Tunisie: Election Kaïs Saïed - Robocop au palais de Carthage

Le candidat indépendant, Kaies Saied, a été élu président de la Tunisie, avec 72,71 % des voix exprimées au second tour de l'élection présidentielle .

On avait moqué son allure ascétique, on s'était gaussé de son élocution monocorde et de ses traits figés qui lui ont valu le sobriquet peu flatteur de « Robocop » (1), on avait raillé son manque de charisme, on l'avait dépeint comme un ovni qui n'avait rien à faire sur le terrain de la politique.

C'est pourtant celui qui passait pour une anomalie parmi les 26 candidats au premier tour de la présidentielle qui va aménager le 30 octobre prochain, date de la prestation de serment, au palais de Carthage.

Kaïs Saïed, arrivé déjà en tête du premier tour de la présidentielle tunisienne avec 18% des voix, a en effet transformé l'essai en se faisant élire au second tour dimanche dernier avec plus de 72.70% des suffrages, selon les résultats officiels de l'ISIE, organe en charge du scrutin, contre moins de 27,29% pour Nabil Karoui.

Un véritable plébiscite, une onction populaire sans ambages du peuple tunisien qui, en élisant ce juriste indépendant de 61 ans, confirme sa volonté de changement et son rejet sans ambiguïté du système politique post Ben Ali.

Après la parenthèse Marzouki, consécutive à la révolution du Jasmin et l'intermède BCE, c'est comme si une seconde révolution soufflait sur le pays de Bourguiba, les fruits de celle du Jasmin n'ayant pas tenu la promesse des fleurs.

Fait suffisamment révélateur pour ne pas être souligné, près de 90% des jeunes ont misé sur le sexagénaire, inconnu du grand public il y a quelques mois de cela.

Le principal enseignement que l'on peut tirer de ce scrutin inédit, c'est que, lorsque l'élection est ouverte et transparente, quand le peuple se met debout, il dispose d'une redoutable arme, le bulletin de vote, pour susciter le changement et essayer d'autres dirigeants.

Si seulement les répliques de ce séisme démocratique qui vient de s'opérer en Tunisie, d'où était parti le Printemps arabe en 2011, pouvaient toucher de nombreux Etats arabo-musulmans en commençant par l'Algérie voisine où la seconde révolution, qui a fini par emporter Abdelaziz Bouteflika, est aujourd'hui l'otage du général Ahmed Gaïd Salah, tout-puissant chef d'état-major général des armées !

Maintenant que le pouvoir est acquis, c'est le plus dur qui commence pour Kaïs Saïed, cet islamo-conservateur qui, pour tout programme, ne semble avoir que sa seule volonté de faire la politique autrement. D'ailleurs, n'a-t-il pas répété durant toute la campagne menée de porte en porte qu'il n'a pas de projet de société pour son pays ?

Tout juste sait-on qu'il est pour la peine de mort et contre l'égalité successorale entre hommes et femmes, même s'il s'est engagé à ne pas revenir sur la liberté et les droits des femmes.

Mais dans l'immédiat, il lui faut une majorité parlementaire pour gouverner. Ce qui n'est pas gagné d'avance au vu de l'état d'émiettement de la prochaine Assemblée nationale : en effet, sur les 217 sièges, Ennahda, arrivé en tête, en glane seulement 52, suivi de Qalb Tounes, parti de Nabil Karoui, avec 38, puis du Courant démocrate avec 22. Le reste étant réparti entre plus d'une quinzaine de listes, dont celle des indépendants qui remportent 12 sièges.

Pourtant il faudra au nouveau président un contrôle du Parlement pour pouvoir mettre en œuvre sa principale promesse électorale, celle d'instaurer, par des Assemblées locales, «une gouvernance inversée».

Une réforme qui doit s'opérer au détriment de l'Assemblée nationale dont le soutien est paradoxalement nécessaire à sa propre mise à mort. Et on voit mal les représentants du peuple se faire harakiri en approuvant pour cela un projet de modification de la Constitution.

S'il est par contre un domaine dans lequel celui qui est réputé pour son intégrité à toute épreuve peut engranger des résultats probants, c'est dans celui de la lutte contre la corruption et la délinquance financière qui valent à son challenger d'être actuellement sous le coup de poursuites judiciaires pour blanchiment d'argent et fraude fiscales.

Et sur ce terrain-là, il faut compter sur lui pour qu'il mérite véritablement son surnom de «Robocop».

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Plus de: L'Observateur Paalga

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