Guinée: Le bilan de la manifestation réprimée dans la sang du FNDC s'alourdit - Au moins 5 morts et des dizaines de blessés

16 Octobre 2019

Au moins 5 morts et des dizaines de blessés, c'est le bilan des violentes manifestations contre la réforme constitutionnelle qui pourrait permettre au président Alpha Condé de briguer un 3e mandat en 2020 en Guinée avant-hier, lundi 14 octobre 2019. Alors que le gouvernement parle de 2 décès, un jeune et un gendarme, les organisateurs déploraient déjà 4 morts, lundi soir.

5 morts au moins et des dizaines de blessés, c'est le bilan provisoire (qui s'est alourdi hier) de la première journée de manifestations avant-hier, lundi 14 octobre, contre un potentiel 3e mandat du président Alpha Condé que cacherait la réforme constitutionnelle annoncé en Guinée. Dans un communiqué rendu public lundi, le gouvernement a évoqué un bilan de 2 morts, un jeune et un gendarme.

Et le Général Boureima Condé, ministre guinéen de l'Administration territoriale qui avait prévenu les manifestants que «le gouvernement guinéen met en garde tous les fauteurs de troubles», a confié à RFI que le «gendarme a été froidement abattu».

Mais les chiffres parvenus à RFI étaient plus importants et faisaient état de 4 morts, selon le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), des sources médicales, des observateurs et les proches des victimes. Il y a eu également des dizaines de blessés et un très grand nombre d'arrestations, dont le chanteur Elie Kamano.

Un policier a aussi été passé à tabac et au moins «trois» postes avancés qui regroupent militaires, gendarmes et policiers ont été saccagés. Ce qui a fait de ce lundi une journée particulièrement violente pour un tout premier appel à manifester contre un éventuel 3e mandat du président Alpha Condé.

DES ARRESTATIONS POUR «TROUBLE A L'ORDRE PUBLIC, PROPOS INCITATIFS A LA REVOLTE ET A L'INSURRECTION», 48H AVANT

Tout est parti d'un appel à manifester du FNDC, qui regroupe les principales organisations de la société civile et de l'opposition, à l'issue de sa réunion du lundi 7 octobre.

Et, à 48 heures de l'évènement, le samedi 12 octobre au soir, une demi-douzaine de dirigeants du FNDC ont été interpellés par des membres des Forces de l'ordre cagoulés au domicile de leur coordinateur, Abdourahmane Sanoh, alors qu'ils se préparaient à donner une conférence de presse pour détailler les modalités de la mobilisation prévue lundi, selon l'opposition.

Abdourahmane Sanoh et ses compagnons sont accusés par la Police de «trouble à l'ordre public, de propos incitatifs à la révolte et à l'insurrection», ce qu'ils ont systématiquement rejeté, selon leur conseil, maître Salifou Béavogui.

«Jamais une manifestation n'avait paralysé autant la ville de Conakry. La population est résolue à mener ce combat jusqu'à la victoire», s'est réjoui Oumar Sylla alias Foniké Menguê, coordonnateur par intérim du FNDC dont la manifestation a été réprimée dans le sang.

CELLOU DALEIN DIALLO ET SIDYA TOURE CONFINES CHEZ EUX

Toutefois, les principaux leaders du FNDC, qui avaient appelé à manifester, ainsi qu'une dizaine de membres de l'UFR, la troisième force politique du pays, toujours en détention, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré ont été confinés à leurs domiciles pour ne pas y participer. Ils ont réagi à travers twitter aux échauffourées.

«Suite à la répression sanglante de la manifestation du @FNDC_Gn par le régime, la #Guinée est endeuillée par les décès et blessures de manifestants. Toutes mes condoléances.

Le monde entier doit condamner cette inacceptable violence et ceux qui la perpétuent en toute impunité !», a écrit le leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, qui a longtemps accusé Alpha Condé d'utiliser «trois instruments pour arriver à ses fins: c'est l'intimidation, la répression et la corruption.

Des sommes d'argent sont déversées partout à l'intérieur pour acheter les leaders d'opinion, les élus afin qu'ils soutiennent cette affaire de troisième mandat», a dénoncé l'opposant sur BBCAfrique.

Quant au président de l'Union des Forces Républicaines (UFR), Sidya Touré, il s'est dit déterminé à faire barrage au projet de révision constitutionnelle.

«Notre combat contre le 3e mandat est juste et salvateur pour la Guinée. Alors continuons la mobilisation citoyenne. Ne nous laissons pas distraire par un quelconque dialogue car le peuple s'est clairement exprimé hier malgré les brutalités policières».

Et l'ancien Premier ministre de poursuivre: «je demande aux Guinéens de continuer à manifester, et à bloquer les voies jusqu'à ce que ce pouvoir comprenne qu'on ne nous imposera pas une dictature par la force», a-t-il déclaré.

APPEL A LA LIBERATION DE SES DIRIGEANTS ARRETES DEPUIS SAMEDI

Le FNDC a appelé à de nouvelles manifestations, hier mardi, au lendemain d'une première journée de mobilisation sanglante.

Non sans dénoncer «la répression sanglante» de la contestation, les «dérives autoritaires» du pouvoir et réclamer la libération de ses dirigeants arrêtés depuis samedi.

Aussi le FNDC a-t-il accusé le gouvernement, hier mardi, sur les réseaux sociaux, de préparer la dissolution, «dans les jours à venir, de toutes les organisations de la société civile» opposées à un changement de la Constitution, rapporte BBC.

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