Tunisie: Rejet de la remise en liberté de Nabil Karaoui - Faut-il craindre une crise postélectorale ?

Les espoirs des militants et sympathisants de Nabil Karaoui qualifié pour le second tour de la présidentielle dont la date est prévue pour le 13 octobre prochain, viennent d'être douchés par la Justice tunisienne.

En effet, la Cour d'appel a rejeté, hier 1er octobre, la demande de remise en liberté déposée par ses avocats. Faut-il le rappeler, l'homme d'affaires est poursuivi depuis 2017 pour blanchiment d'argent et évasion fiscale. C'est dire si en dépit des voix qui s'élèvent pour réclamer sa libération, la Justice est restée droite dans ses bottes. Mais, qu'adviendrait-il si par bonheur, Nabil Karaoui accédait à la magistrature suprême ? Sera-t-il libéré ou restera-t-il en prison ? On attend de voir.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette décision de la Cour d'appel ne manquera pas de faire des vagues au sein des partisans de l'homme d'affaires qui peuvent se sentir orphelins ou égarés, comme des brebis en l'absence de leur pâtre. Sans nul doute peut-on aussi rencontrer les mêmes sentiments d'incompréhension et de confusion chez certains acteurs de la communauté internationale comme l'Union européenne qui, au nom de la présomption d'innocence et de l'égalité de chances des candidats, donnaient de la voix pour demander la relaxe de l'homme d'affaires. Mais faut-il pour autant faire le requiem de Nabil Karoui pour ce scrutin ? La sagesse tirée de la fable dit « qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ».

Et cela est d'autant plus vrai que l'homme avait déjà réussi à faire mentir tous les pronostics en se qualifiant pour le second tour de la compétition. Il y a même fort à parier que la décision de la Cour d'appel vienne doper la cote de sympathie du prisonnier qui s'estime victime d'une conjuration du Premier ministre Youssef Chaled et de ses amis islamistes.

Il faut craindre pour la sérénité du reste du processus électoral

Mieux, le sentiment que cette décision soit un déni de justice destiné à plomber l'envol de leur candidat, face à Kaïs Saeid, peut galvaniser ses troupes qui, à l'instar d'une équipe de football réduite à dix, vont s'étriper pour hisser sur le piédestal, leur idole. Cela dit, il faut tout de même craindre pour la sérénité du reste du processus électoral qui, jusque-là, brillait par son organisation et surtout par l'acceptation par tous des résultats, y compris les tenants du pouvoir qui se sont illustrés soit dit en passant par leur fair-play.

En effet, nul n'est besoin d'être rompu à l'art des arabesques pour lire les prémices de la crise électorale à l'issue du second tour. Le ton est donné par Nabil Karoui lui-même. « Ces élections deviendraient une vraie mascarade démocratique si je n'étais pas libéré », avait-il dit.

Ses partisans n'avaient pas traîné pour emboucher la même trompette en brandissant la menace de demander l'invalidation du scrutin pour inégalité de traitement entre les candidats. Sans jouer au théoricien de l'apocalypse, l'on ne peut écarter les risques d'instabilité qu'encourt la Tunisie qui n'avait pas besoin de ça, au moment même où elle est déjà lorgnée du coin de l'œil par le péril terroriste, si l'affaire venait à virer à la contestation électorale tout comme l'indiquent ces signes avant-coureurs.

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