Afrique: Jacques Chirac au chevet de «l'Orient compliqué»

De l'Irak à à l'Égypte en passant par le Liban et les Territoires palestiniens, Jacques Chirac est un visage bien connu - et apprécié - dans le monde arabe.

L'ami du Liban

Hommes politiques, journalistes et internautes libanais ont rendu un vibrant hommage à Jacques Chirac, et ont vu dans sa mort la disparition d'un grand « ami du Liban », signale notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh. Ce n'est pas pour rien d'ailleurs que les Libanais l'appellent l'ami du Liban : Jacques Chirac avait été le premier chef d'État d'une grande puissance à visiter le pays après la fin de la guerre civile.

Les Libanais se souviennent surtout du rôle décisif joué par l'ancien président français dans l'arrêt de l'offensive israélienne baptisée « Raisins de la colère », en avril 1996, moins de deux semaines après sa visite au Liban. Cette guerre a été rendue tristement célèbre par le massacre de Cana, où 105 civils libanais sont morts dans un bombardement israélien au Sud-Liban. Jacques Chirac avait dépêché dans la région son ministre des Affaires étrangères, Hervé de Charrette, qui réussira, après une intense partie diplomatique, à obtenir un cessez-le-feu.

L'ancien président français avait aussi construit une relation d'amitié avec l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri, à qui il avait accordé un soutien indéfectible. Ce soutien s'est traduit par l'organisation à Paris, en 2001, d'une conférence internationale pour aider le Liban sur les plans financier et économique.

L'année suivante, Jacques Chirac est à Beyrouth pour ouvrir le sommet de la Francophonie. Il a aussi joué un rôle-clé dans la création du Tribunal spécial pour le Liban, chargé d'enquêter sur l'assassinat, en février 2005, de son ami Hariri. Il habitera dans un appartement de la famille au moment de quitter l'Élysée, en 2007. Le fils Hariri, Saad, aujourd'hui Premier ministre, a d'ailleurs été l'un des premiers à rendre hommage à Jacques Chirac.

L'ancien président français Jacques Chirac est parti, laissant derrière lui une longue histoire de réalisations, dont témoignent nos causes arabes et libanaises. Il a appuyé le peuple palestinien et ses justes causes

Le chef du gouvernement libanais a rappelé que l'ancien président français avait soutenu « le Liban dans les circonstances les plus difficiles », en s'imposant « au premier rang dans la défense de sa liberté, son indépendance et sa souveraineté ». « Les Libanais et les Arabes ressentent de la douleur après la perte d'un homme qui a profondément marqué leur conscience pendant de nombreuses années », a ajouté Saad Hariri.

Jacques Chirac était encore chef d'État lorsqu'Israël bombarde le Liban pendant 33 jours en juillet et août 2006. Le président Michel Aoun l'a quant à lui qualifié après l'annonce de sa mort de « fidèle ami » du Liban, qui a « œuvré au renforcement des relations bilatérales, pour les rendre spéciales ».

Gaza se souvient ; à Ramallah, une rue Jacques-Chirac

Yasser Arafat, mort en France sous la bienveillance du président français, qui lui aura même tenu la main dans les denriers moments, appelait ce dernier « Docteur Chirac », pour avoir relancé la politique arabe et méditerranéenne de la France, lors d'un discours au Caire en avril 1996.

La disparition de l'ancien président de la République Française suscite de l'émotion dans la bande de Gaza, rapporte notre correspondante dans les Territoires, Marine Vlahovic. Car Jacques Chirac était considéré comme l'ami des Palestiniens et le héros des Arabes après une brève altercation avec des policiers israéliens dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Ce jour de 1996, Jacques Chirac, furieux, s'adresse à un officier israélien : « Qu'est-ce qu'il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez. Qu'est-ce que vous voulez ? Que je reprenne l'avion et que je rentre en France ? C'est cela que vous voulez ? Alors laissez-les faire ! Il n'y a pas de problème, pas de danger. Ce n'est pas une méthode, c'est de la provocation. Maintenant, vous arrêtez s'il vous plaît. »

Le président français menace d'écourter sa visite officielle. Il ne supporte pas que les forces de sécurité entravent son parcours dans ce secteur palestinien occupé et annexé par Israël. Le lendemain, il est accueilli en héros à Ramallah, puis à Gaza où le dirigeant palestinien l'invite à inaugurer une rue Charles-de-Gaulle.

