Sénégal: Moussa Diaw - «Macky Sall a aujourd'hui les cartes entre ses mains»

21 Octobre 2019

Une opposition désorganisée et absente avec des leaders aphones ; Ousmane Sonko esseulé ; Khalifa Sall qui perd de sa force de mobilisation à cause de sa longue absence ; et enfin un président Macky Sall maitre du jeu politique.

C'est en substance l'analyse faite de la sphère politique actuelle par l'Enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger (Ugb) de Saint Louis, Moussa Diaw, lors de l'émission Objection de la radio Sud Fm d'hier, dimanche 20 octobre.

Les retrouvailles entre l'ancien président Me Abdoulaye Wade et son successeur Macky Sall, ainsi que la libération par grâce présidentielle de l'ancien maire de la ville de Dakar, Khalifa Sall sans oublier l'affaire des 94 milliards soulevée par le leader de Pastef/Les Patriotes, Ousmane Sonko, sont autant d'éléments qui ont forcément contribué à la reconfiguration politique actuelle. Invité à l'émission Objection de la radio privée Sud Fm d'hier, dimanche 20 octobre, l'Enseignant-chercheur à l'Ugb, Moussa Diaw, fait une lecture de la sphère politique actuelle.

L'enseignant-chercheur reste persuadé que l'ensemble de ces facteurs fait «qu'on va redessiner le pourtour de l'espace politique sénégalais».

Tout d'abord, il estime que le rapprochement entre «éléments du même système», notamment celui entre le Pds et la majorité présidentielle, montre que le président Macky Sall mène la danse et qu'il maitrise l'espace politique.

A son avis, «le président Macky Sall a aujourd'hui les cartes entre ses mains, c'est lui qui défait, c'est lui qui consolide, c'est lui qui mène les orientations et maitrise l'espace politique sénégalais, les enjeux, les stratégies qui sont développés par les uns et les autres».

Allant même plus loin, M. Diaw d'affirmer que le président Sall «connait bien la faiblesse des uns et des autres, notamment les anciens. Je pense entre autres à Idrissa Seck, à Malick Gakou».

Pour lui, ces derniers se rapprochent davantage de la majorité présidentielle. Poursuivant avec l'opposition actuelle, le Professeur à l'Ugb de Saint-Louis pense qu'elle est quasi-inexistante ou bien même si elle existe, elle est «fragmentée».

Il fait constater, d'une part, que «certains leaders qui ne sont plus audibles, qui ont pris leur distance et qui attendent peut être un jour meilleur, qui sont habitués à des rebondissements, qui interviennent quand il y a des élections, qui sont oubliés parce que les citoyens ne leur font plus confiance de par leur position politique». De l'autre côté, il note «une nouvelle élite politique jeune, je pense entre autres à Sonko».

Toutefois, M. Diaw est d'avis que le leader de Pastef/Les patriotes est «seul». Il considère ainsi «qu'il n'y a que Sonko qui se bat tout seul».

Par conséquent, il pense que Sonko «risque gros», d'autant plus qu'il va avoir des démêlés avec la justice au moment où l'opposition n'est pas en «bloc». Donc «rien ne le protège», en déduit-il.

Quid alors de Khalifa Sall élargi de prison par grâce présidentielle ? Sur le cas de l'ancien maire de la ville de Dakar, Moussa Diaw reconnait qu'il est en train de développer une stratégie de «reconquête en douceur». Sera-t-elle payante ?

L'enseignant-chercheur n'en est pas si certain car, pour lui, le leader de "Taxawu Senegaal" «a perdu de sa vivacité, de sa capacité de mobilisation». Ce qu'il trouve par contre normal dans la mesure où, selon lui, «si vous n'êtes pas présent et actif sur le terrain, on vous oublie».

Pour autant, il considère que le défi que doit relever Khalifa Sall, c'est son rebondissement. Il doit mener, selon le professeur, une politique de proximité auprès de certains leaders.

POSSIBLE ALLIANCE ENTRE OUSMANE SONKO ET KHALIFA SALL MOUSSA DIAW RELATIVISE

«C'est possible, rien n'est impossible dans cet espace là où il y a des rivalités surtout des leaders. Il peut y avoir d'alliance entre Sonko et Khalifa Sall. Ça dépend de leur conception des rapprochements qu'ils pourraient y avoir en fonction des programmes des uns et des autres.

Mais, ce sont des personnalités qui peuvent s'associer pour développer une stratégie commune, comme ça ils pourront peser dans l'échiquier politique sénégalais. Parce que la dispersion ne fait que fragiliser l'opposition.

Actuellement, c'est un vide, c'est comme s'il n'y avait pas d'opposition. Sonko est seul, aujourd'hui, il va avoir des démêlés avec la justice. Rien ne le protège. L'opposition n'est pas en bloc, elle est apparemment dispersée.

Elle a du mal à se reconstruire, à constituer un bloc avec une politique lisible qui va dans le sens des Sénégalais. Malheureusement, les Sénégalais attendent et observent à distance le jeu qui est en train de se faire au niveau de l'espace politique sénégalais.

C'est dommage, il n'y a plus une opposition responsable, organisée, qui intervient dans les débats contradictoires. C'est ça qui fait la faiblesse de la démocratie sénégalaise».

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