Sénégal: Ayi Kwei Armah - "La plupart des intellectuels africains sont formés pour chercher leur bonheur personnel"

Le philosophe et journaliste ghanéen Ayi Kwei Armah relève dans une interview publiée par le quotidien sénégalais EnQuête "la logique de survie" qui guide "la plupart des intellectuels africains" formés pour ne chercher que leur "bonheur personnel".

"La majorité des intellectuels africains sont formés pour chercher leur bonheur personnel. Ils sont dans une logique de survie", déclare-t-il dans l'interview parue dans la livraison du journal pour ce week - end.

Ayi Kwei Armah, également sociologue, est l'auteur de "L'âge d'or n'est pas pour demain", une traduction de son premier romain en anglais paru en 1968, sous le titre "The Beautyful Ones Are Not Yet Born" (Editions Houghton Mifflin).

"Ils (la plupart des intellectuels africains, Ndlr) regardent le monde et voient l'injustice ambiante.  Ils décident de ne pas la combattre, préférant se faire les amis des riches et des hommes qui ont le pouvoir. Ce sont des opportunistes qui se donnent de bonnes raisons de ne pas essayer de changer le système", soutient-il.

"En Afrique, nous n'avons pas de personnes qui vouent leur vie à la cause africaine", dit Ayi Kwei Armah pour parler de la "thèse" qu'il s'est employé à défendre dans le roman "L'âge d'or n'est pas pour demain".

La preuve, poursuit-il, "des pans entiers de catégories corrompues, des politiciens (... ) prennent des ressources de tout un continent pour les brader aux étrangers afin de s'enrichir".

L'écrivain ghanéen, qui séjourne à Dakar pour la présentation de son dernier livre "Les enseignements de Ptahhotep", reconnaît toutefois qu"'il y a des Africains porteurs de changement".

"Patrice Lumumba et d'autres étaient de ceux-là", ajoute-t-il, parlant du Premier ministre congolais assassiné au début de l'indépendance de son pays, l'ancien Congo-Belge devenu Zaïre et, aujourd'hui, République démocratique du Congo.

Parlant encore d'engagement politique, Ayi Kwei Armah ajoute : "Pour avoir des révolutionnaires, il faut des hommes informés de la nécessité de se battre. [Mais] rien ne garantit que les gens bien informés soient prêts à s'engager."

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