Madagascar: Universitaires / Journalistes - Le SEFAFI fustige la culture du privilège

Le SEFAFI pointe du doigt l'insuffisance de la formation intellectuelle pour une partie des journalistes malgaches.

Acerbes. C'est le moins que l'on puisse dire des critiques que le « Sehatra Fanaraha-maso ny Fiainam-pirenena » (SEFAFI) a lancées hier à l'encontre des universitaires et des journalistes. Dans un communiqué, l'Observatoire de la Vie Publique fustige la culture du privilège dont font preuve les deux corps. Les enseignants-chercheurs, ayant envisagé une grève illimitée, ont reçu des critiques virulentes, à propos notamment de leur mécontentement contre la limitation de leurs heures complémentaires à 1500 heures par année. Selon le SEFAFI, « certains enseignants vont jusqu'à déclarer 3 000 heures complémentaires par an afin d'empocher des pactoles de plusieurs dizaines de millions d'ariary en complément de leurs salaires et autres indemnités ». Une demande « aberrante », estime le communiqué. Et ce, dans la mesure où nul n'ignore qu'une année universitaire nominale dure 25 semaines. La non-réglementation des procédures de sortie en mission est également pointée du doigt. « Les enseignants-chercheurs sont des fonctionnaires. Toute sortie nécessite une autorisation car l'Etat doit protéger ses agents en déplacement. Quoi qu'il en soit, le seul fait d'être fonctionnaire entraîne cette obligation d'autorisation préalable. Mais certains enseignants-chercheurs s'y refusent. Ils veulent garder le privilège de voyager à l'extérieur à leur convenance, à l'instar d'une personne travaillant pour son compte mais avec la sécurité du statut de fonctionnaire en plus », martèle le SEFAFI.

« Refus suspect ». Toujours dans le cadre du monde de l'Université, l'Observatoire de la Vie Publique dénonce aussi « un refus suspect de la part d'une profession qui compte des professeurs de finances publiques ». Une allusion au refus des enseignants qui disent non à la mise en place d'agents comptables dans les universités. « Sauf modification des règles, tout établissement public doit se soumettre à une comptabilité rigoureuse justifiant l'usage des deniers publics. Pourquoi donc une université publique, bénéficiant même partiellement d'un budget émanant de l'Etat, refuserait-elle d'ouvrir ses comptes à un agent comptable », se demande le communiqué. En quelque sorte, le SEFAFI exige aux intellectuels de donner l'exemple en termes de bonne gouvernance. « Les enseignants du supérieur devraient représenter l'élite intellectuelle du pays, ils se doivent ainsi par leur comportement, d'être exemplaires dans l'effort commun pour l'amélioration des pratiques au sein du secteur public ».

Caisse de résonance. Les médias n'ont également pas été épargnés des critiques virulentes du SEFAFI. Se basant sur l'affaire du survol d'un hélicoptère au stade de Mahamasina, qui s'est soldée par la condamnation de deux journalistes à une amende de 10 millions d'ariary pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation, le « Sehatra Fanaraha-maso ny Fiainam-pirenena » remet en question le professionnalisme et l'impartialité des médias. « Les nouvelles régulièrement véhiculées par ces médias sont-elles vraies ou au contraire approximatives, fragmentaires, partiales, déformées - bref, insuffisamment vérifiées », se demande-t-on. Selon le SEFAFI, « la presse n'a pas à être la caisse de résonance de toutes les rumeurs pour faire du sensationnel ». Et lui de poursuivre que « la liberté de la presse est un droit mais suppose également des obligations. Le journaliste doit faire preuve de rigueur intellectuelle et professionnelle ».

Amateurisme. S'érigeant à des donneurs de leçons, les membres du SEFAFI de rappeler aux membres de la presse de « vérifier la fiabilité de la source et de recouper l'information ». « Est-il inconvenant de mettre en doute la véracité, voire la compétence des journalistes qui nous informent » ?, se demandent-ils tout en soutenant que « dénoncer la partialité, la complaisance ou l'amateurisme d'un journaliste n'est pas attentatoire à la liberté d'expression ». Pour enfoncer le clou, le SEFAFI encourage des sanctions contre les journalistes qui « diffusent des informations inexactes ou tendancieuses »... afin d' « obliger les journalistes à vérifier leurs informations et à ne pas céder à la corruption, à la dissimulation ou à la diffamation ».

Contre-vérités. Constatant que certains journalistes n'acceptent pas de voir leurs écrits contestés, l'Observatoire de la Vie publique dénonce la culture du privilège et celui de l'impunité pour les médias. « Une situation totalement inacceptable », soutient le communiqué. Pour justifier sa constatation, le SEFAFI pointe du doigt l'insuffisance de la formation intellectuelle pour une partie des journalistes malgaches. « Trop souvent, les médias traitent des questions juridiques, économiques, financières, sociales, religieuses ou autres avec un amateurisme affligeant, qui dérive souvent en contre-vérités ou en erreurs manifestes ». Pour conclure son communiqué, le SEFAFI propose que « la profession gagnerait plus à se soucier davantage des questions de compétence professionnelle et de déontologie, afin de rehausser l'image des journalistes et la crédibilité des médias malgaches ».

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