'apprenant en ce qui concerne son besoin de repos et sa faiblesse face à la monotonie des cours. Si telle est l'idée, les bénéficiaires des vacances que sont les élèves n'en font pourtant pas une occasion pour dormir à longueur de journées.

Dans la Kossi, les vacances sont exploitées à bon escient, si l'on peut se permettre de s'exprimer ainsi. C'est une opportunité pour plusieurs élèves de mener diverses activités. Il y a déjà un grand nombre d'entre eux qui rejoignent leurs villages pour aider leurs parents dans les travaux champêtres.

Mais dans la ville de Nouna, l'on rencontre des élèves dans chaque secteur d'activité non formelle. La menuiserie, la maçonnerie, la mécanique, la soudure, la couture et le petit commerce sont, entre autres, les occupations prisées par ces élèves.

S'il s'agit principalement de ne pas « chômer » pendant cette période, les motivations divergent cependant d'un élève à l'autre. Pour Kango Rosette, il est question de se familiariser avec le métier qu'elle aimerait exercer après ses études.

Elève en classe de CM2, c'est à « Belini couture », un atelier de formation de la ville, qu'elle passe ses vacances.

« Je veux devenir couturière parce que c'est mon métier de rêve », dit-elle sous le regard éblouissant de la responsable des lieux, Bernadette Sanou, qui affirme qu'elle reçoit toutes les vacances, des élèves de divers niveaux dans son atelier.

Sur un chantier de construction, nous avons rencontré Diarra Abou, candidat à la prochaine session du baccalauréat au lycée privé Olympia de Nouna. Un self-made-man, c'est le titre que l'on peut attribuer à ce jeune qui n'a personne sur qui compter.

Pelle en main, Abou nous explique combien sa fonction d'aide maçon lui est salutaire en ces termes : « Mon père vit en Côte d'Ivoire et n'a vraiment plus de lien avec nous. Je suis donc obligé de travailler pour me prendre en charge et m'occuper de ma mère. Ma scolarité et mes fournitures sont aussi à ma charge ».

Pour subvenir à tous ces besoins, Abou nous confie qu'il n'est pas sur les chantiers seulement pendant les vacances. Durant l'année scolaire, il ne connaît ni week-end ni congés. Il met plutôt ces trêves scolaires à profit pour se faire des sous.

Comme « à cœur vaillant il n'y a rien d'impossible », le brave jeune homme nous rassure qu'il arrive tant bien que mal à mener une vie honorable.

En témoigne le toit qu'il a pu offrir à sa mère. Pour lui, il n'est pas question d'abandonner les études sous prétexte de manque de moyens. « Même quand je serai à l'université, je saurai trouver un travail qui me permettra de poursuivre », lance-t-il d'un ton fier.

Lorsque que nous nous apprêtions à prendre congé de Diarra Abou, une fillette arriva sur les lieux, munie d'un « pousse-pousse », comme on appelle le petit chariot ici, dans lequel se trouvait une glacière. Elle lança aux ouvriers du chantier : «ji beyi, dèguè beyi, mougouji beyi, gnamakouji beyi, tomiji beyi, bissap beyi».

Ce qui signifie en français : « Je vends de l'eau, du couscous au lait, des jus de petit mil, de gingembre, de tamarin et de feuilles d'oseille ».

Nous l'abordons aussitôt après qu'elle a terminé avec ses clients du moment. Dembélé Marie, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, est une lauréate de la session passée du Certificat d'études primaires (CEP).

Venue de Kakin, un village situé à une vingtaine de kilomètres de Nouna, elle nous explique pourquoi en ces termes : « Je cherche l'argent pour acheter des habits.

C'est mon père qui est à la base de l'initiative et c'est lui qui m'a trouvé une patronne ». A propos de la paie, la fillette ne semble pas avoir été mêlée aux négociations et n'aurait d'ailleurs nul besoin d'en savoir quelque chose.

