Sénégal: Système de rémunération - Voie de salut d'une école pacifiée

30 Septembre 2019

Marquée par une instabilité et un renforcement des clivages, l'école publique sénégalaise cherche à sortir d'une crise cyclique et récurrente. Le protocole d'accords fait l'objet d'échanges parfois houleux entre le gouvernement et les syndicats d'enseignants. Le vrai enjeu tourne réellement autour de la correction des iniquités constatées dans le système de rémunération des agents de la fonction publique. Point nodal des revendications, question à incidence financière, le système de rémunération risque de plomber le climat social du secteur, à moins que le gouvernement décide, comme le recommande le rapport, de dissoudre le système de rémunération actuelle et d'adopter un nouveau système moderne et innovant issu d'une concertation nationale

La pacification de l'espace scolaire repose sur la matérialisation des accords signés. La démarche de deux acteurs majeurs a finalement pris en otage tout un système. D'un côté, le gouvernement parle d'une application progressive des engagements. De l'autre, les syndicats d'enseignants, sur le pied de guerre, dénoncent l'inertie de l'Etat sur certains points. Il s'agit, entre autres, des lenteurs administratives, notamment à propos des avancements des enseignants, où le ministère de la Fonction publique est pointé du doigt. Point nodal des accords, le système de rémunération des agents de l'administration continue d'alimenter les débats de monitoring entre Etat et syndicats.

Les enseignants dénoncent une absence de prospective sur la question, pendant que le gouvernement range aux oubliettes les conclusions de l'étude sur le système de rémunération. « C'est un cancer politico-administratif », dixit Mamadou Diop « Castro », car, il va falloir beaucoup plus qu'une volonté pour un système harmonisé des agents publics. Les experts de l'atelier organisé par la Cosydep, parlent de 200 textes qui régissent la rémunération et les indemnités des agents de l'administration, à la suite d'une lecture du rapport. « Ce système recèle beaucoup d'injustices », soutiennent-ils. S'adonnant à l'exercice périlleux de signaler les non-dits du rapport, les experts Mounirou Ndiaye et Souleymane Astou Diagne signalent l'absence de passerelles, de réglementation sur les nombreuses primes et indemnités et la non limitation de la création des statuts spéciaux. Il existe, disent-ils, un vide juridique des contrats spéciaux. Les universitaires décèlent une différence d'échelle indiciaire entre certains corps de même niveau de recrutement. Le nombre d'enseignants est un frein à la progression de carrière plus rapide.

En effet, l'administration sénégalaise compte 105 742 agents dont 82 252 enseignants, soit 77,79% de l'effectif. Une simple augmentation sur les salaires des enseignants pourrait avoir des répercussions énormes sur la dépense publique. De 2000 à 2014, la masse salariale a connu une hausse de 175%, alors que les effectifs sur la même période ont connu une hausse 57%. Pour venir à bout des incohérences, il s'agit pour les experts, de dissoudre le système de rémunération actuelle et adopter d'un nouveau système moderne et innovant issu d'une concertation nationale.

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CHEIKH MBOW, DIRECTEUR EXÉCUTIF COSYDEP : «les perturbations sont en grande partie dues à cette injustice ressentie par les agents»

Nous savons tous que nous avons un système de rémunération déséquilibré. Tous les acteurs étaient prêts à corriger cette injustice. Le gouvernement avait décidé d'entrer par une étude dont les conclusions sont disponibles depuis 2015. Il est important qu'on puisse aller courageusement aux recommandations du rapport. Les perturbations dans le milieu scolaire sont en grande partie dues à cette injustice ressentie par les agents de l'Etat dans le système de rémunération.

SAOUROU SENE, SG SAEMSS : «le climat social en dépend pour beaucoup»

La question du système de rémunération demeure une forte préoccupation. A la signature du protocole d'accords, le Chef de l'Etat, Macky Sall, avait indiqué qu'il n'était pas normal que les agents de l'administration se regardent en chiens de faïence ; les uns accusant les autres à être mieux payés. Il va falloir corriger. Tout ce qui devait être fait, a été fait. L'étude est disponible. Les recommandations ont fait l'objet de discussions en deux ateliers. Des propositions concrètes ont été faites. Elles sont sur la table du président de la République. Il urge d'aller vers des mesures concrètes. Le climat social en dépend pour beaucoup.

ABDOURAHMANE GUEYE, SG UDEN : «Si rien n'est fait, nous serions obligé d'agir dans le sens du respect de la parole donnée»

Le système de rémunération est un point de revendication parmi tant d'autres du protocole d'accord entre le Gouvernement et les Syndicats d'enseignants représentatifs du secteur de l'éducation et de la formation du 30 avril. Ce que nous, partie syndicale, attendons du gouvernement est la mise en place d'un dispositif consensuel et adéquat pour la création d'un système de rémunération rénové, équitable et adapte aux exigences d'une fonction publique de développement. Pour votre information, le rapport de l'étude sur le système de rémunération dans la Fonction Publique, après l'atelier partage tenu a Saly les 24 et 25 septembre 2018, a été transmis à l'ex -Premier Ministre. Maintenant si rien n'est fait, nous serions oblige d'agir dans le sens du respect de la parole donnée.

EL CANTARA SARR,SG SIENS : «ouvrir des concertations sérieuses sur les conclusions»

Nous pensons que le gouvernement doit adresser avec courage cette question parce qu'il est sérieusement attendu là-dessus. Ce qui est en contradiction avec les diverses possibilités qui pourraient s'offrir à nous au cas où des concertations sérieuses seraient menées avec les différentes parties prenantes. Nous invitons donc le gouvernement d'aboutir rapidement, en faisant des efforts sur le système de rémunération, à un accord provisoire, tout en utilisant le temps attaché à celui-ci à ouvrir des concertations sérieuses sur les conclusions

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