Cameroun: André Manga, bassiste - « Je chante quand je joue de la basse »

André Manga, de retour au pays après une longue absence. Qu'a-t-il fait entre-temps ? Je reviens d'une tournée mondiale de huit mois avec Josh Groban qui est la pépite américaine de la chanson.

Il a vendu plus d'albums qu'Elvis Presley. Je suis assez privilégié d'être à ce stade et de représenter le Cameroun. Nous faisons le tour du monde. On a achevé une tournée il y a un mois à peu près. Je suis au bercail en attendant les prochaines aventures qui viendront surement l'année prochaine.

L'une des raisons de votre présence au Cameroun est la participation à la première édition des Jazz Sessions à Douala depuis mardi dernier.

De quoi s'agit-il concrètement ? Ce sont des masters classes qui ne sont pas qu'un rendez-vous exclusif dédié aux bassistes et aux les professionnels de l'univers musical. Ce sont des classes de lecture pour différents professionnels de la musique.

L'idée est de transmettre des connaissances à mes jeunes compatriotes. Je pense que de par mes voyages, mes rencontres et collaborations, j'ai acquis assez d'expériences. J'ai envie de passer la clé de la bibliothèque, je ne veux pas l'emporter. Je pense que les jeunes gagneraient à comprendre les rouages et l'éthique du métier.

A travers ces rencontres, j'apporte un peu d'Amérique au Cameroun en expliquant aux gens ce que c'est que la simplicité, que collaborer c'est essentiel dans le travail d'un artiste. Je le vois par exemple avec Josh Groban avec qui je travaille. Sa musique est écrite à 80% par d'autres personnes.

Donc, avec mon partenaire Julien Mbia, nous voudrions que ce rendez-vous soit semestriel avec la participation des connaissances qui veulent et qui se meurent de venir dans mon pays.

Des Américains, des Anglais, des Français et même des Camerounais de la diaspora sont programmés pour les prochaines séances. C'est un challenge qui pour le moment est à fonds propres au bénéfice du futur.

C'est la raison pour laquelle je suis fière d'être le premier invité d'honneur de ces Jazz Sessions. Il y a aussi ce petit voyage musical de trois chansons à travers lequel vous revisitez certains classiques de la musique camerounaise.

André Manga est-il prisonnier du passé ? Sans équivoque je suis un jazzman. Cependant, j'espère que mon jazz trouve ses racines dans ma culture. Je ne peux pas prétendre mieux parler le langage de quelqu'un d'autre chez lui.

J'essaie de faire des emprunts. L'harmonie étant universelle, je me sers des sonorités de chez moi. D'une pierre deux coups, j'essaie de montrer à la jeune génération qu'on n'est pas obligé d'être prostitué culturel pour exister et qu'on peut plutôt enrichir notre culture.

Reprendre Eko Roosevelt, Ekambi Brillant et Nkodo Sitony, pour moi, c'est de faire en sorte que l'œuvre de ces grands messieurs de la musique camerounaise qui ont pavé notre chemin, ne s'oublie pas.

Parce qu'aujourd'hui, on entend beaucoup de choses qui font bouger ; beaucoup de bruit, mais musicalement nous avons beaucoup perdu. Ces immenses talents méritent notre respect. Mon souci, il est là.

Peut-être que je suis le précurseur de ce genre de situation consistant à réveiller les musiques qui font partie de notre incommensurable richesse culturelle. C'est comme des pépites d'or qui se meurent et je crois que le Cameroun doit refaire vivre les trésors de ces grands artistes.

Et comment fait-on pour habiter ces trois monuments de la musique camerounaise ? Je pense que la réponse en vient du fait que j'adore le Cameroun. Dieu m'a accordé une grâce. Celle de ressentir mes appartenances à tout moment quel qu'en soit le lieu.

Je suis sensible à toute cette génération passée les Nkodo Sitony, Ekambi Brillant, feu Messi Martin, feu Nelle Eyoum, j'en passe, Archangelo de Moneko, j'ai repris Kaele (dans l'album « Voyages » sorti en 2012 ») parce que ça me ramène à une époque réelle de mon enfance. D'autre part, ayant atteint un stade où je peux lire et écrire la musique, je constate qu'ailleurs, on standardise la musique.

Vous avez une chanson comme « My funny valentine », combien de reprises ? Au moins une cinquantaine. Les seuls gens qui ne reprennent pas leurs musiques ce sont les Camerounais. Je respecte la conception initiale à laquelle j'ajoute ma touche. Justement, quelle est votre approche musicale ?

Je m'évertue à transmettre aux jeunes ce sentiment qu'il vaut être meilleur musicien qu'instrumentiste. Cela me donne la chance chaque fois que je suis en studio de penser un ensemble de choses. Premièrement, l'émotion.

Qu'est-ce que je voudrais que la personne qui m'écoute ressente ? Suis-je vrai ? Chante-je avec du cœur ? Est-ce que ma voix qui est différente des autres ou mon instrument peut transmettre ce qui me vient à l'esprit.

C'est mon approche musicale, c'est mon approche du jeu de basse et mes arrangements je passe beaucoup de temps pour trouver les détails. Pour moi, je chante quand je joue de la basse.

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