Cameroun: Grand dialogue national - Il y a eu consensus

La nécessité d'une décentralisation poussée, l'octroi d'un statut particulier aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et l'option pour un bilinguisme intégral sont quelques-unes des recommandations du Grand dialogue national.

Avant même qu'il termine son discours de clôture vendredi dernier, le Premier ministre, chef du gouvernement, président du Grand dialogue national (GDN) a bénéficié d'une longue « standing ovation » des six cents délégués et de la constellation des invités venus à cérémonie de clôture des travaux du GDN. Comme à l'ouverture, Joseph Dion Ngute a piloté, avec maestria, les assises de ce forum sur la paix. Dans une salle de 1 500 places du Palais des Congrès pleine à craquer, la sérénité, le calme, la convivialité et la bonne humeur étaient au rendez-vous. Toutes choses qui illustrent à suffire que les résultats ont été à la hauteur des attentes. Avant l'intervention du PM, 23 autres ex-combattants sont venus exprimer leurs regrets.

Tout en larmes, leur représentant n'a pu finir son speech : « Nous attendions ce dialogue, il est venu. Merci à Dieu. Nous demandons pardon à tous nos frères et sœurs qui ont dû souffrir de nos actions ». L'émotion est à son comble. En chef d'orchestre de ces assises, Joseph Dion Ngute prend la parole. Il exprime sa satisfaction pour ce happy end. Il assure les participants que les aspirations des Camerounais exprimées sous forme de recommandations seront transmises au président de la République, Paul Biya, dès la fin des travaux. Il invite l'ensemble des Camerounais fortement représentés au forum à conjuguer leurs efforts afin que « nos enfants retrouvent le chemin de l'école, que les activités économiques reprennent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, que nos frères et sœurs devenus des réfugiés et des personnes déplacées regagnent leurs villages et vaquent librement et tranquillement à leurs activités ».

Le PM rappelle que l'offre de paix du chef de l'Etat reste pendante. Il exhorte ceux qui recourent à la violence et à la terreur comme mode d'expression, à déposer les armes, à quitter le maquis et à rejoindre les centres de désarmement et de démobilisation créés par le chef de l'Etat. La lecture du rapport général par le ministre Félix Mbayu, rapporteur général du GDN n'a donné lieu à aucune réaction de contestation. Au sortir de ce conclave, des recommandations et résolutions phares ont fait l'objet d'un consensus à maxima. Pour un Etat unitaire fortement décentralisé La décentralisation a été la thématique qui aura captivé toutes les attentions. L'intensité et la passion des échanges au sein de cette commission démontrent le désir des Camerounais en faveurs, une décentralisation plus poussée.

A la fin du GDN, les participants ont opté pour le maintien d'un Etat unitaire décentralisé. Mais il a été fortement recommandé de conférer plus d'autonomie aux régions avec à la clé, la mise en place effective des régions dans les meilleurs délais, la suppression du poste de délégué du gouvernement nommé et la réduction substantielle des prérogatives de l'autorité de tutelle sur les collectivités territoriales décentralisées. Pour satisfaire la demande de certains délégués qui réclamaient une fédération, il a été recommandé de l'octroi d'un statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en application de l'article 62, alinéa 2 de la constitution. Par ailleurs, les participants souhaitent que le pays revienne à l'ancienne appellation « République unie du Cameroun ».

Pour un bilinguisme intégral Après avoir fait le constat de la faible pratique du bilinguisme dans notre pays, les participants au GDN ont recommandé que le bilinguisme (français/anglais) soit une réalité dans le vécu quotidien de tous les Camerounais par la création et la mise en œuvre de programmes dès l'école maternelle. Ils souhaitent que tous les documents officiels et administratifs soient publiés dans les deux langues officielles. De même, les délégués au GDN suggèrent que les discours officiels du président de la Républiques contiennent des extraits en langue anglaise. Tout comme ils suggèrent qu'un test du bilinguisme soit institué pour la nomination à certains postes de responsabilité.

Il a ensuite été proposé que utilisation équitable des deux langues officielles soit encadrée par une loi. Afin de renforcer la cohésion nationale et pour une participation équitable de toutes les composantes sociologiques à la gestion des affaires publiques, le GDN recommande une application effective du principe de l'équilibre régional dans les nominations et les concours dans l'administration publique. Le gouvernement est invité à assurer un accès équitable de tous les citoyens aux services publics et dans les corps des forces de sécurité. Enfin, les commissaires de la commission du bilinguisme, de la diversité culturelle et de la cohésion sociale préconisent l'organisation rotative de la fête nationale de l'unité dans les dix régions du pays et la lutte contre le tribalisme au sein de l'administration publique Pour le maintien des deux sous-systèmes éducatifs Les recommandations et résolutions de la Commission sur le « système éducatif » insistent sur la nécessité du maintien des deux sous-systèmes éducatifs.

Les délégués au GDN préconisent l'organisation dans les meilleurs délais du Forum national de l'éducation pour évaluer les deux sous-systèmes afin de les rendre dynamiques et performants. La création d'une inspection générale chargée du sous-système éducatif anglophone a été proposée de même que la création d'une Ecole normale supérieure à Buea. Le GDN s'est également penché sur le retour rapide des élèves dans les salles de classe. Les suggestions y relatives concernent la suppression des frais exigibles, d'Apee et d'examens dans les zones touchées par la crise de même que l'organisation des cours de renforcement des capacités des élèves. Pour une révision du code de la nationalité La commission dédiée au rôle de la diaspora à la crise a insisté sur la révision du code de la nationalité afin d'aboutir à l'adoption de la double nationalité ou à des nationalités multiples.

Mais le GDN souligne que cette réforme soit encadrée de manière à éviter qu'un Camerounais bénéficiant d'une double nationalité n'invoque un quelconque privilège de traitement lorsqu'il sera en situation infractionnelle sur le territoire camerounais. L'adoption du principe de représentation de la diaspora camerounaise au sein du parlement et du gouvernement a été retenue afin de leur permettre de participer au développement et à la gestion des affaires locales. Les autres recommandations soulignent la nécessité du maintien de deux systèmes juridiques (Common law et civil law) dans le domaine judiciaire, la création d'une école de droit pour la formation des avocats et de tous les autres praticiens du droit et l'adoption d'une loi d'amnistie pour les ex-combattants repentis. Les assises du GDN préconisent par ailleurs l'élaboration d'un programme spécial de reconstruction des trois régions touchées par la crise (Nord-Ouest, Sud-Ouest et l'Extrême-Nord) et le développement des zones frontalières. Tous les regards sont désormais tournés vers le président de la République, l'initiateur du GDN, pour la mise en œuvre de ces recommandations et résolutions.

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