Tunisie: Victoire présumée de Kaïs Saïed à la présidentielle tunisienne - Quand le conservatisme l'emporte sur le modernisme

Kais Saied jetant son vote pour le second tour de l'élection présidentielle tunisienne du 13 octobre 2019.
13 Octobre 2019
analyse

Le deuxième tour de la présidentielle tunisienne a eu lieu hier, dimanche 13 octobre. L'on associe généralement au chiffre 13, des idées noires liées à Satan.

En tout cas, les superstitieux croient dur comme fer que ce chiffre est maléfique. Cette superstition a été, peut-on dire, déconstruite par les électeurs tunisiens. Car le scrutin d'hier s'est déroulé dans un climat civilisé et transparent.

Et personne n'en a été surpris outre mesure, puisque depuis que la Tunisie a rompu avec la démocratie simulée en chassant son dictateur Ben Ali, le pays est coutumier du fait. Cette maturité du peuple tunisien mérite donc d'être relevée et saluée à sa juste valeur.

Pour bonifier cet élan démocratique, le pays a organisé, pour la première fois de son histoire, un tête-à-tête entre les deux candidats qui avaient été retenus pour le second tour. C'était le vendredi 11 octobre dernier.

Kaïs Saïed est bien parti pour remporter le scrutin

L'on peut être épris d'admiration de voir la Tunisie s'essayer pour la première fois à cet exercice digne des grandes démocraties. Et pour un coup d'essai, on peut dire que ce fut un coup de maître. C'est la preuve, s'il en est besoin, que la Tunisie représente, depuis la révolution du Jasmin, la vitrine démocratique du Maghreb en particulier et du monde arabo-musulman en général.

Depuis le début du marathon électoral, on peut avoir l'impression que les Tunisiens veillent sur ce label de manière à ne pas le ternir. Cela est d'autant plus vrai qu'ils ont réussi à élever le taux de participation qui est supérieur à ceux enregistrés au premier tour de la présidentielle et aux législatives, qui étaient respectivement de 41,32% et de 48,98%. Cela dit, si l'on s'en tient aux premières estimations, le candidat Kaïs Saïed est bien parti pour remporter le scrutin.

De ce point de vue, l'on pourrait dire que la Tunisie a préféré le conservatisme incarné par l'universitaire au modernisme de son rival. Et cette victoire qui se profile à l'horizon, ne doit étonner outre mesure. Les raisons sont les suivantes. Premièrement, on peut dire que l'homme a confirmé les résultats du premier tour.

En effet, au premier round du scrutin, Kaïs Saïed avait réussi l'exploit de surclasser les 23 prétendants dont justement son rival, Nabil Karoui. Deuxièmement, cette victoire peut s'expliquer par le soutien dont il a bénéficié de la part de Ennahdha. Et ce parti ne compte pas pour du beurre en Tunisie.

La preuve est qu'il représente aujourd'hui la première force politique du pays. Le troisième argument qui milite pour la victoire de Kaïs Saïed, est liée à la personnalité de l'homme.

Les résultats restent encore à être confirmés

Avec la révolution du Jasmin, les Tunisiens avaient espéré que la corruption, véritable gangrène du pays, serait traquée sans complaisance. Ce qui est loin d'avoir été le cas.

La droiture du candidat Kaïs Saïed ajoutée à son profil d'intellectuel aux mains propres, le prédestinent à aller à l'assaut des corrompus, et Dieu seul sait si les corrompus sont une foultitude au pays de Bourguiba.

En tout cas, si sa victoire se confirmait, on pourrait dire que les Tunisiens l'on élu parce qu'il a le profil de l'emploi et qu'il a l'étoffe de quelqu'un qui peut moraliser en profondeur la vie politique du pays.

Et ce profil de Zorro politique a pu peser dans la balance. Le dernier argument qui a pu décider les électeurs à trancher en sa faveur, est lié à la situation judiciaire dans laquelle se retrouve son rival Nabil Karoui. Ce dernier respire l'air de la liberté parce que simplement la Justice a mis un point d'honneur à préserver l'égalité des chances des candidats. Il n'est donc pas exclu que le magnat des médias retourne à la case prison.

Cette éventualité peut avoir décidé les électeurs à ne pas jeter leur dévolu sur quelqu'un qui a encore maille à partir avec la Justice. Et ce dont on l'accuse est suffisamment grave pour que les Tunisiens ne prennent pas le risque de lui accorder leurs suffrages alors que l'affaire est encore pendante en Justice.

Mais les résultats restent encore à être confirmés.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la nouvelle Tunisie sortie des entrailles de la révolution du Jasmin, a su se doter d'institutions fortes pour organiser le jeu démocratique dans les règles de l'art. C'est pourquoi il convient de se garder de tirer des conclusions hâtives avant que les instances habilitées à gérer la publication et la validation des résultats électoraux, aient fini leur travail.

En tout état de cause, les défis qui attendent l'heureux élu sont grands. Et l'un des plus pressent est celui lié à l'emploi des jeunes. C'est d'ailleurs la condition sine qua non pour que le "dégagisme" soit une alternative crédible aux yeux des Tunisiens. Un autre défi et non des moindres est de dégager une majorité suffisamment forte et stable à l'Assemblée nationale pour accompagner l'action du nouveau président.

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