Bénin: Dialogue politique - C'est l'inclusion de tous les acteurs qui manque le plus

C'est un week-end politiquement chargé que vit le Bénin ces 10, 11 et 12 octobre. En effet, en deux camps séparés, les acteurs politiques du pays se sont donné rendez-vous à Cotonou pour ausculter la démocratie béninoise.

Le premier camp, représenté par près de 300 délégués de 9 formations politiques, partisans du président Patrice Talon et de l'opposition modéré, est en conclave au Palais des congrès pour un check-up du système politique béninois.

A l'opposé, des représentants de l'opposition radicale se sont réunis au «siège de la résistance» pour faire un bilan de la gouvernance du président Talon.

«Dialogue national» contre «assises de la résistance», ces deux rencontres simultanées nous donnent de voir le pouvoir béninois et son opposition qui continuent de se regarder en chiens de faïence à la suite des élections législatives controversées de fin avril dernier.

Certes on est loin des chaudes journées de début mai 2019 au cours desquelles la répression des manifestations de l'opposition a fait deux morts, des dizaines de blessés et donné lieu à de multiples arrestations, mais les protagonistes de cette crise postélectorale ne sont visiblement pas prêts à s'asseoir autour d'une même table de dialogue.

Le casus belli demeure : une nouvelle charte des partis politiques et un nouveau code électoral contraignants qui avait mis hors jeu la grande majorité des formations politiques aux dernières élections législatives.

Conséquence, la vitrine démocratique qu'était le Bénin en Afrique de l'Ouest a pris de sérieuses lézardes.

La faute au président Patrice Talon qui, par ses réformes unilatérales, voire autoritaires, a créé un énorme déficit de confiance entre lui et ses opposants. Nous assistons donc à un dialogue de sourds où pouvoir et opposition se parlent par médias interposés.

Voilà qui explique ce dialogue à deux niveaux, en fait un monologue de chaque camp qui s'écoute parler. Bonjour alors les fuites en avant qui pourraient raidir les antagonismes politiques au lieu de rapprocher les points de vue !

En tout cas, en convoquant un dialogue auquel n'ont pas été conviés les partis exclus des dernières législatives, le président Talon persiste à faire cavalier seul dans les réformes nécessaires à l'assainissement du jeu politique béninois.

Mais la solution à l'extrême morcellement de l'échiquier politique du pays avec ses 200 partis, ce n'est certainement pas la caporalisation du système partisan dans une Assemblée nationale monocolore, sans grande légitimité, dévouée à l'exécutif.

On attendait mieux de Patrice Talon, lui qui, candidat à la magistrature suprême, passait pour un rassembleur. On croise alors les doigts afin que les conclusions de ce dialogue, bien qu'il soit non inclusif, lui offre l'opportunité d'impulser un véritable renouveau à la démocratie béninoise.

Dans cette quête d'un nouveau souffle pour son processus démocratique par le dialogue de ses acteurs politiques le Bénin a emboîté le pas au Cameroun, à la Guinée, au Mali et au Burkina.

De fait, on assiste comme à un printemps des tables-rondes des partis politiques dans nos pays où les pouvoirs cherchent à qui mieux mieux à rattraper des erreurs de gouvernance, des réformes mal menées ou le manque de consensus autour de questions cruciales.

Le hic est que ces concertations, censées être inclusives et porteuses de solutions de sortie de crise, n'ont pas toujours l'onction de tous les acteurs politiques et pas des moindres. Le risque est par conséquent grand qu'elles soient de grands-messes pour rien.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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