Maroc: Des intellectuels et écrivains du monde arabe débattent à Marrakech des interactions entre l'écriture et l'oral

Des intellectuels et écrivains issus du monde arabe ont débattu samedi, à Marrakech, de la relation et des interactions entre l'écriture et l'oral (la parole) ainsi que des politiques linguistiques dans les pays arabes.

Réunis lors d'une conférence organisée dans le cadre de la 3ème édition de l'événement culturel "Littératures itinérantes", ces écrivains, éditeurs et intellectuels ont aussi discuté de la capacité de la langue arabe à accompagner les grandes mutations technologiques et scientifiques mondiales.

Pour l'écrivain et ancien ministre de la Culture et de la Communication, Mohamed Achaari, la préservation de la richesse linguistique impose de préserver le patrimoine linguistique oral (dialecte), relevant que le passage de l'oral à l'écrit "a tué l'oralité et les composantes orales et patrimoniales des langues". "J'ai grandi dans un milieu rural amazigh où domine le silence plus que la parole et lorsque je découvris l'écrit, je sentis que je suis passé à un autre continent sans rapport avec l'oral", a-t-il indiqué, relevant dans ce cadre que l'oral peut contribuer à enrichir l'écriture et l'écrit.

M. Achaari s'est dit contre ceux qui appellent à opérer une révolution sur la langue arabe afin qu'elle soit en mesure d'accompagner la modernité et les grandes mutations survenues au niveau mondial, au contraire, a-t-il soutenu, les récents progrès qu'a connus la langue arabe, ont fourni un nouvel outil de travail capable de s'adapter avec les temps modernes caractérisés par l'omniprésence des NTIC.

Dans le même ordre d'idées, l'écrivaine et éditrice libanaise, Rasha Al Ameer, a abordé dans son intervention les moyens à même de transformer la langue arabe en une langue moderne, "élégante" et proche des générations montantes. Et de relever que son amour sans limites et son puissant attachement à son patrimoine linguistique et culturel, n'est pas du tout contradictoire avec la modernité, soulignant son refus de tracer des frontières et de faire la différence entre le Machreq et le Maghreb arabe mais parle plutôt de points communs multiples et de liens forts unissant le monde arabe.

Mme Al Ameer a aussi abordé dans son intervention la responsabilité des maisons d'édition dans la diffusion de livres et de la langue arabe, même si elle note une quasi absence d'éditeurs professionnels et une absence de politiques publiques capables de contribuer à la diffusion du livre au Monde arabe.

L'écrivain marocain, Mohamed Berrada, a fait remarquer, pour sa part, que la parole est liée à la spontanéité, l'expression des sentiments et le dynamisme de la langue alors que l'écriture prend une grande distance de la spontanéité et l'instantanéité de la situation. Et de relever que la langue dialectale et orale mérite d'être préservée pour ne pas se perdre et tomber dans l'oubli, exprimant son refus d'utiliser la langue dialectale dans l'écriture littéraire.

Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, cette manifestation culturelle a connu la participation de quelque 40 écrivains représentant le Maroc, le Liban, l'Algérie, la Tunisie, la France et l'Afrique sub-saharienne, et proposant des livres en langues arabe, amazighe et française. Elle ambitionne d'installer une tradition de lecture mettant le livre à la portée de toutes les catégories sociales, et s'ouvrant sur le livre maghrébin et arabe mais aussi "démocratiser la lecture, créer un contact étroit et direct entre le lecteur et l'auteur et permettre l'échange autour des livres, en créant un lien affectif avec son créateur".

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