Ile Maurice: Circonscription n°9 - Drogue - dure réalité

«Nou pou kas lérin bann trafikan», avait déclaré Pravind Jugnauth. Des saisies records de drogue au port et à l'aéroport, arrestation de nombreux trafiquants, des campagnes de sensibilisation au niveau régional et national... Malgré tout cela, la drogue reste une préoccupation majeure pour de nombreux Mauriciens. Dans la circonscription n°9 (Flacq-Bon-Accueil), c'est l'un des principaux problèmes évoqués par les électeurs interrogés.

Adossé au mur du conseil de district, Miguel Latchou, 25 ans, regarde les passants. Tout en discutant avec un ami. D'emblée, il confie qu'il manque dans la région des activités pour les jeunes. «Bizin éna bann sant pou bann zénes, pou dimé zot pa tom dan ladrog. Sa enn gro problem isi. Ladrog partou, moem mo enn viktim dépi bien zenn, mo anvi sorti dépi ladan. Mo tia kontan si ti met enn bann program pou rélev bann zenn, pa les zot tom ladan.»

Le cas de Miguel Latchou n'est pas isolé. De nombreuses personnes interrogées tiennent le même discours. «La situation concernant la drogue est catastrophique», «Mes deux fils sont des usagers de drogue et j'ai perdu un enfant à cause de ce fléau en début d'année», «Pa kapav met lipié dan twalet piblik nek sering to trouvé, bann drogerla vinn piké ladan... » Un phénomène inquiétant qui se propage rapidement dans la région. Comment faire pour y mettre fin ?

Ce n'est pas avec les méthodes actuelles que l'utilisation de la drogue sera freinée. «Pa fasil pou konpran mindset enn droger. Tro boukou kitsoz pas dan so latet.» Sam Roussety, un marchand de rue, également usager de drogue, n'arrive pas à sortir de cet enfer. Il nous raconte qu'il a goûté à l'héroïne alors qu'il n'avait que 17 ans, en voyage en Australie à la suite d'une enfance marquée par des traumatismes. À son retour à Maurice, la situation s'est empirée. Et il s'est retrouvé quelque temps en prison. Ses tentatives de se débarrasser de son addiction ont été vaines.

Réhabilitation

«Kan mo'nn rétourn Moris, pa ti éna fami, mo ti tousel. Mo ti déza dan ladrog é pou gagn mo doz, mo'nn komet bann déli. Lerla mem mo al fer prizon, pa gagn kosion parski péna ladres fix.» En prison, on l'envoie au centre de réhabilitation. «Laba, zot fer ou kwi manzé, pas balié, pas mop. Bien bon tousa mé li pa ed ou aret drogué. Ti éna bann kozri osi, mé pa bann profésionel ki vini. Sé bann lapolis kinn gagn enn training 2-3 sémenn, zamé zot inn lor térin.»

Cette formation de quelques semaines ne permet pas de comprendre le comportent de ces personnes en détresse. «Ici, dans la région, le fléau se propage surtout dans les cités, là où les gens ne sont pas éduqués, où il n'y a pas de loisirs. À quoi ça sert de faire de la sensibilisation auprès des jeunes alors que ce sont les parents qui ont besoin avant tout d'encadrement ?»

Il y a aussi, dit Sam Roussety, un manque d'effectif sur le terrain pour vraiment aller dans les lieux sensibles, dans les poches de pauvretés, chez ceux qui sont les plus vulnérables et mettre un frein au fléau de la drogue. «Boukou dimounn nek pé mazinn zis pou zot, kan dan zot lakaz péna sa, zot pa lé bouzé, zot mazinn zis zot pos. Les gens sont devenus vraiment égoïstes. Leurs proches sont en sécurité, donc tout va bien. Mais ce n'est pas le cas.»

Le regard des gens

Qu'en est-il de ses tentatives pour sortir de l'emprise de la drogue ? «J'ai essayé à plusieurs reprises, mais c'est très difficile. Lorsque je suis sorti de prison, j'ai trouvé un boulot mais le patron m'a dupé. Il y a le regard des gens aussi qui nous condamne à perpétuité malgré nos efforts, il y a cette étiquette collée à nous.»

Quid des autorités, des centres pour aider les usagers de drogue ? «C'est toujours la même chose, des discours en l'air mais pas d'action concrète.» Pourtant, de simples choses suffiraient à leur faire sentir qu'ils sont des membres à part entière de cette société, soutient Sam Roussety. «Par exemple, là en fin d'année, il y a beaucoup d'usagers de drogue qui n'ont pas d'emploi, qui sont là sur la gare à errer. Pourquoi ne pas venir vers nous, nous donner des outils, un superviseur et nous demander de nettoyer le village ? Mais ils ne le feront pas.»

Dans sa situation actuelle, Sam Roussety ira-t-il voter ? Le non est catégorique. «Durant mes 43 ans, je n'ai jamais rencontré ne serait-ce qu'un seul politicien qui soit vraiment digne qu'on vote pour lui. Ils sont tous égoïstes et ne pensent qu'à eux. J'écoute les discours, je les entends partager de l'argent à gauche à droite, il ne s'agit que de bribe pour recevoir des votes. S'ils étaient vraiment à la hauteur, avec un vrai programme, pas besoin de bribe. Il faut juste de la sincérité, travailler pour le peuple et pas juste pour une communauté ou pour sa famille.»

Circonscription n°9

Nombre d'électeurs: 56 788

Élus en 1995

1. BOJEENAUTH V. PTR-MMM

2. GUNNESS G. PTR-MMM

3. NATH G. PTR-MMM

Élus en 2000

1. BACHOO, Anil Kumar MSM-MMM

2. FOWDAR, Sangeet MSM-MMM

3. KOONJOO, Premdut MSM-MMM

Élus en 2005

1. BACHOO Anil Kumar Alliance Sociale

2. MUNGUR Rajendrakumar Alliance Sociale

3. GOKHOOL Dharambeer Alliance Sociale

Élus en 2010

1. BACHOO Anil Kumar PTR-PMSD-MSM

2. KHAMAJEET Dhiraj S PTR-PMSD-MSM

3. ROOPUN Pritivirajsing PTR-PMSD-MSM

Élus en 2014

1. DAYAL, Jayeshwur Raj Alliance Lepep

2. RAMPERTAB, Rajcoomar Alliance Lepep

3. ROOPUN, Prithvirajsing Alliance Lepep

Localités

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