Cameroun: « Il faut diversifier davantage l'économie »

interview

L'éclairage de Ariel Ngnitedem, économiste.

La Banque mondiale vient d'octroyer plus de 117 milliards de F au Cameroun pour le financement de la consolidation budgétaire et la croissance inclusive. Quel peut être l'apport de ces fonds dans les efforts du gouvernement pour rendre l'économie nationale plus productive ?

C'est déjà une bonne nouvelle de savoir que la Banque mondiale soutient le Cameroun dans son effort d'amélioration et de stabilisation de son économie. Dans le cadre du Programme économique et financier que le Cameroun a signé avec le Fonds monétaire international (FMI), c'est une suite logique de la bonne tenue du Cameroun. Parce que justement, ce programme a été mis en place pour résorber le déficit budgétaire qui était devenu inquiétant. Pour résorber le déficit de la balance commerciale, et aussi pour renflouer le compte de réserves des importations qui s'était détérioré de manière drastique. C'est cela qui a amené le FMI à conseiller au Cameroun de signer ce programme, de concert avec les Etats membres de la Cemac. On attend donc que cet argent soit utilisé pour diversifier davantage l'économie nationale et renforcer sa résilience. On se souvient que le rapport de l'agence Moody's a récemment classé le Cameroun deuxième en Afrique après la Côte d'Ivoire au rang des pays qui pourraient être plus résilients face à une conjoncture extérieure plus difficile. Jusqu'ici les réformes engagées semblent se focaliser sur la résilience de l'économie.

Qu'est-ce qu'on peut faire pour que le Cameroun décolle véritablement pour atteindre les objectifs de croissance et d'émergence fixés par le gouvernement ?

Il faut dire que la résilience est relative. L'économie camerounaise est connue comme étant résiliente, mais c'est relativement aux pays de la sous-région. Pour amener le Cameroun à atteindre son émergence, il va falloir agir sur la structuration de l'économie. L'Etat doit assumer les trois fonctions économiques prescrites par Moslev, économiste américain, à savoir : l'allocation, la distribution et la stabilisation. L'allocation des ressources ici veut que l'Etat dépense non seulement pour faire fonctionner l'administration mais aussi pour acquérir des biens collectifs, biens publics et des services collectifs notamment les routes, les infrastructures de base dont, l'eau potable, l'énergie électrique et les télécommunications. C'est des prérequis pour une croissance économique inclusive. Il y a un déficit de routes au Cameroun. Il faut densifier le réseau non seulement en reliant les grandes métropoles entre elles par les autoroutes mais aussi en renforçant la mobilité urbaine et interurbaine pour relier les centres de production et les centres de consommation de manière à permettre d'évacuer les biens et produits. Pour ce qui est de la stabilisation, il est question pour l'Etat de s'assurer d'une répartition équitable des richesses produites par l'économie. On voit bien que c'est cela qui pose problème avec les remous socio-politiques qu'on connait dans le pays. Pour y parvenir, il faut améliorer la gouvernance.

Mais l'Etat a engagé un certain nombre de réformes. Quelle appréciation en faites-vous ?

Ces réformes sont plutôt mitigées de mon point de vue. Il faut réduire le déficit budgétaire et équilibrer la balance commerciale. On importe ce qui doit être produit sur place, notamment le riz et le maïs. On doit renforcer les capacités de production de la Semry. Il faut aller vers l'amélioration des chaînes de valeurs parce que c'est dans ce domaine qu'il y a de la valeur ajoutée.

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