Congo-Brazzaville: Littérature - "Aimé Césaire ou l'illusion de la liberté" de Côme Mankassa

Depuis le 10 septembre dernier, en somme quatre ans après la mort de l'auteur en 2015, le livre venait de paraître à titre posthume aux éditions Le Lys Bleu. Dans ses lignes, l'auteur s'emploie à s'attaquer à l'un des plus grands de la pensée poétique contemporaine, Aimé Césaire, l'homme tant aimé des partisans de la négritude et des panafricains.

Après avoir publié son essai intitulé "France : grandeur perdue", Côme Mankassa s'est attelé à interpréter la pensée de l'un des pères de la négritude. La thèse qu'il défend dans "Aimé Césaire ou l'illusion de la liberté " est la suivante : Aimé Césaire, l'auteur du "Discours sur le colonialisme", d'"Une saison au Congo", de "La Tragédie du roi Christophe" et aussi du "Cahier d'un retour au pays natal", a été le dernier à se désaliéner de la colonisation française et à préférer l'assimilation à l'indépendance intégrale.

Pour les critiques littéraires, il s'agit d'un pavé critique qui rend à Césaire ce qui lui appartient : ses contradictions. Leur constat : l'auteur y démontre qu'en tant que pourfendeur du colonialisme et de l'esclavage, le poète a affirmé son appartenance à la France, ne serait-ce qu'en sa qualité de maire de Fort de France, un mandat ininterrompu jusqu'à la fin de sa vie. On n'a pas senti la moindre subversion indépendantiste dans ses écrits, lui qui parlait de retour au pays natal.

Ce qui explique, d'ailleurs, que l'ouvrage qui vient de paraître, "Aimé Césaire ou l'illusion de la liberté", a connu un destin complexe, plein de péripéties. Pressenti pour être publié du vivant de l'auteur, par malheur l'objet même du livre fut quasiment un frein à sa propre parution. Côme Mankassa, un monstre de la subversion axiomatique, s'attaquait à un autre monstre de la révolte intellectuelle : Aimé Césaire ! Les éditeurs frissonnèrent quand le sociologue brazzavillois frappa à leur porte, tenant entre ses mains le manuscrit. Il faut dire que Mankassa, comme si sa pensée était sulfureuse, était un habitué des refus des gardiens de la dogmatique et de la doxa.

En effet, en 1988, Georges Balandier (le grand Balandier), qu'on ne pouvait soupçonner d'être un grand prêtre du statu quo, refusa de diriger sa thèse d'Etat sur la société lignagère lari face au marxisme, lui qui pourtant encadra auparavant sa thèse de troisième cycle en 1969 à La Sorbonne portant sur le messianisme kongo. Le prétexte ? La théorie défendue dans la thèse d'Etat était « réactionnaire ». (Entendez, elle allait à contre-courant du marxisme, schéma intellectuel intouchable à l'époque).

Côme Mankassa, qui ne cachait jamais son aversion pour la théorie de la lutte des classes, ne classa point l'affaire. Il sollicita l'autorité scientifique d'un grand ponte du Nord, le Pr Jacques Lombard, grand anthropologue de Lille. Villeneuve d'Ascq, banlieue lilloise, Côme Mankassa connaissait bien. Et pour cause : c'est dans cette ville qu'il fit, des années auparavant, ses études de journalisme. Il laissa dans cette école un souvenir impérissable.

Son mémoire de fin d'études était tellement brillant qu'il servit de modèle d'étude à l'attention des nouveaux étudiants en journalisme. D'ailleurs, il fut recruté comme chargé de cours dans cette faculté catholique où lui-même avait pris des cours. Si ce n'est pas un sacre, dites-nous alors ce qu'est la consécration ?

Il a fallu l'opiniâtreté de ses fils, Aris Mankassa et Guy de Gonzague Mankassa, pour que l'œuvre voit enfin le jour : l'œuvre de leur père, docteur d'Etat ès lettres et sciences humaines, diplômé de l'Ecole pratique des hautes études de la Sorbonne, diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille.

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