Afrique: Xénophobie sur le continent - Une question politique ou de difficultés économiques?

11 Octobre 2019

Le WARC a accueilli, hier jeudi, des panélistes chevronnés afin de réfléchir sur la question de la xénophobie en Afrique. Lors de cette rencontre, ils ont évoqué le cas de l'Afrique du Sud, avec les violences xénophobes déplorées récemment. Selon eux, la xénophobie n'est pas exclusive à la société sud-africaine, mais constatable dans tous les pays africains.

Le Forum Social Sénégalais (FSS), en collaboration avec le Centre de Recherche Ouest Africain (WARC - West African Research Center en anglais), a organisé une conférence publique, hier jeudi, sur la xénophobie. Les panélistes qui se sont prononcés sur ce fléau ont mis en exergue le cas survenu en Afrique du Sud.

PIERRE SANE : «UNE MEILLEURE ARTICULATION ENTRE LA RECHERCHE ET LA FORMULATION DES POLITIQUES DE L'ETAT»

Selon Pierre Sané, ancien sous-directeur de l'UNESCO, ce qui s'est passé en Afrique du Sud est un échec au niveau de la politique de l'Etat en matière de lutte contre la xénophobie.

«La première leçon que j'en tire est qu'il nous faut, que cela soit en Afrique du Sud ou ailleurs, une meilleure articulation entre la recherche et la formulation des politiques de l'Etat.

Souvent, les Etats travaillent sans le bénéfice d'une recherche sérieuse. Le manque de priorité accordé aux instruments internationaux dans la formulation de politiques publiques qui devrait s'adresser à tous les maux sociaux: xénophobie, discrimination à l'égard des femmes etc. ; le grand échec dans l'éradication de la pauvreté qui a été négligé par les institutions qui ont imposé des politiques néo-libérales, la corruption», dit-il.

CHEIKH TIDIANE GADIO : «EN TANT QU'AFRICAINS, FAIRE FACE A NOS PROPRES RESPONSABILITES»

Pour l'ancien ministre sénégalais Cheikh Tidiane Gadio, il est nécessaire, en tant qu'Africains, de faire face à nos propres responsabilités.

«Chaque fois que nous désertons nos responsabilités, nous refusons nous-mêmes de parler de nos problèmes et les autres en parlent à leur façon, les amplifie et nous renvoie la responsabilité de tous ces problèmes.

Quand il y a eu ce qui s'est passé en Afrique du Sud, on devrait entendre les Africains d'abord. A l'époque, notre Institut panafricain de stratégie a proposé un Sommet africain sur la grave crise en Afrique du Sud. Cela aurait permis de discuter et de trouver des stratégies entre africains pour que cela ne se reproduise plus.

J'ai donné l'exemple de jeunes sénégalais, maliens et guinéens emprisonnés en Angola qui n'ont commis qu'un crime: c'est de venir chercher du travail. Et donc on les traite comme des criminels, les militaires les malmènent.

Ce sont des actes de violence et c'est extrêmement pénible pour un Africain de regarder cela. En 2019, on vend des Africains en Libye, dans des marchés publics...

Qu'est-ce qui arrive à l'Afrique au point qu'on puisse faire des choses comme çà ou que des Africains exercent d'autres formes de violences très graves, très barbares sur d'autres Africains ?

C'est bien de constater, mais c'est mieux de proposer des solutions. Que nos dirigeants se retrouvent et que les Africains parlent de leurs problèmes. La question du leadership ainsi s'impose», déclare l'ancien ministre des Affaires étrangères.

FATOU SOW SARR: «LA XENOPHOBIE EST UNE QUESTION POLITIQUE»

Quant au sociologue Fatou Sow Sarr, maître de conférences à l'IFAN (Institut Fondamental d'Afrique Noire), la xénophobie est une question politique. «C'est la question politique qui est à la base de cette réaction de ces hommes politiques et qui vont instrumentaliser les populations à la base pour les amener à adhérer à leurs causes.

Donc, la question de la xénophobie est une question politique. Parfois, même si ce qui s'est passé en Afrique du Sud est une question de pauvreté, sur les questions économiques et on le sait en sociologie, les seuils de tolérances existent à partir du moment où le rythme de l'acceptation de l'autre est connu.

Ce qui crée forcément des crises. Pour nous, de ce qu'on a appris dans l'histoire de l'Afrique, c'est la responsabilité des élites qui en fait manipulent ces gens-là.

Un des premiers handicaps avec la pauvreté et toutes les difficultés économiques, ce sont les difficultés économiques liées à la mal gouvernance et aux modes de gestion qui ont laissé en rade une majorité de la population», dénonce la sociologue.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.