Sénégal: De quoi la rencontre Wade/ Macky est-elle le nom ?

Photo: Sudonline
Rencontre Abdoulaye Wade / Macky Sall
14 Octobre 2019
opinion

Macky Sall accueillant l'ancien président de la République sur un tapis rouge, comme s'il s'agissait de recevoir un homologue de président en exercice. En privilégiant la mise en scène, une telle option a mis à mal le protocole de la République puisque l'aspect théâtral avait fini de prendre le dessus sur la réalité institutionnelle.

Il s'agissait sans nul doute de flatter un ego fortement éprouvé depuis la défaite à l'élection présidentielle de 2012, de le ramener à de meilleurs sentiments. Et finalement, de le neutraliser en l'anesthésiant par de délicates caresses allant dans le sens du poil.

Assurément l'artillerie lourde avait été déployée pour saluer le retour au Palais de l'ancien président de la République après 7 années de brouille et de guéguerre sans concession.

Mais voilà que la lecture du communiqué sanctionnant la rencontre a donné un goût amer à ces retrouvailles avec le sentiment qu'on veut lourder nos compatriotes si prompts à célébrer la paix des cœurs.

En lieu et place d'une autorité habilitée de la République, le communiqué commun sanctionnant la rencontre entre l'ancien et l'actuel président a été lu par un cadre du Pds signifiant ainsi qu'il s'agissait plutôt de retrouvailles entre chefs de partis. Comme si le père spirituel et le fils adoptif avaient décidé d'enterrer la hache des ressentiments.

Sur le dos de qui et pour quel but est-on tenté de se demander au regard de cette posture partisane ? D'autant plus que cette déclaration interroge, puisqu'elle fait le choix d'un silence terriblement bavard, faisant mine de s'intéresser à l'ombre et d'ignorer la proie que tout le monde a à l'esprit.

Ainsi donc, pas un mot sur l'objet de la brouille, à savoir Karim, ce fils biologique et chéri pour l'amour duquel son père de chef d'Etat s'était laissé tenter à des dérives institutionnelles. Voulaient-ils nous faire croire que seul leur importait le pays ?

A moins de prendre les Sénégalais pour des enfants de chœur, il y avait là une pilule difficile à avaler ne serait-ce que parce que les relations jusque-là tendues entre Wade et Macky et leurs partis respectifs sont à la remorque de ce contentieux.

Pas simple pourtant d'en arriver à un solde de tout compte. Il est question de plus de 138 milliards F CFA (209 millions d'euros) que l'ancien ministre de la terre, de la mer et du ciel doit rembourser au peuple sénégalais.

En tout état de cause, afin que nul n'en ignore, en quittant son domicile pour se rendre au Palais, l'ancien président de la République a tenu à dire qu'il s'agissait d'un "jour comme un autre" et que ce n'est pas parce qu'il va "voir Macky Sall que ça change grand chose".

Une manière d'indiquer que le contentieux demeure. L'autorité va t-elle alors décider de fermer les yeux et sous prétexte de garantir le retour à la paix sociale, favoriser le recouvrement des droits civiques et politiques à Karim et par extension à Khalifa Sall ?

Quitte à exposer la justice au risque de laisser prospérer l'idée de son instrumentalisation par le pouvoir politique. De toute évidence le retour attendu de Karim Wade et Khalifa Sall dans le jeu politique ne manquera pas d'influer sur le cours politique.

La famille libérale va-t-elle se rabibocher autour de Macky Sall et en faire son porte-drapeau, le plongeant ainsi dans une ivresse du pouvoir susceptible de le rendre sensible aux appels de plus en plus pressants en faveur d'un troisième mandat ?

Va-t-il au contraire résister à tous ces apprentis sorciers et respecter sa lecture de la constitution, à savoir que nul ne peut exercer plus de 2 mandats consécutifs, quelle que soit la durée de l'un ou l'autre.

Si par extraordinaire le verrou constitutionnel tant chanté venait à sauter, l'APR se pliera t-elle a une telle forfaiture ou alors va-t-elle se fragmenter, submergée par l'éclosion d'ambitions contenues prêtes à sonner la révolte ?

A quelque 4 ans de la prochaine présidentielle se bousculent ainsi un ensemble de questions qui augurent de fortes turbulences politiques en même temps qu'elles révèlent les faiblesses d'une démocratie de plus en plus tentée par les entourloupes que par son approfondissement.

Raffermir la démocratie faut-il le rappeler, c'est respecter la constitution, avoir une haute idée de sa mission et se refuser à tout tripatouillage qui en dernière instance va à l'encontre des intérêts supérieurs du pays.

C'est l'émergence d'une autre perception de la politique. Non point comme un instrument d'apparat et de confort personnel mais plutôt comme un outil au service exclusif de la transformation sociale pour garantir et assurer le bien être des populations.

Gageons que ces dernières qui s'inscrivent de plus en plus dans un tel sillon ont maintenant compris qu'en dépit de tout, le dernier mot leur revient, car le pouvoir est au bout de la carte électorale.

Aussi ne se laisseront-elles pas abuser par on ne sait quelles combinaisons au moment où elles comprennent avoir la chance inouïe de pouvoir se retrouver en 2024 sans un candidat qui rempile et par conséquent de pouvoir enfin voter pour un projet et non contre quelqu'un comme c'est le cas depuis 2000.

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