Ethiopie: Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix - Il n'a plus droit à l'erreur

Un an après le gynécologue congolais Denis Mukwege (co-lauréat en 2018 avec l'activiste Yezidie Nadia Mourad), le prix Nobel de la paix est de nouveau revenu cette année à un Africain.

Le comité qui décerne cette prestigieuse récompense a en effet jeté son dévolu le vendredi 11 octobre 2019 sur le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed ; une distinction en guise d'encouragement pour ses efforts en faveur de la réconciliation entre son pays et le frère ennemi érythréen après deux décennies de conflit ainsi que la batterie de réformes engagées depuis son arrivée au pouvoir en avril 2018 : libération des prisonniers de conscience, main tendue à l'opposition, etc.

Une couronne de lauriers pour le récipiendaire, qui croule sous une pluie de félicitations et les louanges tous azimuts, laquelle constitue du reste une légitime fierté pour ses concitoyens et les Africains qui se sentent parfois oubliés du reste du monde.

D'Albert Luthuli en 1960 à Abiy Ahmed en 2019 en passant par Anouar el Sadate (1978 avec Menahem Begin), Desmond Tutu (1984), Nelson Mandela et Frederick De Klerk (1993), Koffi Annan (et l'ONU en 2001) , Wangari Maathai (2004), Mohamed El-Barradei (2005), Ellen Johnson-Sirleaf (2011), le quartet du dialogue national tunisien (2015) et celui qui répare les femmes en 2018, sauf erreur ou omission, ils sont en Afrique une petite quinzaine depuis l'institution de ce prix en 1901 à l'avoir étrenné.

Mais dût-on jouer les rabat-joie en crachant dans le wot ou le firfir (plats nationaux éthiopiens) mitonnés par le comité Nobel d'Oslo, on peut se demander si ce n'est pas un peu tôt pour ce jeune chef de gouvernement de 43 ans qui est certes plein de bonne volonté mais qui a encore tout à prouver sur un terrain aussi instable que celui politique.

Quand bien même ce ne serait pas de son seul fait, tous les problèmes entre Addis-Abeba et Asmara sont loin d'être résolus malgré le dégel diplomatique.

Frontières entre les deux Etats de nouveau fermées, signature d'accords commerciaux en stand-bye, l'Ethiopie qui n'a toujours pas accès aux ports érythréens, et donc pas de débouchés sur la mer Rouge... un peu plus d'un an après la visite spectaculaire d'Abiy Ahmed chez Isaias Afewerki, son dictateur de voisin, les promesses de l'ouverture tardent à se concrétiser.

Ajoutez à cela la persistance des conflits inter-ethniques qui font des centaines de morts et des milliers de déplacés et l'on comprend pourquoi pour certains, cet honneur est pour le moins prématuré pour quelqu'un qui a encore du chemin à faire. Autant dire qu'il n'a plus droit à l'erreur.

A peu de choses près, il rappelle d'ailleurs celui qui, en 2009, avait échu à Barack Obama « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples ».

Le premier Noir à s'installer à la Maison-Blanche venait de prêter serment depuis seulement neuf mois. Deux mandats plus tard, on sait ce qu'il est advenu de ses belles intentions.

Comme quoi le jury du Nobel, s'agissant des hommes politiques en exercice, gagnerait à attendre la fin de leur parcours avant de les « canoniser », sinon il va finir par dévaluer cette si convoitée dignité.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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