Burkina Faso: Dossier Thomas Sankara - Les regards tournés vers Paris et Abidjan

Le capitaine Thomas Sankara

Il y a 32 ans, le capitaine Thomas Sankara a été assassiné, de même que ses douze compagnons d'infortune. 10 ans après le drame, une plainte a été déposée contre X devenu par la suite Blaise Compaoré dit Jubal, Hyacinthe Kafando et bien d'autres. Mais depuis, la justice se fait attendre.

Le 14 octobre 2019 à Ouagadougou, le Collectif d'avocats constitués aux côtés des ayants droit ont animé une conférence de presse où il a été question de l'évolution du dossier judiciaire.

Me Bénéwendé Sankara l'a dit : « Le dossier suit normalement son cours avec de nouvelles inculpations et le reversement par la France de deux lots de documents déclassifiés ».

Constituerait tout de même un blocus l'attente d'un troisième lot de l'Hexagone auquel il faut ajouter la non-exécution de mandats d'arrêt lancés contre des mis en cause hors du pays, dont «Jubal » en exil en Côte d'Ivoire.

C'est le moins étonnant, une importante mobilisation de journalistes à une conférence de presse où il est question du dossier Thomas Sankara, d'autant que trente-deux ans après l'assassinat du père de la révolution burkinabè et de ses 12 compagnons d'infortune, nombreux sont ceux qui attendent encore le fin mot du long feuilleton judiciaire.

Bien qu'il reste quelques verrous à sauter, le dossier suit normalement son cours : ainsi peut se résumer l'évolution du dossier à la date du 14 octobre 2019, à en croire le Collectif des avocats constitués aux côtés des ayants droit des treize victimes.

Ils étaient cinq à répondre aux questions des journalistes : Maîtres Julien Lalogo, Prosper Farama, Ambroise Farama, Jean-Patrice Yaméogo et Bénéwendé Stanislas Sankara, principal tenant du crachoir.

Se sont retrouvées parmi les hommes de médias des personnalités politiques au nombre desquelles le président par intérim du Mouvement du peuple pour le progrès, Simon Compaoré.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il a fallu rendre hommage à un avocat qui a joué un rôle clé dans l'affaire mais qui ne verra pas son épilogue puisque décédé fin juillet dernier.

« Me Dieudonné N'kounkou que nous pleurons aujourd'hui et qui n'est pas un inconnu du public burkinabè est celui-là même qui a osé, dans un contexte de terreur politique au Burkina, accepter se constituer pour la famille de Thomas Sankara en portant plainte devant le doyen des juges d'instruction près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou par lettre du 29 septembre 1997 », a confié Me Sankara avant l'observation d'une minute de silence.

Il y a donc vingt-deux ans, a poursuivi l'avocat et homme politique, qu'une plainte contre X a été déposée pour assassinat du président du Conseil national de la révolution (CNR). Depuis lors, « le dossier a connu toutes les péripéties et bizarreries les plus monstrueuses pour enfin se retrouver devant le doyen des juges d'instruction du Tribunal militaire de Ouagadougou ».

Clôturer l'instruction au plus tard fin 2020

Où en est-on avec l'affaire ? Elle a connu « une évolution notable avec de nouvelles inculpations et avec le reversement par la France de deux lots de documents déclassifiés», répond Me Sankara, tout en reconnaissant que des obstacles demeurent.

Un troisième lot, par exemple, est toujours attendu de l'Hexagone ; à cela il faut ajouter la non-exécution par la République de Côte d'Ivoire de mandats d'arrêt émis contre Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, tous deux faisant l'objet d'une procédure d'extradition depuis mars 2016. Bref, « le dossier Thomas Sankara est compliqué », s'est résumé Me Bénéwendé Sankara, reprenant le refrain de l'historique Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques (CODMP/PP). Mais l'espoir est permis, dit-il, « nous osons espérer que 2020 verra la clôture de l'instruction pour nous permettre d'aller à l'étape du jugement ».

« La France a intérêt à transmettre le troisième lot »

Parmi une centaine de personnes entendues jusque-là, une vingtaine est inculpée. Pour que les blocus soient levés, le Collectif, constitué d'avocats du Burkina, de la France et du Canada, demande au juge de « tout faire pour l'exécution des différents mandats émis ».

Quant à la transmission du lot de documents par la France, Me Prosper Farama a estimé qu'il est dans l'intérêt de l'Etat en question de le faire, quand bien même cette banque de données ne déterminerait pas forcément l'issue de la procédure. Car, dit-il, une bonne partie des citoyens à travers le monde présume de l'implication de France dans la commission du crime.

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