Burkina Faso: Crise au CDP - Une médiation qui vient... tout gnagami ?

Blaise Compaoré a donc tranché. Eddie Komboïgo, le président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), devra rapporter, autrement dit annuler, les sanctions prises par le congrès extraordinaire du 22 septembre 2019 contre certains de ses militants, et non des moindres, pour manquement à la discipline du parti.

Ainsi, Léonce Koné, Salia Sanou, Ambroise Tapsoba, Rasmané Daniel Sawadogo, Mahamadi Koanda, Gnama Paco Drabo, pour ne citer que ceux-là, qui se sont rangés avec armes et bagages derrière le Mouvement agir ensemble, créé pour porter la candidature de l'ancien Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo (KDO) à la présidentielle de 2020, quand bien même ce dernier se défendrait d'être le véritable patron de ce regroupement.

Quant aux sanctionnés, le président-fondateur de l'ancien parti majoritaire leur demande de « procéder à l'arrêt et au retrait immédiats de toutes les plaintes » déposées en justice et les invite à « se tenir prêts à rejoindre les rangs ».

A première vue donc, le camp Léonce Koné, à qui d'ailleurs la correspondance est adressée, semble avoir remporté la bataille d'Abidjan.

L'exilé de Cocody, qui a repris son bâton de médiateur, a-t-il pour autant réglé définitivement la crise profonde qui secoue son parti depuis de longs mois ? On peut raisonnablement en douter.

C'est vrai qu'en politique tout est possible, mais les deux camps sont allés si loin dans le bras de fer sur fond d'invectives et de calomnies qu'on se demande s'il est encore possible de recoller les morceaux sans que ce soit juste une réconciliation de façade.

Une question fondamentale se pose d'ailleurs au sujet de l'injonction faite à Eddie Komboïgo de revenir sur les sanctions car tout président qu'il est, Eddie peut-il, par le simple « fait du prince », annuler une décision qui a été prise par le congrès, l'instance suprême du parti, ou bien faudrait-il convoquer un congrès extraordinaire pour régler ce problème ?

Autre question qui mérite d'être posée : les sanctionnés, au premier rang desquels KDO, qui battent déjà ouvertement campagne, avec notamment le Mouvement agir ensemble, vont-ils liquider ce qu'ils viennent à peine de créer et « rejoindre les rangs » ?

Ce n'est pas évident d'autant plus que KDO ne semble pas être « un homme du rang », lui qui a déjà annoncé sa candidature sans avoir eu besoin de l'onction du parti.

Au demeurant, Eddie Komboïgo, à qui Blaise semble avoir tordu le bras, peut-il manger ainsi son chapeau sans courir le risque de se suicider politiquement ?

Autant de questions qui méritent d'être posées, auxquelles s'ajoute celle de savoir si la parole de « saint » Blaise est toujours d'évangile depuis qu'il a perdu le pouvoir et vit reclus à Abidjan.

Les vicissitudes récentes du CDP montrent d'ailleurs à souhait que beaucoup ne tiennent compte des avis de Blaise que quand ils les arrangent.

Il faudra donc, à l'évidence, plus qu'un court séjour sur les bords de la lagune Ebrié pour dénouer véritablement une crise qui a mis beaucoup de temps à se sédimenter.

Au prochain épisode !

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