Afrique: A quoi servent les dialogues nationaux en Afrique ?

10 Octobre 2019
analyse

Après le Cameroun, c'est au tour des acteurs politiques béninois de se retrouver à partir de jeudi (10.10) pour discuter de la crise que traverse le pays.

En plus du Cameroun et du Bénin, on peut citer le Tchad qui, depuis 2013, a mis en place le Cadre national de dialogue politique, une structure chargée de régler les questions politiques.

Au Mali, les préparatifs du prochain dialogue inclusif ont débuté en début de semaine même si le gouvernement peine à convaincre l'opposition qui critique une concertation pas ouverte à tous les acteurs.

Faiblesse des institutions

Mais le retour au dialogue national, non prévu par les textes constitutionnels, illustre aussi le blocage des institutions, comme l'explique Mathias Hounkpe, administrateur du Programme de gouvernance politique et de consolidation démocratique de l'ONG OSIWA.

"Le fonctionnement de nos institutions semble avoir atteint ses limites. Il nous faut maintenant trouver d'autres moyens de faire face aux défis politiques auxquels nos jeunes démocraties sont confrontées. C'est pour cela que vous observez des tentatives de dialogue pour régler des problèmes qui, normalement, auraient pu être gérés à travers le fonctionnement normal des institutions."

Un moyen de gagner du temps

Si le dialogue est facile à mettre en œuvre, il n'est en revanche pas toujours le moyen le plus efficace pour régler les problèmes.

Le pouvoir en place considère souvent ce type de dialogue national comme une manière de gagner du temps en offrant une concertation sous contrôle.

C'est ce qu'indique Maurice Ndione Seck, professeur de sciences politiques à l'université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal.

"En réalité le dialogue est nécessaire pour le consensus mais, souvent, les acteurs impliqués ne jouent pas franc-jeu, notamment les tenants du pouvoir, pour qui c'est un moyen de réguler de façon interne l'autoritarisme et de reprendre du souffle pour perpétrer les pratiques autoritaires."

Le dialogue : une nécessité

S'il est malaisé de juger de l'efficacité de ces dialogues, ceux-ci demeurent toutefois nécessaires dans les moments de crise, estime pour sa part Kag Sanoussi, président de l'Institut international de gestion des conflits.

"Le dialogue est une des solutions car il permet de ne pas rompre les liens entre les protagonistes. Quand on maintient les liens de manière durable, on finit par trouver des pistes de rapprochement."

Selon lui, la libération de l'opposant Maurice Kamto au Cameroun dans la foulée du grand dialogue national est la preuve de l'importance de ce genre de dialogue.

Toutefois, le plus difficile reste la mise en œuvre des conclusions. Une phase cruciale mais très souvent négligée par le pouvoir en place.

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