« Ce qui m'intéresse, c'est qu'à la rentrée, je ne manque ni de tenue scolaire, ni de chaussures et surtout pas de petits sous pour le petit marché de l'école », dit-elle, avec insouciance.

Nous avons également effectué le déplacement au centre-ville de Nouna. Là, c'est un atelier de réparation de motos qui a reçu notre visite. Nous demandons exprès au responsable des lieux, sans nous présenter, si des élèves figurent parmi ses apprentis.

Les regards très craintifs des locataires de l'atelier nous obligèrent très rapidement à nous présenter, l'édition de ce jour de L'Observateur Paalga à l'appui.

C'est ainsi que nous avons pu nous entretenir avec Teri Aboubacar, élève du lycée communal de Nouna en classe de 5e. Avec un esprit de discernement au-dessus de ses treize ans, il nous parla tout en continuant de serrer des écrous. « Toute personne, élève ou pas, devrait apprendre un métier.

Moi, j'ai choisi la mécanique pour non seulement apprendre un métier, mais aussi pour alléger les charges de mes parents », affirme-t-il.

Son patron, Sidibé Sidiki nous explique en effet que chaque apprenti de son atelier rentre le soir avec la somme de 300 à 1000 FCFA selon les gains du jour, en plus des connaissances qu'il acquiert.

Dans l'atelier, nous remarquons la présence de trois marmots, maniant eux aussi les clefs. Parmi eux, figure le petit Bouba fréquentant la classe de CP1. Sidiki Sidibé, nous explique : « C'est mon petit-fils. Je l'amène ici pour cultiver en lui le goût du travail.

Il apprend en jouant, c'est mieux que de le laisser à la maison à la merci des mauvaises compagnies avec les conséquences qui vont avec».

Selon ce grand-père, une vocation pourrait naître de cette initiative comme c'est son propre cas. Aussi pense-t-il : « C'est une solution au chômage chronique dont se plaignent les jeunes de notre pays.

Quoi qu'on fasse, tout le monde ne peut pas accéder à la fonction publique. Alors, nous devons habituer nos enfants à des métiers pendant qu'ils vont à l'école, pour qu'ils ne finissent pas avec des Bac + 10 sans savoir pour autant de se servir de leurs dix doigts pour gagner leur vie ». Les deux autres bambins lui sont confiés par des proches ayant la même vision que lui.

En longeant la principale voie qui traverse la ville de Nouna, l'on ne peut compter le nombre de vacancières qui s'essayent momentanément à de petits commerces. Nous avons échangé avec Toé Asmaou et Diallo Alimatou, toutes deux en classe de CM2.

Si la petite Diallo vend par plaisir des fruits pour sa tante qui s'occupe d'elle en retour, Asmaou, elle, connaît déjà l'importance de l'argent et a conscience que ce précieux moyen d'échange ne suffit jamais à l'homme.

C'est pourquoi elle vend du maïs grillé de son propre chef. « Les parents même n'en gagnent pas assez, n'en parlons pas qu'ils en donnent à leurs enfants comme ceux-ci le souhaitent.

Moi en tout cas, je vends les jus de ma tante les matins et les soirs je vends le maïs pour gagner mon argent », dit-elle en souriant. Elle nous confie qu'elle a économisé au moins 6 000 FCFA grâce à diverses activités depuis le début des vacances, une épargne qu'elle dépensera à loisir pendant l'année scolaire.

Il y a également une tranche d'élèves, généralement de parents fonctionnaires, qui passent une partie de leurs vacances à réviser les notions apprises afin de préparer l'année scolaire suivante sous l'assistance des profs de maison. Alors du repos, il n'y en a presque pas pour les élèves de la Kossi.

La situation est perçue par la majorité de la population comme une bonne affaire pour un pays où l'auto-emploi est sur toutes les lèvres en tant que solution à la saturation d'une fonction publique qui n'arrive plus à répondre à la hausse de la demande des postulants aux concours directs.

Il ne reste qu'à développer des initiatives où l'enseignement technique sera au même niveau que l'enseignement général, à défaut d'être la priorité.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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