Ile Maurice: Appartenance communautaire, symbole, parti... ces «raisons» qui conditionnent le choix de l'électeur

Le 7 novembre, 941 719 citoyens seront appelés aux urnes. Sur quoi se basent-ils pour voter ? Certains sont-ils indécis ? Quel est le poids du manifeste électoral des partis sur leur choix ? Explications.

«Je vais voter pour la première fois cette année. Je suis confus, mais c'est le devoir de tout citoyen. Il faudra respecter la couleur et le parti de ma famille. Personnellement, cela dépend du leader du parti et des projets mis en œuvre pour le pays», déclare Manish, jeune dans la vingtaine.

De son côté, Sameerah, 65 ans, également fidélisée au traditionnel parti familial, fixera son choix à la tête du... candidat : «Déjà, plusieurs ne m'inspirent pas confiance. Qu'ont-ils fait pour nous ? Que vont-ils faire d'ailleurs ? Mon choix se basera sur leur performance.»

Comment l'électorat mauricien vote-t-il ? Selon Dev Virahsawmy, poète, linguiste et politicien, un des critères est l'appartenance communautaire du candidat, identique à la sienne. «Il se peut aussi que l'électeur ait une adhésion au parti. Il faut qu'il soit rassuré que sa communauté sera représentée, notamment à travers des candidats de diverses castes.» C'est d'ailleurs là que les groupes communautaires, activistes et partisans peuvent influencer les votants.

Symboles

Deuxièmement, les électeurs votent pour les symboles à défaut de savoir lire les noms. Dev Virahsawmy classifie plus de 20 % de l'électorat comme tel : «Sur 25 000 élèves entrant au secondaire, seuls 5 000 réussissent au Higher School Certificate. Ces 20 % sont literate et seront fonctionnaires, avocats, médecins, etc., soit la crème de la crème. Ces derniers déchiffreront le bulletin de vote.»

Un ancien député désigne d'autres catégories de votants, comme les inconditionnels des partis, qu'on surnomme die-hards. D'autres votent pour les candidats qu'ils connaissent, précise-t-il. En revanche, très peu votent en fonction du manifeste proposé par les partis. Pourquoi ? «Je crois qu'ils ne prennent même pas le temps de lire le programme», souligne-t-il.

Votes fanés

Les électeurs sont-ils indécis ? Selon notre interlocuteur, quand ils entrent dans le bureau de vote, les Mauriciens ont déjà fait leur choix. Toutefois, il faut compter avec l'abstention. Par exemple, en 2014, le taux était de 25,89 %. «Habituellement, cela tourne autour de 10 %. Ce sont les circonstances des élections qui déterminent le taux d'abstention. À l'exemple d'un fort enjeu aux yeux des électeurs, comme l'indépendance aux élections de 1967, ou en 1982 où les gens en avaient assez du régime de Ramgoolam, la cassure du gouvernement en 1983, etc.» Il estime qu'en 2014, beaucoup d'inconditionnels du Parti travailliste (PTr) et du Mouvement militant mauricien (MMM) se sont abstenus car ils n'étaient pas d'accord avec l'alliance entre ces deux partis.

Quid des votes éparpillés, dits fanés ? Les Mauriciens votent-ils plutôt en bloc ? D'après Dev Virahsawmy, le vote fané peut se produire si, par exemple, l'électeur n'aime pas un candidat ou souhaite voter pour les femmes ou autres catégories. Mais cette proportion est faible. L'ancien député le confirme d'ailleurs : «Les Mauriciens votent davantage en bloc. C'est la tradition. Ils choisissent les symboles. Les votes fanés ne créent pas de grand écart dans les résultats et n'avoisinent qu'une centaine de voix.»

Témoignage de Dev Virahsawmy symboles: les origines du cœur au soleil

«En 1970, j'étais candidat du MMM pour une partielle. Il fallait choisir un symbole sur une liste préétablie. On n'avait pas le droit d'en dessiner ou d'en proposer un pour une partielle. Il y avait la bougie, le robinet, etc. Puis, j'y ai vu le cœur. Comme je suis romantique et que c'est un symbole urbain, je me suis senti interpellé. Le rouge étant pris par le PTr, on a choisi une nuance proche, d'où le mauve. J'ai été élu et le cœur a perduré au fil du temps. En 1973, j'ai quitté le MMM et fondé le Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP). Aux élections générales de 1976, j'ai dessiné le soleil comme symbole pour mon parti. Pour les Hindous, c'est synonyme de la vie. Hélas, on a perdu mais on a poursuivi des activités culturelles et de presse jusqu'aux années 1980. Puis, on a dissous le parti. La majorité est retournée au MMM. Je me suis concentré alors plus sur mon travail d'écrivain et de linguiste. En 1983, à la création du MSM, avec Sir Anerood Jugnauth, on a opté pour le soleil qui est toujours là aujourd'hui.»

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