Congo-Kinshasa: Nord-Kivu - Nécessité d'un dialogue social pour venir à bout des groupes armés dans le Masisi

29 Septembre 2019
interview

Plusieurs groupes armés font la loi actuellement dans le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, causant ainsi le déplacement massif des populations. Depuis plus d'une décennie, la situation sécuritaire semble ne pas s'améliorer à Masisi, un territoire qui regorge beaucoup de ressources minières. Dans une interview exclusive accordée à Lepotentielonline.net, le député provincial, Romain Kaurwa bazungu élu de Masisi, dévoile l'origine de l'insécurité dans cette contrée et propose les pistes de solution pour en finir avec ce fléau.

Ci-dessous, l'intégralité de l'interview

Quel est l'état des lieux de la situation sécuritaire actuellement à Masisi?

La situation dans le territoire de Masisi laisse à désirer, suite à l'insécurité persistante qui anime ce coin du Pays. Nous pensions d'ailleurs qu'après les élections, la paix allait retourner dans le Masisi. Car, les groupes armés avaient promis de déposer les armes après changement du régime politique. Mais aujourd'hui, l'alternance étant effective, les affrontements ont repris encore davantage dans ce territoire. Il y a une insécurité généralisée dans tout le Masisi. Cela suscite des questionnements sur une quelconque complicité de certaines personnes dans cette affaire qui vivent de l'insécurité au Nord-Kivu.

Quelle est, selon vous, l'origine de cette insécurité vécue pendant plus d'une décennie à Masisi ?

L'insécurité procède de la mauvaise politique du pays. Il existe en République démocratique du Congo, en général et au Nord-Kivu en particulier, une politique étrangère de conquête des terres congolaises. L'immigration et l'hospitalité nous ont amené aussi des choses négatives. Il y a un groupe des gens qui veulent, à tout prix, conquérir des terres à Masisi pour exploiter les ressources minières qui s'y trouvent et, à cela s'ajoute la conquête du pouvoir par ces mêmes personnes qui viennent en dehors de Masisi mais veulent récupérer les terres. Le Masisi a des entités coutumières et les gens veulent conquérir le pouvoir coutumier pour gérer toutes ces terres. Ces gens viennent des pays voisins à la RDC et veulent conquérir Masisi et en même temps, ils terrorisent la population locale pour qu'elle quitte leurs champs. Aujourd'hui quand vous êtes à Masisi, dans l'axe Kitchanga, vous remarquerez que la population qui était à Bibwe, Nyangi, Mpati et Bweru est déjà sur le long de la route et cette partie reste vide massivement. Et malheureusement, les groupes armés nationaux se sont créés suite à cette situation d'envahissement des étrangers dans le Masisi. C'était au départ des groupes d'autodéfense mais aujourd'hui, la population en pâtit.

Comment entrevoyez-vous l'aboutissement de la traque des groupes armés par les forces loyalistes?

Dans le contexte actuel, on ne peut pas procéder directement à la traque. Il faut qu'on propose encore une fois un dialogue social. On peut bien vouloir les traquer mais, l'armée congolaise n'est pas suffisamment outillée pour faire cela. La meilleure voie est que le gouvernement provincial tente, avec une série d'activités de sensibilisation de ces groupes armés, en impliquant les élus du peuple pour essayer de les convaincre afin qu'ils quittent la brousse. Politiquement, on doit intégrer ces jeunes rebelles dans l'armée et après, la justice fera son travail si l'un ou l'autre a commis des crimes contre l'humanité. Et, si une fois ils résistaient face à ce énième dialogue, en ce moment-là, ils peuvent être traqués par les Forces armées de la RDC. Que le Gouverneur Carly Nzanzu Kasivita associe à ce dialogue tous les députés provinciaux du Nord-Kivu. Nous serons témoins de la suite des événements parce que, la crainte est que la traque de ces groupes armés puisse entraîner encore des milliers de morts et de déplacés à Masisi. Je propose donc un dialogue social.

Quelles sont d'autres causes qui concurrent à l'insécurité dans le Masisi?

C'est aussi cette question liée aux conflits miniers. L'exploitation des minerais dans le Masisi n'est pas bien réglementée. Elle ne contribue pas au développement de la province, puisqu'il y a des minerais qui échappent au contrôle de l'État. La population ne se retrouve pas dans cette affaire. La réglementation n'est pas bien définie entre l'exploitation artisanale et l'exploitation industrielle. Les exploitants artisanaux sont souvent marginalisés. Cela contribue aussi à une situation de psychose qui entraine l'insécurité. Tout ça doit être revu par l'État. Quant à la population de Masisi, elle doit être sereine et se désengager des groupes armés. Les gouvernants doivent aussi mettre en place une meilleure politique pour mettre fin à l'insécurité dans le Masisi, ce territoire qui contribue au développement économique du Nord-Kivu.

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