Afrique: Législatives, deux partis arrivent en tête

Deux partis rivaux, Ennahdha, le parti islamiste, et Qalb Tounes, la formation de Nabil Karoui, candidat au second tour de la présidentielle depuis sa prison, revendiquent la victoire.

Selon deux sondages publiés dimanche (6 octobre) par des instituts de sondages tunisiens, le parti d'inspiration islamiste Ennahdha aurait remporté le plus grand nombre de sièges : 40 sur 217, contre 33 à 35 pour Qalb Tounes, le parti de Nabil Karoui.

Le taux de participation est estimé à 41,3%, selon l'instance en charge des élections (Isie).Ce taux est bien en deçà des 68% obtenus en 2014.

Si ces sondages se confirment, la nouvelle Assemblée s'annonce morcelée entre des partis hétéroclites peu enclins à négocier après une campagne à couteaux tirés, craignent de nombreux analystes.

Pour ceux-ci, "quel que soit le gagnant, il lui sera difficile de rassembler une majorité, contrairement à 2014, lorsque le Parlement s'était retrouvé partagé entre un parti présenté comme séculariste, Nidda Tounes, et Ennahdha, qui détenaient à eux deux une large majorité et s'étaient rapidement alliés".

"Parent pauvre"

Lamine Benghazi de l'ONG d'Al Bawsala, estime que "le Parlement issu de ces législatives sera le parent pauvre de la deuxième République même s'il est le pouvoir originel selon la Constitution."

"Est-ce que réellement on a donné à ce système toutes ses chances, est-ce qu'on a donné à ce mécanisme, ce qu'on appelle de l'autre côté de l'Atlantique le Checks and balances, avec uneCour constitutionnelle, des instances indépendantes, est-ce qu'on a donné tous les moyens à ce Parlement pour mener sa mission et toutes ses prerogatives", s'interroge-t-il.

Pour lui, le Parlement aurait pu être le coeur battant de la transition, mais il est resté le parent pauvre de ces cinq dernières années, en raison du manque de moyens . Car, la chambre basse ne dispose que de 0,09 % du budget de l'Etat. Ce qui est une goutte d'eau, selon Lamine Benghazi.

"Je pense que la commission du consensus et le processus de prise de décision centralisé qui dévalorise le travail des députés en commission est l'une des raisons du désenchantement de plusieurs députés vis-à-vis du travail législatif. Ça prouve encore une fois la centralisation du mécanisme de prise de décision au sein du Parlement et la question qui se pose est pourquoi avoir 217 députés alors qu'on pourrait avoir 8 ou 9 députés qui pourraient décider pour tous", estime-t-il.

Pour faire face à un exécutif hégémonique, des leviers existent pour les députés. Mais ils ne les exploitent pas jusqu'au bout, déplore Lamine Benghazi. À l'en croire, "il y a un mécanisme de création de commission d'enquête et d'investigation au sein de l'ARP (Assemblée des représentants du peuple). Six commissions ont été créées durant les cinq dernières années.

Echec total pour les 6 commissions d'investigation, zéro rapport, zéro résultat, zero discussion en plénière, explique-t-il.

Le gouvernement qui sera mis en place aura entre autres pour missions, la réforme de la Constitution", conclu le représentant de l'ONG d'Al Bawsala.

L'arrivée de novices

De nouvelles figures devraient faire leur entrée au Parlement.

Parmi eux, le mouvement Karama de l'avocat islamiste populiste Seifeddine Makhlouf. Il compte parmi ses têtes de listes Imed Dghij, ancien cadre d'un groupe violent proche des islamistes, qui a écopé de trois mois de prison en 2014.

L'avocate anti-islamiste Abir Moussi s'est également félicitée de l'entrée de son Parti destourien libre au Parlement. Elle a toutefois souligné que "s'il y a un accord sans les +Frères+ [musulmans, en référence à Ennahdha], nous tendrons la main aux forces modérées". A défaut "nous resterons dans l'opposition".

Rappelons que le parti arrivé en tête aura deux mois pour dégager une majorité de 109 voix au Parlement afin de former un gouvernement. Le futur président de la République ne peut intervenir qu'en cas de blocage au terme de cette période.

Selon l'analyste politique Youssef Cherif "les négociations prendront probablement des semaines" en évoquant le risque d'un nouveau scrutin si les députés ne parviennent pas à se mettre d'accord.

Le gouvernement qui sera formé aura la lourde mission de relancer l'économie et de résorber la dette abyssale du pays. : Si la menace terroriste n'est plus un sujet majeur, quatre ans après une série d'attentats meurtriers, la transition démocratique reste fragilisée par les difficultés sociales persistantes.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Deutsche Welle

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.