Maroc: D'une "femme encagée" à une "femme engagée", l'écrivaine Fatiha Saidi se raconte

D'une "femme encagée" à une "femme engagée", c'est ainsi que l'écrivaine et ancienne députée belgo-marocaine Fatiha Saidi décrit son parcours dans son dernier roman autobiographique dénonçant la pratique du mariage forcé au nom de la tradition.

Intitulé "Les liens forcés du mariage : la mécanique insidieuse des mariages forcés", le livre a été présenté mardi soir à la maison des cultures maroco-flamande "Darna" à Bruxelles, lors d'une rencontre co-organisée avec l'ambassade du Maroc en Belgique, en présence de l'ambassadeur Mohamed Ameur.

Dans cet ouvrage, la Belgo-marocaine livre un témoignage poignant sur sa propre expérience en tant que victime d'un mariage forcé, coincée entre deux cultures, et son combat pour sortir du piège dans lequel elle s'était renfermée jeune sous la pression familiale, faute d'une parfaite connaissance de sa culture d'origine. "Ni la religion musulmane, ni la tradition marocaine ne disent qu'il faut marier de force les femmes", a insisté Fatiha Saidi qui se livrait volontiers au jeu de questions-réponses avec la thérapeute belge en développement personnel, Deborah Corten, en guise de présentation de l'ouvrage.

A travers le personnage d'Amal - elle a dû changer de prénom pour les besoins de l'écriture romanesque-celle devenue désormais une grande figure de la défense des droits humains et de la lutte contre la discrimination en Belgique essayait de comprendre, en ayant assez de recul (40 ans après), la "mécanique insidieuse" du mariage forcé, subi certes par la jeune fille issue de l'immigration dans les années 70, mais qui continue aujourd'hui sous d'autres facettes, y compris sous l'étiquette de mariage arrangé. "On a tendance à masquer le mariage forcé en parlant de mariage arrangé. Or là aussi il peut y avoir absence d'accord de la future épouse, et même parfois celui de l'homme qui pourrait aussi subir un tel mariage", a affirmé l'écrivaine qui considère que priver la femme de sa liberté, du droit de choisir, de vivre sa vie et de concrétiser ses rêves, est "une atteinte flagrante aux droits humains".

Comme la protagoniste, prise dans le piège du mariage forcé à l'âge de 18 ans, Fatiha Saidi avait vu ses rêves de faire des études supérieures brisés par des traditions archaïques qu'elle désapprouve, avant de pouvoir reprendre sa vie en main au prix d'un long combat, et surtout d'un long chemin d'apprentissage qui lui a permis de forger son identité. Elle explique sa résignation en acceptant le mariage à l'époque, épuisée par des manipulations familiales incessantes et culpabilisantes, autant par sa méconnaissance de sa culture d'origine que par le manque de solidarité d'une gent féminine tout aussi résignée, qui l'aurait "trahie".

C'est ce qui l'amène à "plaider très fort pour le savoir". "Lorsque l'on est issue d'une double culture, la connaissance de la culture d'origine est essentielle", dit-elle. Mais c'est sur une note d'espoir que Fatiha Saidi préfère terminer son récit. "Au Maroc comme en Belgique, les choses évoluent, mais la lutte continue, comme partout dans le monde, pour des sociétés plus égalitaires", assure-t-elle en militante engagée jusqu'au bout et fière de sa double identité, "source d'enrichissement".

L'échange a été ponctué de lectures d'extraits bouleversants de son ouvrage, devant une audience émue composée notamment de membres de la communauté marocaine, ainsi que de personnalités belges de multiples horizons.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Libération

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.