Cameroun: Dialogue national - Et si le vrai problème était Biya lui-même !

President Paul Biya addresses the United Nations.

De jeunes ex-combattants du Cameroun anglophone qui chantent l'hymne national en anglais et se disent prêts à rendre les armes, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, qui donne la version française de son discours en anglais, des chefs religieux qui prient et encouragent les différents délégués ; les organisateurs du dialogue n'ont pas lésiné sur le décorum à l'ouverture des travaux hier au Palais des congrès de Yaoundé.

Pendant cinq jours, les quelque 1500 participants vont devoir trouver des solutions à la crise qui secoue les régions sud-ouest et nord-ouest du Cameroun, lesquelles traversent depuis maintenant trois bonnes années une interminable zone de turbulences. Un conflit qui a déjà fait 3000 morts, un demi-million de déplacés, 40 000 réfugiés, et occasionné la fermeture de nombreuses écoles et le rapt de plusieurs personnalités. Le paroxysme de cette ébullition dans le Cameroun anglophone a été sans conteste la proclamation le 1er octobre 2017 de l'éphémère République de l'Ambazonie par les séparatistes.

Si c'est seulement depuis trois ans que le problème est devenu manifeste, il dure depuis l'indépendance, puisque la greffe entre les parties francophone et anglophone du pays n'a jamais vraiment pris.

C'est donc pour raccommoder le tissu sociopolitique, déchiré depuis des décennies, que tout ce beau monde est réuni dans ce qui semble en réalité être un entre-soi entre le pouvoir et ses affidés :

beaucoup d'organisations de la société civile, de partis politiques et surtout les principaux leaders «ambazoniens » ont en effet préféré pratiquer la politique de la chaise vide.

Au nom de qui les anciens maquisards vont-ils parler ? Et les engagements qu'ils prendront vont-ils engager ceux qui ne sont pas partie prenante au deal ?

On le voit donc, en tendant la carotte du dialogue après avoir manié le bâton de la répression et de l'embastillement, le locataire du palais d'Etoudi veut reprendre la main sur une situation qui semblait lui échapper à un moment donné. Mais le moins qu'on puisse dire est que les chances de succès de cette initiative présidentielle sont minimes. Nombreux sont en effet les Camerounais qui doutent de la volonté du régime de trouver des solutions pérennes au problème anglophone.

Au-delà de cette partie du pays, n'est-ce pas d'ailleurs toute la gouvernance Biya qui est en cause ? Lui qui depuis 1982 s'est lancé dans un exercice solitaire du pouvoir. 37 ans après et à 86 ans, le natif de Mvomeka'a n'est apparemment pas disposé à faire valoir ses droits à la retraite. Et l'après-Biya s'annonce lourd de tous les dangers. Plus que la question des locuteurs de la langue de Shakespeare, c'est peut-être lui le véritable problème. Et à cela les 1500 convives du Palais des congrès n'ont évidemment pas de remède.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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