Maroc: Grâce royale pour Hajar Raissouni - Quand M6 absout la « pécheresse du Royaume »

Hajar Raissouni, journaliste.

Allah soit loué ! Le roi Mohamed VI a gracié Hajar Raissouni. Journaliste de son état, celle qui, aux yeux de l'opinion marocaine, passait pour une pécheresse avait été condamnée le 30 septembre dernier à un an de prison ferme pour «avortement illégal» et «relations sexuelles hors mariage».

Et pour ôter toute envie à toute autre personne de soutenir une éventuelle autre pécheresse dans ce genre d'exercice qui se révèle bien périlleux, son gynécologue avait écopé de deux ans de prison ferme, son fiancé d'un an ferme, un anesthésiste d'un an de prison avec sursis et une secrétaire de huit mois avec sursis.

Un an ferme pour un petit coup, il faut reconnaître que c'était plutôt cher payé. Et on ne peut que rendre grâce au souverain chérifien pour cette ... grâce royale, qui intervient à seulement quelque deux semaines après la condamnation.

Il faut dire que le procès, puis la condamnation de la pauvre Raissouni passaient mal, non seulement dans son propre pays, réputé beaucoup plus ouvert que de nombreuses nations arabo-musulmanes, mais aussi à travers le monde.

On a beau dire que la procédure était conforme à la législation en vigueur, tant de bruit pour quelques gouttes d'une précieuse semence faisait tache dans une vitrine de modernité.

De ce point de vue, on ne peut qu'apprécier à sa juste valeur cette clémence royale, qui arrive comme un cadeau royal, puisque le monarque a fêté le 30 juillet dernier le 20e anniversaire de son accession au trône.

C'est peut-être un grand virage sociétal qui est ainsi pris dans un pays où, quand même, les désirs du roi sont censés être des ordres ! Même si on est peut-être encore loin de l'abrogation pure et simple de cette loi d'un autre âge.

En effet, entre le puritanisme à tous crins des dispositions législatives et la réalité qui se passe entre quatre murs, il y a tout un monde fait d'hypocrisie et de faux-semblants.

Cela dit, grâce pour grâce, avec cette décision royale, devrait-on en toute logique voir à l'avenir des femmes et des hommes condamnés au nom de l'article 490 du Code pénal marocain ?

Si Raissouni a pu s'extirper très rapidement des geôles royales, c'est d'abord au regard de son statut de journaliste de surcroît engagée qui a d'ailleurs donné le sentiment qu'il s'agissait d'un règlement de compte politique derrière le paravent des bonnes mœurs.

En toute logique donc, toutes celles et tous ceux qui avaient été embastillés pour pareils motifs, de la pauvre bergère de l'atlas marocain à la vendeuse à la sauvette de la Médina de Casablanca, devraient recouvrer la liberté.

En attendant, cette posture christique de M6 rappelle l'histoire d'une autre pécheresse antique, surprise en flagrant délit d'adultère et qui devait mourir sous les jets de pierres, mais qui a été sauvée par Jésus, lequel a lancé la célèbre formule suivante aux accusateurs : « Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre ».

M6 semble donc dire aux procureurs : «Que celui qui n'a jamais eu des rapports intimes hors mariage lui jette la première pierre ».

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Plus de: L'Observateur Paalga

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