Sénégal: Dépigmentation - Statistiques et coût d'un phénomene devastateur

14 Octobre 2019

La dépigmentation est un véritable problème de société et de santé publique. Face au ravage et au coût important en termes d'économie de la santé et du budget des familles qu'elle crève, l'Association internationale d'information sur la dépigmentation artificielle (Aiida) a tenu, le samedi 12 octobre, un forum avec les associations féminines et la société civile afin de sensibiliser sur les conséquences de la dépigmentation.

62%, 58% et 71%, c'est le taux de prévalence de la dépigmentation respectivement à Kaffrine, aux Parcelles Assainies et à Pikine. C'est le Dr Fatimata Ly, la présidente de l'Association internationale d'information sur la dépigmentation artificielle (Aiida), qui a dévoilé ainsi le résultat d'études sur le phénomène.

C'était avanthier, samedi 12 octobre, lors d'un forum que l'Aiida a tenu avec les associations féminines et la société civile afin de sensibiliser sur les conséquences de la dépigmentation.

«Sur le plan national, au Sénégal, des études récentes menées à Kaffrine, aux Parcelles assainies et à Pikine ont retrouvé en population générale des prévalences de 62%, 58% et 71% respectivement», a-t-elle relevé.

Et de rappeler que depuis 1950, date de son apparition, la dépigmentation cosmétique volontaire (DCV) s'est considérablement développée, pour se retrouver pratiquement sur tous les continents avec des fréquences variables.

Elle affecte une partie importante de la population féminine de tous les âges (éduqués, analphabètes, mariés et célibataires).

A en croire le Dr Fatimata Ly, dermatologue, la dépigmentation artificielle, aussi DCV, est une pratique qui consiste à obtenir un éclaircissement de la peau par l'utilisation de produits topiques (application locale) ou injectables. Mais la plupart des produits dépigmentants (PD) sont des médicaments détournés de leur usage.

DIABETE, HYPERTENSION, OBESITE ET CANCERS EN SUSPENS...

Suffisant pour qu'elle alerte par rapport aux problèmes de santé causés par l'usage de produits dépigmentants (PD), notamment des maladies telles que le diabète, l'hypertension, l'obésité et même les cancers. La dépigmentation peut être aussi à l'origine de la maladie des reins, le vieillissement de la peau et la présence des acnés.

Pis, ces complications dermatologiques en zones tropicales sont dominées par les infections fongiques (mycoses superficielles), parasitaires (gale), bactériennes en particulier les dermohypodermites bactériennes (DHB) des membres inferieures pour lesquelles une étude de cas témoins multicentrique menée en Afrique subsaharienne a clairement établi la DCV comme facteur de risque, ajoute Dr Ly.

En outre, la dépigmentation a un impact sur la santé de la reproduction, avec une fréquence élevée des infections génitales chez la femme.

De plus, une accentuation de la pratique est rapportée chez les femmes enceintes et les retards de cicatrisation des plaies opératoires des césariennes et les infections des sites opératoires sont bien connues du personnel médical.

... UN FAIBLE POIDS DE NAISSANCE DES NOUVEAUNES, UN PLACENTA PLUS PETIT

D'ailleurs, selon Dr Ly, le coût économique, la morbidité et la mortalité qu'elle engendre contribuent à son importance sur le plan épidémiologique.

Ainsi, les complications de cette pratique intéressent pratiquement toutes les spécialités médicales et chirurgicales, sans compter l'addiction et le retentissement sur le plan sociologique et sociétal.

Selon Dr Ly, dans une étude menée à Dakar, une fréquence de plus de 60% de la DCV a été rapportée chez les femmes enceintes.

En outre, les auteurs avaient trouvé un lien entre un faible poids de naissance des nouveau-nés, un placenta plus petit et l'utilisation des PD. Tous ces paramètres constituent des marqueurs de susceptibilité aux infections chez le nouveau-né.

IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX

Dr Fatmata Ly n'a pas manqué de relever le caractère nocif de la dépigmentation à l'environnement. L'usage de savon à base de mercure par les pratiquants de la dépigmentation a des impacts environnementaux, explique-t-elle.

Face à ce problème de santé publique que constitue la dépigmentation, elle a insisté sur la nécessité de combattre les produits dont se servent les adeptes de la dépigmentation.

Le docteur Fatmata Ly déplore notamment la vente des produits périmés et très chimiques. Pire, elle s'offusque aussi du fait que des commerces se donnent le droit de «spécialiser» à la dermatologie alors qu'ils n'en n'ont pas les compétences.

La vente des produits chimiques mélangés par des non non-initiés à la dermatologie est aussi une pratique à combattre, soutient la présidente de l'Aiida.

En vue donc de venir à bout du fléau de la dépigmentation, Aiida compte sur l'implication de plusieurs acteurs comme le ministère de la Communication.

Mieux la participation des sociologues et des psychologues est aussi souhaitée car certains usagers de la dépigmentation ont une image péjorative du noir les obligeant à vouloir s'éclaircir la peau, à tout prix.

UN COUT IMPORTANT EN TERMES D'ECONOMIE DE LA SANTE

Et pour un pays à faible revenu comme le Sénégal, toutes ces complications inhérentes à l'usage de produit dépigmentant ont un coût important en termes d'économie de la santé.

C'est ainsi qu'une étude réalisée en 2013, dans un service de Dermatologie à Dakar révélait qu'environ 19% du revenu des ménages était consacré à l'achat de ces produits et à la prise en charge des complications dermatologiques liées à cette pratique.

Ce coût n'avait pas pris en compte les nouveaux produits comme le glutathion beaucoup plus onéreux puisque la somme totale dépensée pour obtenir l'éclaircissement souhaité varie de 250 mille à 450 mille F CFA.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Sénégal

Plus de: Sud Quotidien

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.