Burkina Faso: Une défiance inopportune

14 Octobre 2019

Samedi dernier à Sevaré au Mali, une manifestation pour le départ des forces étrangères au Mali et dans la sous-région a viré à un pillage en règle du camp de la MINUSMA. Au même moment, à la Bourse du travail à Ouagadougou, et pour les mêmes raisons, l'organisation démocratique de la jeunesse (ODJ) dénonçaient la présence de « bases militaires» françaises, américaines, allemandes... .en Afrique.

Des pays affublés, à tort ou à raison, de convoitises, de visées impérialistes qui nourriraient la spirale terroriste qu'ils sont censés aider à combattre dans la bande sahélo-saharienne.

Cette poussée souverainiste et de défiance de plus en plus ouverte dans l'ancien pré-carré français, ajoutés aux soubresauts autour du franc CFA, peut illustrer, à vue d'œil, une volonté farouche d'une certaine génération du continent de sortir du joug de pays perçus comme fondamentalement hostiles aux intérêts de l'Afrique.

En ce qui concerne la France, la prise de conscience de ce que certains n'hésitent pas à qualifier de sentiment anti français est antérieure à l'actualité brulante.

Dès 2015, une étude alertait le pouvoir français sur «la mauvaise image du pays au sein de la jeunesse du continent » pour diverses raisons : la France n'aurait pas intégré l'évolution des sociétés africaines, la montée de nouvelles aspirations de la jeunesse, le soutien à de vieilles classes dirigeantes en déphasage avec les jeunes générations.

Dans cette perspective, la création sous l'ère Macron du Conseil présidentiel pour l'Afrique est loin d'être fortuit.

Elle a semblé avoir marqué une évolution significative de la vision africaine de la France de s'affranchir du carcan des seuls pouvoirs africains, en tant qu'interlocuteurs institutionnalisés pour accorder une place prépondérante aux liens avec les sociétés civiles africaines de plus en plus audibles et crédibles.

Ces initiatives sont autant d'efforts pour comprendre les nouveaux enjeux en Afrique et de les prendre en compte, mais aussi et surtout des opportunités offertes aux africains pour redéfinir sa tumultueuse rencontre avec l'Occident et la France en particulier depuis le temps des explorateurs à la pénétration coloniale, en passant par la traite négrière et les deux guerres mondiales.

Demander le départ de forces étrangères installées à la demande des Africains dans la plupart des cas et au moment où ces pays s'interrogent eux-mêmes sur leur présence, au regard du coût financier que cela engendre, reviendrait, comme qui dirait, à jeter le bébé avec l'eau du bain.

En lieu et place d'une rupture aux conséquences imprévisibles car, les relations entre les pays demandent à être manier avec beaucoup de tact.

Cela est d'autant plus important, qu'un épisode neigeux à Longchamps en France a des conséquences directes sur les parieurs du PMU de l'Afrique de l'Ouest ou que des nuages volcaniques dans le ciel européen peuvent entrainer des perturbations du trafic aérien sur tout le continent...

Si la Russie a pu vivre des livraisons de vivres de l'ennemi américain en pleine guerre froide, si la Corée du Nord reçoit des cargaisons de nourriture entre deux salves de missiles, il y a donc mieux à faire que cette défiance tendancielle dans les relations entre la France et ses ex-colonies en particulier.

Pourquoi ne pas appeler plutôt à l'édification des partenariats audacieux de «développement concerté» avec l'Afrique par le financement de projets de création d'emplois dans l'agriculture et la transformation locale des richesses ?

Pourquoi ne pas sanctuariser la promotion de l'Etat de droit, en respectant pleinement la souveraineté et la responsabilité des Etats africains sur des questions cruciales telles que le drame de l'immigration ?

Pourquoi ne pas appeler à la fin des ambivalences. Celles qui consistent par exemple à pécher par « action ou omission » face au tripatouillage de constitutions à des fins de maintien de pouvoirs, à procéder à des interventions humanitaires ou à tendre la main à des peuples qui prennent leurs responsabilités depuis l'onde de choc du printemps arabe.

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Plus de: Sidwaya

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