Tunisie: Nabil Karoui remis en liberté

La cour de cassation tunisienne a relaxé, le 9 octobre de la prison de la Monarguia à 20 km de Tunis, le candidat à la présidentielle, en détention pour des soupçons de fraude fiscale et de blanchiment d'argent.

Contre toute attente, dans la dernière ligne droite du marathon électoral tunisien, la Cour de cassation a finalement ordonné, dans l'après-midi du mercredi, la libération de l'homme d'affaires et de média incarcéré en détention préventive depuis le 23 août, alors que les nombreux recours déposés par ses avocats avaient jusqu'ici été rejetés.

L'on attendait plutôt une décision du tribunal administratif qui a été saisi la veille par les avocats de Nabil Karoui. Ils réclamaient le report du second tour de l'élection présidentielle prévu dimanche, arguant que l'égalité des chances avait été rompue entre les candidats. Il faut rappeler que le camp Karoui avait lancé une série de recours rejetés en première instance, puis en appel, avant que la troisième juridiction du pays n'entende raison.

Sorti de prison quatre jours avant le deuxième tour de l'élection présidentielle, ce candidat ne dispose que de quarante-huit heures pour mener campagne pour le second tour prévu ce 13 octobre. Durant les deux jours de campagne restants, un débat télévisé doit être organisé entre les deux candidats.

Cette libération inattendue a largement éclipsé l'annonce des résultats officiels des élections législatives tunisiennes, le même jour. Comme le prévoyait un sondage sorti des urnes dimanche soir, le parti islamiste Ennahdha est arrivé en tête du scrutin.

Une campagne en prison

Malgré son arrestation et une campagne menée par sa femme et des partisans interposés, le président du parti Cœur de la Tunisie obtient quand même 15,5 % des voix au premier tour et se classe deuxième après le constitutionnaliste Kais Saied (18,4% des voix). Après six semaines derrière les barreaux et quatre demandes de libération, Nabil Karoui a finalement quitté sa cellule pour tenter de rattraper le fil d'une campagne dont il a été largement privé.

Même si les accusations dont il fait l'objet sont maintenues, sa libération est l'épilogue d'une saga judiciaire qui aurait risqué, selon l'avis de beaucoup de spécialistes, de remettre en question tout le processus électoral. Depuis sa prison, Nabil Karoui n'a cessé de se battre, dénonçant « une tentative de coup d'État » ou s'auto-proclamant « premier prisonnier politique depuis la révolution » tunisienne.

Inculpé depuis le mois de juillet pour blanchiment d'argent et évasion fiscale, Nabil Karoui avait été interpellé par des policiers en civil sur une aire d'autoroute et placé en détention provisoire. Un coup d'arrêt brutal à sa campagne, trois semaines avant le premier tour de l'élection présidentielle et alors qu'il était donné favori des sondages. Pendant que ses avocats multipliaient les recours pour le faire libérer, Nabil Karoui avait entamé une grève de la faim quelques jours avant le premier tour de la présidentielle tunisienne, où il s'est finalement hissé à la deuxième place derrière son rival Kaïs Saied.

Fin septembre, le président de la République par intérim, Mohammed Ennaceur, insistait publiquement sur « la garantie de l'égalité des chances » en vue du second tour de l'élection. Le 5 octobre, Kaïs Saied décidait « d'arrêter de faire campagne pour des raisons morales ».

Une affaire qui ne finira pas de susciter les réactions et les polémiques, même si Nabil Karoui est désormais libre.

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