Burkina Faso: Thomas Sankara - Un rêve brisé

Le capitaine Thomas Sankara
15 Octobre 2019

Assassiné, le 15 octobre 1987. Trente-deux ans après sa disparition tragique, son rêve d'émancipation des peuples burkinabè et africains n'est pas encore une réalité.

Charismatique, anticolonialiste et panafricaniste, le capitaine Thomas Sankara refusait de voir l'Afrique être confinée dans le rôle d'«arrière-monde d'un Occident repu». Malheureusement, le 15 octobre 1987, aux environs de 16 h 30 au Conseil de l'Entente à Ouagadougou, cette expérience révolutionnaire «exaltante» s'achèvera sous le crépitement des kalachnikovs.

Le père de la Révolution burkinabè était assassiné avec douze de ses compagnons par un commando. Un nom venait de s'ajouter à la longue liste des révolutionnaires africains éliminés avec la complicité des puissances occidentales : Patrice Lumumba au Congo, Amilcar Cabral en Guinée-Bissau et au Cap-Vert, Ruben Um Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié au Cameroun, Mehdi Ben Barka au Maroc, etc.

Son assassinat a bouleversé tout un continent, brisant l'espoir d'émancipation auquel il avait su donner corps depuis le Burkina Faso, le pays des Hommes intègres. En effet, dès son accession au pouvoir le 4 août 1983, il appelle aussitôt la population à former des Comités de défense de la révolution (CDR).

C'est le début de la Révolution burkinabè, nourrie par un profond désir d'indépendance. Féministe convaincu, écologiste avant l'heure, anti-impérialiste, Thomas Sankara est également épris de paix et de justice sociale.

En l'espace de quatre années, il parvient à faire accéder un pays du Sahel à l'autosuffisance alimentaire. Très lié au monde rural, il n'hésite pas à s'en prendre frontalement aux féodalités.

Les objectifs du jeune capitaine sont on ne peut plus clairs : «Libérer nos campagnes d'un immobilisme moyenâgeux ou d'une régression, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l'avenir.

Briser et reconstruire l'administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler que, sans formation patriotique, un militaire n'est qu'un criminel en puissance».

Il se montre, en outre, critique vis-à-vis de la dette qui maintient les pays africains dans une position d'assujettissement aux ex-métropoles.

Sankara veut guérir son pays de la dépendance aux «aides» extérieures. De nouveaux circuits de distribution sont ainsi créés pour favoriser les productions locales et les fonctionnaires sont priés de s'habiller en Faso Dan Fani.

Envoyer des Burkinabè sur la lune

Dans les domaines de l'éducation, de l'environnement, de l'agriculture, de la réforme de l'Etat, de la culture, de la libération des femmes, de la responsabilisation de la jeunesse, les programmes se succèdent à un rythme effréné, suscitant parfois des dissensions avec les syndicats et jusque dans le camp révolutionnaire.

Sur la scène internationale, l'homme s'impose très vite comme une grande voix du continent africain et, au-delà, des peuples opprimés ou maintenus sous tutelle. En 1986, lors d'une visite du président français, François Mitterrand, à Ouagadougou, il critiquera, en effet, devant les caméras, les complaisances de ce dernier avec le régime d'apartheid en Afrique du Sud.

La Françafrique touchée en plein cœur voit sa mainmise en Afrique de l'Ouest menacée. Les réseaux françafricains sont-ils impliqués dans l'élimination physique de Thomas Sankara ?

Une chose est sûre, trente-deux années après son assassinat, à l'heure où les puissances occidentales resserrent leur emprise politique, économique et militaire sur le continent pour perpétuer son pillage, son combat reste plus que d'actualité, c'est-à-dire parachever la décolonisation pour permettre aux Africains de conquérir leurs droits au progrès et à liberté.

Visionnaire, ambitieux, «Thom Sank», comme on l'appelait affectueusement, visait la lune, au propre comme au figuré. Une année avant sa disparition, à l'occasion d'une visite officielle en Union soviétique, il est invité à la Cité des étoiles où sont formés et entraînés les cosmonautes. La découverte d'une capsule Soyouz, des stations Saliout et Mir lui font grande impression.

« J'ai dit non, ce n'est pas tout camarade, je voudrais vous demander une chose... Deux places. Il faut que vous prévoyiez deux places pour former des Burkinabè. Nous aussi, nous voulons aller sur la lune. On veut aller là-bas !

Et nous sommes sérieux. Nous voulons envoyer des gens sur la lune », racontera-t-il plus tard. C'est son idéalisme qui l'a perdu, d'aucuns disaient, regrette Alouna Traoré, le seul rescapé de la tuerie du 15 octobre, pour qui c'était un rêveur.

Le rêve de Thomas Sankara, et sans doute celui de millions d'Africains et de Burkinabè, a-t-il pris fin le jour de son assassinat? Rien n'est moins sûr.

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Plus de: Sidwaya

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