Cameroun: Le dialogue national ne convainc pas

Le "grand dialogue national" initié par Paul Biya se solde notamment par la libération de l'opposant Maurice Kamto et de centaines de détenus. Mais ces mesure d'apaisement restent insuffisantes pour certains.

Maurice Kamto, candidat malheureux à l'élection présidentielle d'octobre 2018, a été libéré samedi à Yaoundé après neuf mois de prison. Il avait été arrêté fin janvier avec des centaines de ses partisans à la suite de manifestations pacifiques organisées par son parti pour protester contre les résultats de la présidentielle.

Fidèle Djoumbissie, conseiller municipal du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto, laisse éclater sa joie et fait part d'"un sentiment de joie parce que nos camarades ont été libérés, et que nous allons reprendre nos activités normalement", .

La pression relâchée ?

La décision d'arrêt des poursuites judiciaires contre les opposants prise par le président Paul Biya est contestée dans son propre parti, le Rdpc (Rassemblement démocratique du peuple camerounais).

"Ça donne le sentiment d'être dans une république où l'on peut tout se permettre, et dès qu'il y a la pression, on relâche. Et la loi est donc sacrifiée dans cette affaire à l'hôtel de la paix. La même chose est valable pour les terroristes de la zone anglophone qui ont tué et qui se retrouvent dans une situation d'arrêt de poursuite. Mais la consolation vient de ce que l'arrêt de poursuite ne peut être interprété comme l'abandon de charges", soutient Sa Majesté Saint-Eloi Bidoung, adjoint au maire du sixième arrondissement de Yaoundé.

Optimisme prudent

La libération de 333 personnes incarcérées dans le cadre de la crise anglophone, ainsi que la libération de Maurice Kamto et ses 101 codétenus de la crise postélectorale a plutôt été bien accueillie côté anglophone. Mais cette satisfaction cache mal un certain scepticisme sur la capacité du gouvernement à exécuter dans un bon timing les résolutions du "Grand Dialogue National".

"On a franchi une étape importante. Maintenant, la balle est dans la cour du gouvernement. Et je crois que même le président sait qu'on n'a pas fait tout ça pour n'aboutir à rien. Et preuve, il a posé les actes déjà, qui vont dans le sens de l'apaisement que nous recherchons : la libération des anglophones qui ont été arrêtés dans le cadre de cette crise, et la libération évidemment qui va dans le même sens, du leadership du MRC", explique Eric Tchinje, le tout premier et ancien rédacteur-en-chef de la télévision camerounaise, la chaine publique.

Quand le pouvoir cède

À en croire certains observateurs, en organisant le Grand Dialogue National et en libérant des prisonniers politiques, le président Pau Biya a cédé aux pressions internes et externes.

Selon le politologue Mathias Eric Owona Nguini, "il est clair que le président Paul Biya est le maître du jeu. Ce n'est pas un hasard que cette libération soit survenue tout de suite après la fin du "grand dialogue national". Il s'agissait de tirer un bénéfice de cette libération pour manifester la volonté d'apaisement du pouvoir, de construire une démarche dans laquelle la libération des militants et responsables du MRC apparaît en fait comme un prolongement de la logique de décrispation dont le Grand Dialogue National a été l'expression."

Quoi qu'il en soit, Eric Tchinje affirme que le premier motif de satisfaction des anglophones au sortir du "grand dialogue national" camerounais restera le statut particulier reconnu aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, même s'il reste encore plusieurs étapes pour y parvenir dans les faits.

Mesures de confiance

Le secrétaire général de l'ONU, "encourage" le Cameroun "à continuer à adopter davantage de mesures de confiance et de réconciliation".

Antonio Guterres s'est félicité dans un communiqué de la libération samedi du principal opposant, Maurice Kamto et de celle de 333 prisonniers détenus en relation avec la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest".

Le Cameroun fait face à plusieurs crises. Le nord du pays est sous la menace du groupe jihadiste nigérian Boko Haram.

Depuis fin 2016, les deux régions du nord-ouest et du sud-ouest sont secouées par des combats entre séparatistes et forces de l'ordre qui ont fait selon l'ONU près 3.000 morts.

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