Cameroun: Libération d'un opposant politique

communiqué de presse

New York — Le 4 octobre, 2019, le Président du Cameroun, Paul Biya, la libération d'un leader de premier plan de l'opposition, Maurice Kamto, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le président a également ordonné la libération d'autres membres et sympathisants du parti de Kamto, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Kamto et ces autres détenus ont été libérés le 5 octobre.

Kamto, ainsi que plus de 200 membres et sympathisants du MRC, ont été arrêtés entre le 26 et le 28 janvier après des manifestations pacifiques qui se sont déroulées dans tout le pays. Au moins 350 autres membres et sympathisants du parti, dont son vice-président, ont été arrêtés entre le 1er et le 2 juin après avoir tenté de manifester dans tout le pays.

« La libération de Kamto et d'autres opposants est une excellente nouvelle », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l'Afrique centrale chez Human Rights Watch. « Mais Kamto, ses alliés et ses partisans n'auraient jamais dû en premier lieu être arrêtés ni poursuivis en justice pour le simple fait d'avoir organisé des manifestations pacifiques.»

Kamto a dénoncé les résultats de l'élection présidentielle en octobre 2018 et il était poursuivi devant le tribunal militaire de Yaoundé sur des accusations d'insurrection, hostilité envers la patrie, association de malfaiteurs, menaces à l'ordre public, rébellion et incitation à l'insurrection, crimes passibles de la peine de mort. La prochaine audience était prévue pour le 8 octobre. Toutes les charges retenues contre Kamto ont été abandonnées.

Menkem Sother, un avocat de Kamto, a expliqué à Human Rights Watch que s'il se réjouissait pour la nouvelle de la libération de Kamto, 60 autres leaders, membres et sympathisants du parti étaient toujours en attente de procès, notamment le vice-président, Mamadou Mota.

Kamto et d'autres membres de l'opposition politique devraient être autorisés à poursuivre leur travail, selon Human Rights Watch.

La libération de Kamto est survenue le dernier jour du « Dialogue national », une série de discussions menées à l'échelle nationale ayant débuté le 30 septembre, et ayant pour but de répondre à la crise actuelle dans les régions anglophones du Cameroun, où la minorité anglophone proteste contre ce qu'elle perçoit comme de la discrimination de la part du gouvernement central.

Le 4 octobre, au cours des discussions, le Président que les accusations contre 333 personnes arrêtées durant les troubles survenus dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest allaient être abandonnées.

Au cours des trois dernières années, les régions anglophones du Cameroun ont été plongées dans un cycle de violence qui a coûté la vie à 3 000 personnes et a contraint un demi-million de personnes à abandonner leurs maisons.

Le 30 août 2017, Biya a ordonné au tribunal militaire de Yaoundé d'abandonner les accusations contre plus de 40 personnes arrêtées à la suite de manifestations pacifiques qui se sont déroulées dans les régions anglophones fin 2016, notamment un juriste éminent, Paul Aya Abine, et deux défenseurs des droits humains, Nkongho Felix Agbor-Balla et Fontem Aforteka'a Neba. Le 13 décembre 2018, le Président a annoncé la libération de 289 personnes arrêtées durant les troubles survenus dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Les détentions illégales et les abus à l'encontre de détenus sont fréquents au Cameroun. De nombreuses personnes perçues comme opposées au gouvernement sont détenues, souvent sur de fausses accusations liées à la sécurité nationale et au terrorisme. Dans une autre affaire, Abdul Karim Ali, un activiste et analyste politique anglophone ayant ouvertement exprimé ses points de vue, a été arrêté le 25 septembre et s'est vu refuser l'accès à un avocat pendant cinq jours, en violation du droit camerounais.

Abdul Karim Ali a été amené au Secrétariat d'État à la défense (SED) à Yaoundé. Sa localisation a finalement été rendue publique le 30 septembre, lorsqu'il a été traduit devant le tribunal militaire de Yaoundé et inculpé d'actes de terrorisme, de financement du terrorisme et de sécession.

Human Rights Watch a précédemment documenté le recours généralisé à la torture et à la détention au secret au SED en particulier de détenus soupçonnés de liens avec des groupes séparatistes armés. La prison est utilisée depuis au moins 2014 pour maintenir des personnes au secret et comme lieu de torture. La torture est omniprésente dans tout le pays, aussi bien dans les centres de détention officiels que non officiels.

Les avocats d'Abdul Karim ont déclaré que son arrestation était illégale et ils ont présenté une demande d'habeas corpus à la Haute Cour de Yaoundé. Une audience n'a pas encore été programmée.

« La libération de Kamto et d'autres prisonniers ne prouve pas que le Cameroun tourne une nouvelle page, car les arrestations illégales se poursuivent », a conclu Lewis Mudge. « Le gouvernement devrait démontrer que des changements significatifs sont intervenus, mettre fin aux arrestations illégales, à la détention au secret et à la torture, et respecter l'État de droit. »

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