Congo-Kinshasa: Eglise catholique - L'évangile des pauvres ou le business school ?

8 Octobre 2019

S'il était normal d'assister à un tollé de réactions aussi bien scientifiques que politiques au lendemain de la décision du Chef de l'Etat décrétant la gratuité de l'enseignement de base - vu que cela est une première pour nombre de générations en République Démocratique du Congo.

La résistance qu'affichent certains responsables d'écoles, avec en tête de peloton les établissements conventionnés catholiques, étonne autant qu'elle suscite des interrogations. Une attitude qui contrarie avec l'évangile que les principes de l'église prêchent quotidiennement aux fidèles.

On rappelle en passant que c'est dans des écoles conventionnées catholiques, dont le collège Boboto et le lycée Bosangani de Kinshasa, qu'on observe jusqu'ici le refus d'exécuter la décision de l'Etat décrétant la gratuité de l'enseignement de base sur l'ensemble du territoire national. Curieusement, cette « rébellion » se passe au vu et au su de la hiérarchie de l'église qui reste silencieuse.

On a du mal à imaginer que cela se passe dans des écoles placées sous la gestion de l'église catholique, qui prône l'amour du prochain et le partage comme des vertus cardinales à intérioriser dans la vie des chrétiens. Et pourtant, le refus ou mieux la rébellion dont les établissements catholiques font montre face à la décision de l'Etat, se veut le contraire de ce qu'on enseigne chaque jour à l'église, dans les différents centres d'évangélisation et autres noyaux où se rassemblent les fidèles.

Il faut beaucoup faire attention !

Les chefs de l'église ont l'impression que les fidèles qui répondent obséquieusement amen après chaque prédication, gobent tout et ne font jamais un quelconque examen de la situation qui prévaut dans leur environnement direct ou ailleurs dans le pays et dans le monde. Une grosse erreur ! Car, même si on soutient que la foi est aveugle dans ce sens qu'on ne se pose pas trop de questions pour croire, cela n'est pas synonyme de comportement moutonnier comme certains peuvent le croire. Personne n'ignore que parmi les chrétiens catholiques, on rencontre la crème intellectuelle du pays.

Ce qui s'est passé dans la ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, le dimanche 29 septembre dernier, devrait servir de leçon aux hommes de Dieu. Sans être instrumentalisée par des acteurs politiques, comme on a l'habitude de l'évoquer chez nous, la population a décidé de boycotter tous les cultes dominicaux, particulièrement ceux catholiques et protestants, dont les écoles refusaient d'appliquer la gratuité décidée par le gouvernement. La suite, on la connaît. Tout le monde a eu peur, et les choses sont rentrées dans l'ordre.

On croyait que cela pouvait interpeller la hiérarchie de l'église afin de prendre position et chercher à sanctionner les « rebelles » par qui le mal risque d'envahir la grande famille de Dieu. Hélas, on continue à traîner le pas et faire semblant de ne pas voir le danger qui pointe à l'horizon !

Il est temps d'analyser froidement la situation. Il faut éviter de subir le tsunami de voir l'église se vider des fidèles en prenant ces derniers pour des naïfs qu'on peut manipuler à souhait.

L'église s'oppose-t-elle au programme pro-pauvres ?

Au regard de la situation qu'on observe dans le réseau des écoles conventionnées catholiques, marquée par le refus d'appliquer la décision étatique et des velléités de maintien de la prise en charge des enseignants par les parents, d'aucuns commencent à faire tourner les méninges deux fois pour comprendre ce qui se passe. Pour qui roule finalement l'église ? La question est sur toutes les lèvres des esprits éclairés, qui s'interrogent sur l'objectif poursuivi par l'église en s'opposant à la décision gouvernementale qualifiée de salutaire pour la grande majorité des parents congolais.

Comment une décision pro-pauvres visant à alléger tant soit peu le calvaire que connaissaient les parents pour scolariser leurs enfants, doit-elle mécontenter ceux qui prêchent l'évangile de la pauvreté ? Que cache cette attitude qui paraît ambigüe aux yeux de l'opinion, parce que contraire aux enseignements qu'on donne à longueur de journées ?

Au départ présentée comme une solution provisoire dans le but d'éviter la descolarisation des enfants, la mesure de la prise en charge des enseignants par les parents, partie des écoles conventionnées catholiques, commence à livrer ses secrets. Et la résistance à laquelle l'on assiste dans les établissements catholiques, a fini par donner raison à ceux qui pensent que l'école est devenue une véritable entreprise commerciale. Du coup, cela donne à penser que l'église serait intéressée par le business school que par l'évangile des pauvres qu'elle a toujours enseigné. Dom

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