Jacques Chirac se déplace dans la vieille ville, il tente de saluer les commerçants palestiniens, mais sans succès puisqu'il est littéralement encerclé par les services de sécurité israéliens. Les journalistes qui suivent le déplacement du président ne peuvent pas non plus l'approcher, et donc il y a très rapidement une tension jusqu'à cette scène...

Franck Weil-Rabaud, correspondant pour RFI, tendait le micro à Chirac ce jour-là: «plus qu'une anecdote, un fait historique» 27/09/2019 - par RFI Écouter

Les Palestiniens n'ont jamais oublié cette scène dans la Vieille Ville de Jérusalem, emblématique de la politique arabe que Jacques Chirac après son élection en 1995. Lorsque débute la deuxième Intifada (« guerre des pierres ») palestinienne en 2000, le dirigeant français multiplie les initiatives. Mais elles restent sans effet sur le déchaînement de violence.

Jacques Chirac ne parviendra pas non plus à rompre l'isolement qu'Israël et les États-Unis imposent au président palestinien Yasser Arafat. L'homme passe les deux dernières années de sa vie assiégé dans son palais de Ramallah. La France obtiendra finalement le transfert et l'hospitalisation de Yasser Arafat à Clamart, près de Paris, où il s'éteint le 11 novembre 2004. Le président tient même la main de Arafat et s'entretient avec son épouse Souha et les équipes médicales.

Aujourd'hui, une rue de Ramallah porte le nom de l'ancien président français, et on a longtemps trouvé des tee-shirts dans les échoppes de la Vieille Ville de Jérusalem à son effigie. Vingt-trois ans après sa visite à Gaza, le souvenir reste vivant dans les Territoires.

Il pensait que la cause palestinienne était une question de justice et de droit. Qu'il repose en paix.

Les Palestiniens ont perdu l'un des plus fervents soutiens de leur cause, selon Tarek 27/09/2019 - par Marine Vlahovic Écouter

Chirac et l'Irak contre Bush

L'opposition française à l'invasion de l'Irak par les États-Unis est restée dans toutes les mémoires. Chirac et Saddam Hussein ? Une longue histoire. En 1975, alors Premier ministre, le Français reçoit le président irakien en visite officielle. Il est alors question de construire une centrale nucléaire à Takrit, en Irak. En 1982, l'armée israélienne le bombardera.

Lorsqu'en mars 2003 l'armée américaine lance ses opérations militaires contre l'Irak de Saddam Hussein, le président français ne peut que constater l'échec de ses efforts. « Jusqu'au bout, la France avec bien d'autres pays s'est efforcée de convaincre que le nécessaire désarmement de l'Irak pouvait être obtenu par des voies pacifiques. Ces efforts n'ont pas abouti. »

Impossible à l'époque d'arrêter la course à la guerre des États-Unis de Georges W. Bush, traumatisés par les attentats du 11 septembre 2001, et qui accusent l'Irak de dissimuler des armes de destruction massive. Par la voix de Jacques Chirac et par celle de son ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, la France s'inquiète d'une opération menée sans l'aval des Nations unies.

Et à l'époque, le président français met en garde contre les dangers d'une telle invasion : « Quelle que soit la durée de ce conflit, il sera lourd de conséquences pour l'avenir. » Les craintes françaises formulées par Jacques Chirac se révéleront justifiées. Avec les milliers de morts de l'opération américaine, et toute une région qui subit aujourd'hui encore l'onde de choc de l'invasion de l'Irak.

« Nous sommes tous désolés, nous présentons nos condoléances à sa famille, et aussi au peuple français. C'est toujours triste de perdre un ami, ce n'est jamais agréable de perdre un leader qui a aidé l'Irak, s'attriste le ministre des Affaires étrangères irakien, Mohamed Ali Alhakim, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Le président Chirac était un ami de l'Irak : il s'est opposé à la guerre, comme l'Allemagne, ou la Russie... Mais quand la guerre était en cours, et qu'il y a eu le gros changement avec l'invasion des États-Unis, la France nous a aidés ! Il a reçu le conseil de gouvernance d'Irak établi en juillet 2003, pour un déjeuner à l'Elysée ! Et aussi, n'oubliez pas que les Français ont fait un effort incroyable pour aider l'Irak à se soulager de ses dettes au Club de Paris. Et ils ont travaillé très dur pour ça. »

Oui je me souviens [de Jacques Chirac]. Pour moi, la France en général est contre la guerre et de l'attitude, ou disons, de la volonté des Américains de vouloir faire la guerre, de vouloir s'engager dans toutes les campagnes militaires. Voilà ce qu'est la France pour moi et Jacques Chirac symbolise bien cela je crois.

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