Burkina Faso: Baccalauréat 2019 - Un taux de succès de 36, 66%, qui interpelle les acteurs

Le taux de succès national au Baccalauréat 2019 est de 36, 66%. Le plus faible résultat enregistré au cours des cinq dernières années au Burkina Faso. En 2015, il était de 38,03% et est remonté à 40,89% l'année dernière.

Comparativement à ceux des quatre dernières années (2015-2018), le taux de succès au Baccalauréat 2019 est de 36,66%. Selon les données issues de l'Office du Baccalauréat, c'est le plus faible taux constaté au plan national.

Pour la directrice générale de l'enseignement supérieur, Dr Bintou Sessouma, la contreperformance de la session de 2019 pourrait s'expliquer par la longue période de non évaluation observée par certains partenaires sociaux de l'éducation nationale.

Il y a également, selon elle, la non-maitrise des programmes dispensés, le faible niveau des enseignants et la durée de l'année scolaire en dessous de 36 semaines.

Le secrétaire général de la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l'éducation et de la recherche (F-SYNTER), Souleymane Badiel, pense que ces résultats révèlent les réalités du système éducatif burkinabè.

Il a cité l'insuffisance des ressources humaines et de qualité, des infrastructures avec des effectifs pléthoriques, la privatisation qui augmente le nombre d'établissements privés, avec des conditions de travail ne répondant pas aux normes. M. Badiel a aussi évoqué le problème de la gouvernance elle-même qui conduit régulièrement à des crises.

« La crise signifie que le travail n'est pas exécuté et c'est un manque à gagner qui n'est pas toujours rattrapé au moment où il faut aller aux examens », clarifie t-il. A ces raisons, il a ajouté la conception des sujets et leurs corrections.

A son avis, ce n'est pas que les sujets ne sont pas à la hauteur des candidats, mais plutôt que leur niveau est faible parce que les épreuves administrées de nos jours au Bac sont plus abordables que celles des années antérieures.

« Malgré tout, les taux de succès ne sont pas encourageants », avoue-t-il. Il poursuit en disant que 80% des établissements privés commencent par ouvrir une classe de 3è et de Terminale, parce qu'ils se disent que beaucoup qui échoueront aux examens viendront vers eux, alors qu'ils ne sont pas dans la logique de former des élèves de la 6è, pour les suivre jusqu'aux classes d'examens. Leurs objectifs à l'entendre, c'est de se faire de l'argent.

Comme solutions, M. Badiel préconise le recyclage des enseignants, l'amélioration des conditions de vie des acteurs.

Il ajoute qu'il faut rendre disponible les manuels et d'assainir l'environnement scolaire en éloignant les maquis, les kiosques de toute nature, qui ne permettent pas aux élèves d'être dans de conditions d'apprentissage.

Souleymane Badiel souhaite également que le budget consacré à l'éducation soit conséquent et que la gouvernance soit bien suivie.

Le secrétaire général de la F-SYNTER pense que les événements sociaux que le Burkina Faso connait depuis un certain temps, ne peuvent pas avoir un impact sur les résultats des examens. «

Il y a plutôt des reformes qui ont des conséquences négatives sur notre système éducatif et qui doivent être corrigées », soutient-t-il. Le constat qui se dégage est qu'au niveau de l'enseignement général, la série C vient toujours en tête avec des résultats appréciables, plus que les autres.

En effet, de 2015 à 2018, les taux de cette série étaient respectivement de 80,31%, 90,84%, 69,63%, et de 89,33%, alors qu'en A4 et D notamment, le taux n'a jamais atteint les 50%. Ce fort taux en C selon les deux acteurs de l'éducation, s'explique par un encadrement plus rapproché. «

Nous sommes dans un système d'encadrement individualisé et ceux qui s'inscrivent en série C, sont le plus souvent les meilleurs dans les disciplines scientifiques », justifie le secrétaire général.

La série C est rare dans bon nombre d'établissements et en plus, elle attire moins d'élèves à cause des mathématiques et la physique chimie.

Mais la directrice de l'Enseignement supérieur confie que des initiatives seront prises, pour les amener à s'y intéresser, afin de promouvoir le domaine des sciences et des technologies dans le supérieur.

Mieux orienter les élèves

La série A4 serait convoitée par les filles dans les années antérieures. De nos jours, la tendance est renversée car de 2015 à 2018, le nombre des garçons s'est accru. M. Badiel note qu'il y a des réalités sociales qui poussent inconsciemment les filles à aller vers la série A4.

« Cela se comprend, puisque dans notre société, les filles sont éduquées à jouer un rôle social et les séries littéraires sont plus orientées vers cette dimension de prise en charge de l'homme, mais ces tendances sont entrain de changer », remarque t-il.

A titre d'exemple, le nombre de garçons qui se sont présentés au BAC, est passé de 14 473 en 2015 à 18 771 en 2018.

Celui des filles, de 11 021 à 15 810 sur la même période. Le secrétaire général de la F-SYNTER fustige des propos de certaines autorités en charge de l'Education, qui n'aidaient pas les élèves à mieux s'orienter.

Il soutient que l'éducation est capitale et elle doit être prise en compte dans les sphères de décisions, en bannissant les discours "inutiles" et poser des actes concrets pour une éducation meilleure.

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